‹ Feuilles de route aux Etats-UnisChapitre 30 sur 43 · LL · texte numérisé non relu

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spongieux, sanguinolent, l'œil est bouffi, ide petit sous l’enflure des paupières où se marient tous les tons, depuis le jaune vert jusqu'au rouge violacé, Les alentours du point meurtri se soulè-. vent, se teignent de teintes plus pâles et concen=

le tout. — Et tenez, vous voyez d'ici ces bubons cancéreux qui crèvent au faîte des sources ferru= gineuses du Mammoth-Spring : voilà le nez de Sullivan au sixième assaut; quant à Corbett, il

eut des bleus, des plaques rouges à peine; le sang

ne coula pas, et il sortit de là les mains dans les poches de son veston. |

« Ils sont tous flegmatiques dans cette famille. Pendant l'assaut, madame Corbett était à New- York, dans les bureaux du Wor/d, où elle attendait

chaque reprise, la femme du vainqueur souriait gentiment en disant : « Quand je vous le disais!s Mais je crois bien qu'une épouse française eût at: tendu son mari à la sortie. nr « Sur tout son parcours, les acclamations en thousiastes saluèrent le triomphateur inespéré, = le plus fort boxeur de la terre. » Vo — Comment est-il de sa personne ? mie.

Corbett est un solide gaillard qui semble

on vainqueur ». | .. moment le gong de l'hôtel sonnaït, non pas

< Une quinzaine plus tard ae à PRIaAerpEe

. étais venu passer la soirée au théâtre de : Can’ CTOSS, dans une rue où toutes les boutiques

Le dou commence pad les pantalonnades

de quinze minstrels en habit, cravate blanche et RE blanc, en gants noirs comme leur figure.

Ils sont assis en demi-cercle. Chacun dit sa chan-

sonnette, prend part au dialogue, apporte sa ré-

partie ou son bon mot. Il ÿ en à un qui est borgne, ne c est horrible à à voir, cet œil blanc unique qui

2 BGS +, EURE DE ROORE d’yeux blancs et de lèvres trop rouges. 1 y & le nombre de ces masques, des ténors doués …

exemple de cabotins timides et humbles. Ils ont

dans la A comme pour voir si on le poursuit

plus avec son pauvre corps; ilse tortille et setor-

dans s

d’une belle voix, ils chantent de grands airs d’un ; sérieux qui contraste avec leur mise. Ils ont tous | a l'instinct musical. Ils exécutent des chœurs où la FR mélodie très pure se détache sur un fond de murmures doux et sourds comme des sons d'orgue en. sourdine. - ts ee

Ces nègres, ou simili-nègres, offrent un rare

l'air malheureux et suppliant, et ils n’apportent pas à la scène les allures effrontées de tranche- : montagnes qu'ont d'ordinaire les plus infimes té- “a nors des plus modestes concerts. | Fe.

Ils exécutent des tours. L’un d’eux est do :

qué ; il entre en courant, l'air affairé, comme sil

était poursuivi; il fait une cabriole, i se tord en

tous sens comme une chiffe molle, et, après RES x. exercice, il regarde, la main au-dessus des yeux,

toujours, s’il a le temps de faire une torsade de

ture comme par divertissement, comme pour jouer un bon tour à des surveillants imaginaires, comme 2 un écolier qui fait un pied de nez derrière le dos de son maître. Bizarre attitude qui semble vou= loir dissimuler sous une apparence frivole ce que à les exercices présentent de douloureux. Et par un contraste déconcertant, l'orchestre joue cependant $ je

ee Quelques uns sont | coiffés plaisamment d'un "2

co: me si tout le haut de la tête avait été cou

ps

mn Art

. échangent leurs historiettes et leurs ire rnes. . y en a d’amusantes. L’un demande à

ce Comment ferez-vous pour aller de New York

à | San-Francisco en douze heures?

__ — Je ne sais pas; je mets toujours huit jourses pour y aller. |

— Eh bien, moi, je monte en ballon, je m'ar-

| Ru Y de même, puisque nous voici dans ville natale de Corbett, à qui nous revenons, et

| FEUILLES DE ROUTE Ro aussi hommage ce soir-là sous joue d'éné b die : le match de Corbett et de Sullivan. Re Corbett était plaisamment figuré par un san À vage californien, noir de teint, vêtu de plumes, gambadant comme un cabri, jurant, tempêtant. ft: entre dans l’arène, donne un coup de poing die 1 la boule de corde qui pend au mur et ae vous ai parlé plus haut; la boule s'élève à une . hauteur inouïe, disparait dans les combles et ne 1 revient plus. Alors l’âpre fils de la nature donne des coups de poing et des coups de tête dans Les inurs, dans les colonnes, pour s'exercer, se Pendant ce temps arrive Sullivan, vieux ét cassé, un parapluie sous le bras. Il aperçoit Corbett qui gambade et il se met à trembler de tous ses membres, Alors, pour se donner du courage, il conte ses exploits. | — Je n’ai pas peur; j'ai donné la semaine der= nière un coup de poing à quelqu'un, et toute sa famille en est morte. ‘ie Au signal ils s’avancent, n’osent s'approcher, et, comme les hésitations se prolongent, les voilà qui tombent de fatigue et de sommeil; ils allon- . gent mollement et machinalement leurs poings débiles; Sullivan tombe endormi et Corbett Vi pe mite. 1e Voilà en vérité quelle place considérable occupe la boxe, l’art cher à lord Byron et à Richard NT, . dans la vie américaine.

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