‹ Feuilles de route aux Etats-UnisChapitre 23 sur 43 · eu rton faits en papier de maïs · texte numérisé non relu

eu rton faits en papier de maïs

à Cependant, je regarde curieusement ses bibelots, le boulier qui est sur le comptoir pour faire les additions, l’étui à théière, les étoffes chamarrées, les amulettes d'ivoire, les corbeilles de nèfles de Chine, la pipe à réservoir avec son tube d'argent,

ei dans une ville de province. Il a en telle ke haine son our qu'il s’est Es de ne a. fa-

is.

all do être un peu Chinois. Les Célestes s’iso- Lu au milieu du pays auquel ils sont venus deander de quoi vivre. Ils n’en estiment et n’en Door que les dollars ; ils en no et en

14 Diet D ton On dirait une goutte d’ huile dans un verre d’eau. La civilisation américaine

0 e FEUILLES DE ROUTE + | Aneii à New-York, au quartier io, je m'as- .

sis dans une épicerie de ce genre, plus vaste, mieux garnie, d'un exotisme bien original : de a c . table à thé, on entendait les cris de la salle de jeu voisine, où les parieurs piquaient avec des baguettes dans les trous carrés de leurs sous chi. de nois, sur la natte jaune. .

Dans la rue flânaient, comme de longues on bres, des filles en MER « filles à Chinois », au :

teint mat et aux traits minés de fatigue. à Comme nous restions à passer en revue lestrésors du boutiquer de Butte : 17e

— Voulez-vous acheter de l'opium Î nous de- à

mande Jack. Si vous n’en faites rien, vous me le donnerez. Je le fumerai à votre Lutte.

De l'opium!... Quelles visions poétiques ce mot … évoque! les rêves dorés qu'’encadrent de petits … nuages follets, où dansent des bayadères aux 4 : écharpes de soie, où les arbres ont des branches d’émeraude, et où des yeux pleins de désirs illuminent de suaves et souriantes figures! Ce sont les séduisantes rêveries d’un fumeur d’opium, les . ë extravagances lyriques de Théophile Gautier et de Baudelaire, — un coin de l'au-delà qui se déchire et qui laisse entrevoir le majestueux spectacle du maître du monde, trônant au milieu des

je légions séraphiques, entre les imposants pilastres de son palais d’azur et d’or! FA | Ce soir-là, il fallut en rabattre. L'épicier dira

2 ii comme un D qui sert de la porn :

made; il l'étala sur une vieille carte à jouer

fond s'ouvrent deux chambrettes basses, sales, où les poutres font saillie. D'un côté s'étend, comme

large planche inclinée, recouverte d’une natte usée : c'est la couche commune des fumeurs. On ÿ mou tenir . ou cinq sue ‘allongeant. Dans

| que l’on peut.

Chaque dormeur a droit à un petit bons pour

appuyer sa tête.

. Au chevet est la table avec ses accessoires, la pipe qui semble une grosse flûte surmontée d’une toupie faisant office de fourneau, entièrement fermée, avec un seul trou d’épingle au centre. Sur un plateau, une petite mèche brûle au-dessus d’une lampe de verre; on l’éteint en la recou-

ter, à cbtoieue la pipe, à cuire à boulette.

Couché sur le côté, la tête sur le petit bats me yeux vagues et sans expression, le corps replié, lentement et avec onction, le fumeur jaune, vêtu de toile bleue, manie de ses doigts fins et agiles l'aiguille au bout de laquelle il a pris sur la sou- … coupe une once de la pâte d'opium, — la valeur d’un petit pois. Il présente l'aiguille àla flamme, et d’une seule main il la fait tourner rapidement; de temps en temps, il la porte sur le plateau uni que forme le haut du fourneau de pipe, et là, il roule, pétrit, aplatit, arrondit à la pointe de tige la petite boule noire. Quand il la juge à point, il l’enfonce avec l'aiguille dans le trou imperceptible qui s'ouvre, au centre, sur le faîte bombé et poli du fourneau, il l’approche de Eu 4 flamme, il aspire : la pâte noirâtre fait uneflambée : et c’est tont, la pipée est finie, il faut en … refairé une autre, pétrir une nouvelle boule, bourrer une nouvelle pipe. Une séance de fumeur comporte de quinze à vingt opérations successives. Quelle patience dolente et endormie! tant detravail pour si peu de chose ! Voilà des po Fous, À qui le temps n’a pas de valeur. a Avec répugnance, j'ai accepté une pipe toute

oi: la mèche de la ar à a qui Don

du sommier a été baissée; on a laissé là les fu-

meurs qui se sont endormis, et qui ne peuvent rentrer chez eux. Dans la pénombre, j'en aper- a çois un, le plus proche, abattu sur la natte, comme

assommé, le corps flasque, les membres ballants,

les yeux retournés et blancs, la lèvre pendante, 4 l'abandon de l'épuisement, donnant une pénible impression qui fait songer à la barque des # | énervés de Jumièges ou aux dalles de la Morgue. Nous sortons.

* Dans la rangée noire des masures, des fenêtres | éclairées nous attirent. | : — C’est le restaurant, fait Jack.

= Nous consultons nos montres. Il est une heure du matin, — l'heure où l’on soupe sur les boulevards de Paris.

. — Allons souper!

à = Pourquoi, à cette heure tardive, le restaurant de Butte n’est-il pas encore fermé ? pourquoi les”

| sur r les bras terre cuite ! qu Le on ? où sont les viveurs chinois qui vont venir faire la fête? En Occident, à pareille heure de la nuit, les

tables d'hôte des du de village sont désertes, |

et la salle est fermée. Ici, le village chinois retentit encore des cris et des hurlements des joueurs, ou des mélopées traïînantes des solitaires. La nuit est avancée, et il semble que dans ces huttes nul ne songe à se coucher, comme si ces gens vivaient d’une existence nocturne. Des raies de lumière filtrent à travers les ais des volets, et les petits cierges continuent à consteller ee bords de kB route.

lier raide, avec la salle du premier étage : celle

où l'on nous sert à souper. L'établissement est vide, éclairé par la lampe à pétrole de la suspen- se sion. Des prières, des souhaits de bienvenue sont collés sur les murs, en affiches rouges, couleur de

joie et de bonheur.

Nous pénétrons dans la cuisine, — infâme ee nur duit où le chef, avec sa robe crasseuse, son crâne

poli comme une boule d'ivoire d'où pendrait une

corde, sa figure jaune, plissée, ravagée, fissurée

comme une pastèque racornie, semble quelque

horrible Canidie remuant des entrailles d'en fants dans l’infernale marmite. Quels étonnants

LR mE

Le restaurant se compose d’une salle communiquant au fond avec la cuisine, et, par un esca- :

ns un Fe un fo en maçonnerie sut à cuité

le pain : car ils font leur pain eux-mêmes, selon le rite et les us de leur pays, ne voulant avoir rien de commun avec leur résidence d° adoption. Ils sont séparatistes au dernier point; ils se reénit sur eux-mêmes, s’enferment dans leurs träditions, se mettent en boule pour repousser : étiusto du modernisme, transportent avec eux pärtout leurs grandes murailles, et font encore aujourd'hui le pain comme ils le faisaient au temps ji Jeañ de Vert. Quel étrange aspect présente cette inquiétante + eine empuantie, avec son gros mortier de D'rès blanc, où plonge le pilon pour écraser les herbes et le hachis; la table est chargée de vases remplis d’étonnantes chosés qui baignent dans l’huile, äuprès d’un baquet plein d’épais vermicelle. Le chef est occupé à préparer notre menu : de sés doigts luisants, il plonge tour à tour dans chacun de ces gras récipients et en rétire une pincée > matières filantes qu'il jette dans notre marmite. Des poutres du plafond enfümé pendent en gtap- pes des échalottes, des balais, des pots à anse, des bananes, des courges, des pinces de bois, des lou- ches en érable, des bottes d'herbes ténues. Précédés du patron de la case qui nous fait les ’ hotieurs, nous grimpons à la salle du premier; elle est vide. Au tnilieu est une très haute table

nude. qui ble à une ne. à manger debout.

. Nous nous juchons sur de hauts tabourets; nous

ressemblons à une famille de Thomas Diafoirus.

Le service est promptement fait : une tasse de thé, une soucoupe chargée de viandes, un bol en de Chine où baignent dans le bouillon des légumes, des herbes, des paquets de vermicelle inextricable et de riz coagulé, deux bâtons noirs pour y puiser et une spatule de faïence décorée pour boire le liquide, voilà tout ce qu’on nous apporte. C’est un repas complet, mais entassé, brouillé, mêlé à l'avance : c’est une synthèse de souper. Nous n’en fimes pas une bien longue analyse. :

Je regardais avec intérêt les oiselets et les fee rettes de ma cuiller vide; je ne pus résister à l'envie de la mettre dans ma poche, et je l’achetai séance tenante avec les deux bâtonnets de palis- | sandre, — découvrant peut-être ainsi à ces honnêtes et célestes colons une manie funeste de quelques occidentaux qui emportent les couverts. |

Dehors, le ciel était clair et les étoiles brillaient + d'un éclat pur. Les portes se fermaient, les lumières s’éteignaient derrière les volets; des silhouettes de Chinois attardés glissaient sans bruit le long des bicoques, éventant de leur robe les faisceaux de petits cierges qui brûlaient toujours. Nous étions au bout des rangées de cabanes, et la

‘une mn à d notes | ie pâté de huttes noirâtres semblait accolé au * village comme une verrue à une mauvaise figure. Des lumières ‘s brillaient encore dans le morne silence. ÿ D Allons là, dit . ce sont les chinese girls.

lyena une quinzaine. Chacune a sa cabane, æ où elle guette les passants par sa fenêtre basse,

ans la chambre unique, comme dans un bouge, se sol est la terre battue; les murs sont nus, un rideau sale masque une ie Dans l'angle du fond, c’est l’autel de Bouddah. Le dieu en bois doré est posé sur un piédestal, qu'entourent des vases garnis de fleurs en papier colorié ; des poignées de petits cierges brûlent dans des tubes, entre degrandes i images très enluminées, collées à la muraille. L’autel ne manque dans aucune de ces huttes, et est un trait bien particulier de ces mœurs, qui lient avec candeur la dévotion à la obanttes Le culte du Dieu d’en haut semble sanctifier le culte de l'amour terrestre; la prostituée abrite son trafic à l ombre qe l'idole et compte sa monnaie die

poor se mêle au __n de l’encens, les jurons sont se Does les Lo sont des adora-

1e PEUILLES DE ROUTE

tions, et le dieu aux paupières envies prés side aux ébatsde ses fils sous la lueur des fambeaux : que son divin esprit entretient. | 4 Oh! les curieuses et répugnantes petites créatures, que ces Chinoises llliputiennes aux pieds | semblables à des moignons, à la peau cuivrée, à … la taille exiguë : elles n’ont d’intéressant que leur minois doucement étonné, pensif, recueilli, sans insolence ni grossièreté. Les traits sont fondus encore, comme ceux d'une enfant dont la ns n'aurait pas son apparence définitive, et ne serait pas «faite », pour employer le mot qui sert. Le. regard est bon. résigné, obéissant, et l'on oublie à les voir l'endroit où elles sont. Ces visages oht une eXpression Si InBenue, si naïvement s sur: prise, si éloignée du mal, qu'on ne peut les croire responsables, et qu’elles votent avec une fidélité ! l surprenante l’image de Greuze, la Cruche cassée. Ces physionomies poupines contrastent avec le. corps complètement développé et formé, mais | ee comme en miniature. Les proportions y sont; mal- | . heureusement ce sont des naines, des raccourcies, des diminutifs de la nature, des poupées ue. à | aux gestes arrondis. | | Pa |

un |

Il était deux heures du matin comme nous ren= trions en ville. Tout était clos, sauf les maisons de jeux, qui s'ouvrent de toute la largeur de leur de- A vanture sur la rue, et sont violemment éclairées

À aux ÉTATS-UNIS 10

Ï es Blsbes électriques. Des groupes de parieurs € étaient massés auprès des tables: de temps en. temps l’un deux se détache pour allér boire un verre de wisky au comptoir du bar, et pour piquer gratuitement, avec la Dtrohelé banale, une pomme de terre où une tranche de jambon sur Fe assiettes de la table du jree Zuncl.

Avant de nous séparer de Jack, nous parlions ke régler son compte.

. — Non, messieurs, dit-il, je ae rien. En vérité, je suis trop honoré d’avoir pu vous guider. . Nous nous regardions, étonnés par ce superbe désintéressement du noble cavalier. Il poursuivit : — Permettez-moi seulement de jouer pour vous l'enjeu que vous voudrez. Si je gagne, nous parnr le bénéfice.

É J'avais envie de protester :

— Non, certes, loyal Yankee, je ne partagerai pas le bénéfice avec vous, et votre belle conduite mérite que vous le conserviez tout entier. ë Je me ravisal, et lui donnai sans réflexion son pourboire, en le laissant libre d’en disposer à à son Pré.

I] nous avait quittés depuis une minute à peine pour se précipiter vers les tables des parieurs, que nous l’entendîmes nous héler à l’autre bout du trottoir, Il arriva tout essoufflé. | F 1e Messieurs, je viens de perdre du premier LOUP votre mise, et je n’ai plus un cenf. Si c'était

Ne

encore

“quoi jouer, je vous en aurais cent oblig Il fallut redorer son escarcelle sans que

fussions autrement persuadés ou qu il eùt jo

ou qu il eût pee Nous le She

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