‹ Feuilles volantes et pages d'histoireChapitre 11 sur 47 · UNE PAROLE DE MONTCALM · texte numérisé non relu

UNE PAROLE DE MONTCALM

IL est certain que l’on parle beaucoup trop de friponneries, d’assassinats, de suicides dans nos journaux quotidiens. Chacun déplore les indiscrétions et les audaces énervantes du journalisme dit « à sensation »; mais le mal n’en continue pas moins pour cela.

E’idée seule du crime est quelque chose qui inspire tout d’abord la répulsion et l’horreur; mais les lectures de chaque jour familiarisent les esprits avec cette idée, émoussent le sentiment, et, advenant certaines circonstances, certaines -situations particulières de la vie, le souvenir de circonstances et de situations analogues d’où surgirent des crimes se présente aussitôt à l’esprit. Avant que la réflexion n’ait pu dominer l’impression, le névrosé de l’alcool, du roman-feuilleton et du fait-divers a déjà pu devenir un grand criminel.

L’exemple est contagieux, dit-on ; or, quels exemples place-t-on chaque jour sous nos yeux? A lire certains journaux, on croirait que le vice est la règle, et la vertu l’exception ; que les honnêtes gens sont des êtres singuliers et rares, et que la dépravation est le milieu où se meuvent les foules.

Il me semble qu’on ne devrait parler de choses criminelles que le moins possible, toujours pour en inspirer l’horreur et jamais pour satisfaire une malsaine curiosité.

Montcalm écrivait à Bourlamaque, le 8 mars 1759: « L’histoire de mon empoisonnement s’est renouvelée dans le gouvernement de Montréal, il y a quinze jours, et a été à M. et Mme de Vaudreuil. Elle en a bien rabâché, et le peuple disait : « On veut donc vendre le pays!» Au reste, je n’aime pas ces bruits. Ne parlez jamais de crime aux hommes. »

Cette dernière parole ne manque pas de profondeur. Je la livre aux réflexions des gens de presse. Mais ce conseil d’outre-tombe sera-t-il entendu?

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