Micliael-Henry Perceval. (3 avril
— La propriété reçut alors le nom de Spencer Wood , en l’honneur de Spencer Perceval, parent et protecteur du nouvel acquéreur. L’honorable Spencer Perceval était chancelier de l’Echiquier et premier ministre de la Grande- Bretagne lorsqu’il tomba sous les coups d’un assassin nommé Bellingham, le 11 mai 1812, au moment où il franchissait le vestibule de la Chambre des Communes, à Londres. Bellingham était un courtier de Liverpool. On
1 M. François Le Houllier épousa une sœur de l’honorable Marc-Pascal de Sales LaTerrière, seigneur des Eboulements, père de Lady Pelletier, la châtelaine actuelle de Spencer Wood.
le disait fou. Il subit la peine de mort dans la semaine qui suivit l’assassinat).
9. Henry Atkinson (dont les héritiers sont restés propriétaires de la portion de la châtellenie appelée Spencer Grange. — 18 mai 1835).
10. Le gouvernement du Canada. (Bail en 1850. Achats en 1852 et 1854).
11. Le gouvernement de la province de Québec. (29 avril 1870).
Le « château », occupé par le gouvernement du Canada à partir de 1850, et où séjournèrent Lord Elgin et Sir Edmund Head, fut détruit par un incendie le 28 février 1860, jour de l’ouverture du Parlement à Québec.
Lady Head et sa fille s’échappèrent en toute hâte du bâtiment en flammes et se réfugièrent chez le Lord évêque Mountain, à Samos, propriété voisine de Spencer Wood }. Sir Edmund Head passa quelque temps chez M. Price, à Wolfefield. Puis le gouvernement loua la propriété appelée Catarakoui, sur le chemin
1 Le fils unique de Sir Edmund et de Lady Head — John Head, âgé de dix-sept ans, — s'était noyé dans les eaux du Saint-Maurice, à Grand’Mère, quelques mois auparavant, le 25 septembre 1859. H fut inhumé au cimetière de Mount Hermon, à quelques arpents de Spencer Wood.
du Cap Rouge, pour en faire la résidence temporaire du gouverneur.
Le château actuel de Spencer Wood, construit pendant les années 1862 et 1863, au prix d’environ $28,000.00, fut inauguré par Lord Monk, qui l’habita jusqu’en 1866. Depuis l’établissement de la Confédération, Spencer Wood a été la résidence officielle de tous les lieutenants - gouverneurs de la province de Québec :
Sir Narcisse Belleau (à partir de 1870 seulement).
L’honorable René-Edouard Caron (1873).
L’honorable Luc Letellier de Saint-Just (1876).
L’houorable Théodore Robitaille (1879).
L’honorable Louis-Rodrigue Masson (1884).
L’honorable Auguste-Réal Angers (1887).
Sir Adolphe Chapleau (1892).
Sir Louis-Amable Jetté (1898).
Sir Alphonse Pelletier (1909).
Le domaine appelé successivement Coulonge, Powell Place et Spencer Wood semble avoir eu de tout temps une destination exceptionnelle.
Erigée en châtellenie au milieu du dixseptième siècle, la terre de Coulonge est d’a-
bord occupée par le troisième gouverneur de la Nouvelle-France.
La femme de Louis d’Ailleboust, la sympathique Barbe de Boullongne, dont les restes vénérés reposent dans l’église de l’Hôtel-Dieu de Qnébec, fit faire des travaux de quelque importance à la résidence de ce domaine après la mort de son mari.
Puis, pendant quatre-vingt-dix ans, la seigneurie est conservée en domaine par le Séminaire de Québec.
Plus tard, sous le régime anglais, la partie la plus importante de la châtellenie de Coulonge (Powell Place) est occupée par un autre gouverneur, Sir James-Henry Craig, personnage ombrageux qui eut le malheur d’avoir pour conseiller le fanatique Herman-Witsius Ryland.
Plus tard encore, la noble figure de Lord Elgin apparaît sous les grands chênes de l’antique Cou-longe. Nous entrons dans une nouvelle période : la tenure seigneuriale est abolie (1854) ; il n’y a plus de foy et hommage à rendre « genouil en terre, teste nuë, sans espée ny espérons », ou simplement « la main droite ad pectns » lorsque c’est un ecclésiastique qui prête le serment ; mais le domaine est devenu
propriété publique et résidence des chefs de l’État : — Elgin, Head, Monk, Lisgar, Dufferin viennent tour à tour séjourner au château du « Bois de Spencer ».
Puis la France semble être revenue ; ou plutôt ce sont des fils d’une autre branche de la famille normande, tous nés dans la province de Québec, qui viennent représenter au château la Couronne d’Angleterre.
Et que d’hôtes illustres, que d’hommes politiques à jamais disparus de la scène du Parlement et du monde ont reçu l’hospitalité de la demeure vice-royale et y ont discuté les destinées de notre pays !
C’est à quelques pas à l’est de la cascade du ruisseau Saint-Denis, qui est la borne nord-est de Spencer Wood, que les soldats de Wolfe escaladèrent la falaise du Saint-Laurent pour aller se ranger en bataille sur les hauteurs d’ Abraham, au matin du 13 septembre 1759. C’est à peu de distance, vers l’ouest, que le Frère Liégeois, dont le corps décapité repose dans la chapelle du monastère des Ursulines, fut massacré par les Iroquois, le 20 mai 1655 ; et c’est sur la rive de Sillery, voisine de Coulonge, qu’expira, dans la nuit du 11 au 12 mai
1646, le Père Enneinond Massé, le compagnon de Jean de Brébeuf.
L’histoire, la légende, l’anecdote familière aux érudits surgissent à chaque pas dans ce domaine de Spencer Wood : au sommet de la falaise jadis commise à la garde de Douglas et de Vergor, aux détours des allées du grand parc où lady Head promenait sa douleur inconsolée, sous les rameaux des chênes séculaires qui rappellent la forêt primitive, dans la blanche chapelle, les vastes salons, la serre odorante du château.
Effacer les noms de Coulonge, de Powell Place et de Spencer Wood serait effacer des pages vraiment précieuses des annales de la ville de Québec, la vieille capitale si hère de son passé, si noblement jalouse de la conservation de tout ce qui se rattache à ses glorieux souvenirs.