A LA FRÉGATE
Toi qui as sommeillé toute la nuit sur la tempête,
Qui t’éveilles rafraîchie, sur tes ailes prodigieuses,
(L’orage furieux a éclaté ? tu t’es élevée au-dessus de lui,
Et reposée sur le firmament, ton esclave qui t’a bercée), Maintenant un point bleu planant loin, loin dans le ciel, Lorsque sortant à la lumière ici sur le pont du bateau je t’observe,
(Moi-même petite tache, point sur l’énorme masse flottante du monde.)
Loin, loin en mer,
Après que les poussées furieuses de la nuit ont parsemé le rivage d’épaves,
Avec le jour à présent réapparu, si joyeux et serein,
L’aube rosée et moelleuse, le soleil qui darde,
La limpide étendue de l’air azuré,
Toi aussi tu réapparais.
Toi née pour t’égaler à la bourrasque (tu es toute ailes), Pour tenir le coup contre ciel, terre et mer et ouragan,
Toi, barque de l’air, qui jamais ne ferles tes voiles,
Des jours, des semaines même, sans fatigue et toujours de l’avant, tournant en cercles à travers les espaces, royaumes,
Au crépuscule qui regardes le Sénégal, au matin l’Amérique, Qui te joues parmi les éclairs et les nuées de foudre,
Parmi eux, en tes aventures, si tu avais mon âme,
Quelles joies ! quelles joies seraient les tiennes !