‹ Feuilles d'herbeChapitre 63 sur 89 · ANNÉE DE MÉTÉORES · texte numérisé non relu

ANNÉE DE MÉTÉORES

Année de météores ! Année qui couvait !

Je voudrais assembler en mots rétrospectifs quelques-uns de tes faits et signes.

Je voudrais chanter ta lutte pour la 19e Présidence,

Je voudrais chanter comment un vieillard de haute taille, à cheveux blancs, monta à l’échafaud en Virginie,

(J’étais là, je me tenais en silence, les dents serrées, j’observais,

Je me tenais tout près de toi, vieillard, lorsqu’avec sangfroid et indifférence, mais tremblant de vieillesse et de tes blessures non cicatrisées, tu montas à l’échafaud) ;

Je voudrais chanter en mon chant copieux tes chiffres de recensement des Etats,

Les statistiques de la population et des produits, je voudrais chanter tes navires et leurs cargaisons,

Les fiers navires noirs de Manhattan arrivant, les uns remplis d’immigrants, les autres retour de l’isthme avec des cargaisons d’or,

Je voudrais chanter des chants de tout cela, je voudrais souhaiter la bienvenue à tout ce qui vient vers ici,

Et toi aussi, je voudrais te chanter, bel adolescent! Sois le bienvenu de ma part, jeune prince d’Angleterre !

(Te souviens-tu des foules de Manhattan houleuses, lorsque tu passas avec ton cortège de gentilshommes ?

J’étais là parmi la foule, et t’ai distingué avec affection);

Je n’oublierai non plus de chanter ce prodige, le navire glissant sur ma baie,

L’élégant et majestueux Great Eastern, glissant sur ma baie avec ses six cents pieds de long,

S’avançant rapidement, environné de myriades de petites embarcations, je n’oublierai de le chanter ;

Ni la comète qui surgit sans être annoncée du septentrion, flamboyant dans le ciel,

Ni l’étrange colossale procession de météores éblouissants et clairs filant au-dessus de nos têtes,

(Un moment, un long moment, ses globes de lumière surnaturelle planèrent au-dessus de nos têtes,

Puis s’éloignèrent, churent dans la nuit et disparurent) ; Tels et aussi capricieux les signes que je chante — et de lueurs d’eux je voudrais faire luire et moucheterces chants,

Tes chants, ô année toute bariolée de mal et bien — année de présages !

Année de comètes et météores fugitifs, étranges — tenez, ici même, un également fugitif, étrange !

Moi qui te traverse en hâte, pour bientôt tomber et disparaître, qu’est-ce que ce chant,

Que suis-je moi-même, sinon un de tes météores ?

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