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Il écrit quelque part dans ses "Souvenirs":
C'est donc le coup d'Etat de M. Letellier qui m'a jeté dans la politique et qui m'a ouvert pour la première fois les portes du parlement. J'étais jeune alors, trop jeune même; c'est une erreur d'entrer au début de sa carrière dans l'arène politique, cette "fournaise" comme Chapleau l'a un jour appelée. On ne possède encore ni les connaissances, ni l'expériences nécessaire pour jouer un rôle ; et, cette vie si agitée, si passionnante, entourée des nombreuses distractions qui en sont le cortège inévitable éloigne de l'étude. La politique est une science comme les autres qu'il faut étudier, qu'il faut apprendre. (Pp. 79 et suiv.)
"La manière dont Lemelin s'y prit pour briser cette assemblée est trop amusante pour ne pas être racontée.
"Sir Adolphe Caron et ses partisans avaient choisi pour le théâtre de leur exploit, la maison d'école, une bâtisse avec des châssis très hauta dont les carreaux étaient tout petits. 11 va sans dire que les amis de Sir Adolphe s'attendaient à du bisbille (sic) et quTs s'étaient préparés en conséquence. Les nôtres n'étaient pas très pressas de pénétrer dans cette salle, sachant bien l'accueil qu'il leur serait fait. Soudain, le père Lemelin eut UNE IDEE LUMINEUSE qui décida de la victoire. Le long de l'école se trouvait une cordée de bois <*c poêle, débité (sic) en petits quartiers; il en distribua deux ou trois à chacun de ses hommes avec instructions de LES JETER DANS LES EEN ETRES dès qu'il en donnerait le signal. Tous ces quartiers de bois lancés ensemble produisirent UN EFFET MERVEILLEUX, les vitres se cassèrent avec fracas, on aurait dit que la bâtisse elle-mêni" allait s'écrouler. Bref, la panique fut telle que chacun se sauva à qui mieux mieux, les gens de Lemelin se joignant aux autres dans le sauve qui peut pour arriver jusqu'à leur carrioles qui avaient été laissées à distance. Le "général'' Lemelin avait pris d'assaut la forteresse bleue à coup de quartiers de bois et sans effusion de sang!"
Un juge québécois, M. McCorkill, qui, en l'occurence, jugeait en faveur d'un de ses collègues libéraux de la veille, condamnait la "Patrie" l'année dernière pour avoir dit sur la foi de M. Bourassa que M. Alexandre Taschereau avait été l'un des fauteurs des désordres du 5 août 1907. Qui n'éprouverait un innocent plaisir à voir cette affaire ramenée devant nos tribunaux avec sir François Langelier, président-suppléant de la Cour supérieure, son collègue Lemieux et sir Alphonse Pelletier, gouverneur de la province, dans le rôle de demandeurs, et, comme défendeur, M. Charles Langelier, frère de sir François et grand officier de Dame Justice à Québec? Peu importe que les événements remontent à 1886; tous les personnages mis en cause, à l'exception d'Ernest Pacaud, sont encore vivants, et puisque la Justice estime déshonorant de susciter du désordre dans une assembV-r publique, ils devront revendiquer leur honneur, ou û faudra prendre pour acquis que même dans l'âge mûr la passion politique, don , heureusement, ils se sont purgés depuis, leur faisait commettre des actes peu honorables, sinon tout à fait déshonorants.— O. A.
FEUILLES DE COMBAÎ $*
Combien de compagnons d'armes de M. Langelier ne pourraient-ils pas en dire autant ! — Combien de ces Roumestans de petites villes, qui sacrés génies oratoires à vingt ans en petite chapelle pour quelque bonne
gueulade de club, ont passe, entre de maigres fonctions ministérielles maigrement remplies, les trois quarts de leurs jours au même cercle, à se chauffer du même scotch en écoutant les mêmes platitudes dites par les mêmes bourgeois bornes et gourmés, et qui, tombés en la lie d'un pot-de-vin éventre par l'adversaire ('ans leurs bras ou dans ceux de leurs amis, se ramassent comme ils peuvent, et consacrent la fin démesurément longue de leur vie à écrire en petit nègre leurs carrières tristement drôles d'opéra-houfïe ! Ils n'étaient pas tous ainsi. Quelques-uns
Etaient partis pieds nus dans l'herbe humide et vive, Le coeur pur, la chair vierge et les yeux innocents; Toute une aube en frissons se levait dans leurs âmes. . .
Et parmi ceux-là — est-ce un reste de piété pour une des adorations de ma prime jeunesse? — parmi ceux-là, je ne puis nommer sans émotion celui qui s'éc riait en 1 S77 à Ou ébec :
"J'en ai la conviction, j'en ai la certitude, si nos '"idées sont justes, comme je le crois, si nos idées sont "une émanation du vrai éternel et immuable, comme je 'le crois, elles ne périront pas; elles peuvent être reje- "tées, honnies, persécutées, mais un jour viendra où on "les verra germer, lever et grandir, lorsque le soleil "aura fait son œuvre et suffisamment préparé le ter- "rain."
Même pour les meilleurs, cependant, la fascination du pouvoir a été si forte qu'ils ont oublié de définir ces idées qui sont "une émanation du vrai éternel et immuable".
38 les "souvenirs" de m. langeuer
Quoi qu'en pensent les naïfs, les partis politiques n'existent pas parce qu'ils sont utiles au bon gouvernement d'un pays : fatals comme les divergences d'opinion qui les engendrent, ils sont utiles comme elles, mais ils ne sauraient leur survivre sans devenir un danger pour la chose publique par l'appoint qu'ils fournissent aux intrigues des coteries et aux ambitions personnelles des chefs. Il y a, pour assurer la stabilité du gouvernement, un autre moyen que d'ériger les partis en factions après la solution des problèmes qui les ont fait naître : c'est de les laisser se former et se réformer — par la libre affirmation des opinions et le libre jeu des tendances — autour des questions qui ont le plus de chances de durer comme importance et comme intérêt, et d'abandonner les autres sujets au jugement individuel du citoyen et du député.
Et si cette digression ne devait m'entraîner hors du cadre de cette brochure, je montrerais que le peuplement du pays par l'immigration, le régime économique des chemins de fer, l'exploitation des richesses naturelles, les relations du Canada avec la métropole, l'autorité de l'Etat fédéral en matière scolaire, sont autant de problèmes, en notre pays, qui auraient pu ou qui pourraient tour à tour, suivant l'importance ou suivant l'urgence qu'ils emprunteraient aux événements, donner lieu à des formations politiques nouve1les. Je montrerais aussi que, la constitution ayant assigné au pouvoir fédéral et au pouvoir provincial des ressorts différents, il n'y a pas de raison pour que les formations politiques soient les mêmes dans les deux sphères, et il y a encore moins de raison pour faire intervenir l'intérêt des partis fédéraux dans la discussion des affaires provinciales, et vice-versa.
Je le répète, même ceux de nos hommes politiques qui étaient entrés dans l'arène avec des intentions pures
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et des desseins élevés, n'ont pas pris la peine de définir leurs idées et leurs programmes, mais ont, au contraire,
compté uniquement sur l'ignorance et sur les préjugés héréditaires du peuple. Sous prétexte de travailler à la paix intérieure du pays, ils ont écarté les controverses nécessaires, encouragé le mensonge, multiplié les malentendus et réduit l'opinion publique à se repaître de personnalités. Depuis 1878, le parti libéral a changé de programme avec le parti conservateur pour les choses fédérales, et sauf Mercier qui était, au sens canadien-français du mot, plutôt nationaliste, il n'y a pas eu à Québec un chef du cabinet de nom libéral qui n'eût pu tout aussi justement s'appeler conservateur— et vice versa.
Et pourtant, on se contente toujours, dans notre province, des formations politiques de 1854.
Et pourtant, le peuple a toujours la foi; les idées qu'on lui promettait qu'il verrait "germer, prospérer ei grandir", il ne les a jamais vues, mais il continue à s'épuiser en luttes sauvages pour les hommes qui prétendent, nouveaux Moïses, en avoir reçu le dépôt dans les ténèbres du Sinaï.
M. Langclier s'écrie en parlant des chefs lihéraux d'autrefois :
Lorsque l'on jette un coup d'œil vers ce passé trop oublié par la génération présente, l'on ne peut s'empêcher d'admirer la fermeté de ces lihéraux, comme leur inaltérable fidélité à leurs principes. Ah ! s'ils eussent voulu transiger, faire des compromis, des concessions, ils auraient pu arriver au pouvoir, aux honneurs. Ils ne l'ont point voulu et nous nous inclinons devant ces héros de notre cause.
Combien plus admirable a été la fidélité de troupes qui n'avaient pas comme les chefs, pour leur garder du cœur au ventre, l'espoir des offices et des honneurs, et qui, déguenillées, manquant de pain, se battaient
pour un drapeau qui à leurs yeux portait dans ses plis l'avenir même du pays ! Et quel bon Canadien ne souhaitera de voir un jour tant de généreuse vaillance au service de principes limpides et justes, plus essentiels au bien national que la gloire transitoire d'un chef de parti !
M. Langelier éveillera ou fortifiera ce désir dans la poitrine des jeunes hommes d'aujourd'hui. Quel malheur pour lui qu'il le fasse accidentellement, sans s'en douter, et que son livre n'en reste pas moins, malgré son prix élevé et malgré l'imprimatur officiel (7), un parfait chef-d'œuvre de gâtisme.
(7) L,e gouvernement de la province de Québec n'a cru pouvoir faire rien de mieux que d'acheter— pour quel usage? on l'ignore encore — quelques centaines d'exemplaires de cette triste machine. 11 était difficile de gaspiller plus complètement l'argent du peuple. — O. A.