Henri Dumont mourut en 16S4. « On a de lui cinq
messes en plain-chant, connues sous le nom de messes royales , qu’on chante aux fêtes solennelles dans plusieurs églises de France ; ce sont ses meilleurs ouvrages ; leur caractère est noble et solennel. » (F. -J. Fétis. — Biographie Universelle des Musiciens) . — Henri Dumont était né près de Liège en 1610.
Des cinq messes royales de « Henry Du Mont, abbé de Silly et Maistre de la musique de la Chapelle du Roy », trois sont chantées dans nos églises canadiennes : ce sont les messes dites du premier ton , du deuxième ton , et du sixième ton. Ces cinq messes de Dumont ont été harmonisées à quatre voix par Alexandre Guilmant.
pays, signala surtout l’affection qu’il a pour le service de Sa Majesté et son respect pour la mémoire de cette grande princesse, faisant faire, le 3 d’août de l’année 1666, dans la principale église de Québec, un service chanté en musique qui eût semblé magnifique partout ailleurs, mais qui le parut au delà de ce qu’011 peut exprimer dans un pays où l’on n’avait jamais rien vu de semblable. . . M. de Tracy, lieutenant-général de Sa Majesté en toute l’Amérique, M. de Courcelles, gouverneur de la Nouvelle-France, M. l’Intendant et toutes les personnes considérables s’y trouvèrent en deuil, et M. l’évêque de Pétrée y officia, assisté de plusieurs ecclésiastiques en chape ».
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Monseigneur de Montmorency- Laval paraît avoir eu un goût très prononcé pour l’art musical. Lorsqu’il arriva à Québec avec M. de Mésy, au mois de septembre 1663, il apportait avec lui un orgue acheté en France, destiné à la «grande église» qui devait plus tard devenir sa cathédrale. Inauguré vers la fin de l’année 1664, cet instrument (qui servit de modèle pour la fabrication d’autres orgues construites
dans la colonie par un ecclésiastique) paraît avoir été remplacé, en 1753, par un orgue à deux claviers, fabriqué à Paris, avec «un tremblant doux et un tremblant fort » et une très belle trompette. Cet orgue fut sans doute détruit pendant le bombardement de 1759 b Quatre jeunes élèves du « collège de Québec » — quatre « officiers de musique « comme parle le Journal des Jésiiites — paraissent avoir été spécialement remarqués et protégés par le premier évêque de la Nouvelle-France: c’étaient Germain Morin , le premier prêtre canadien ordonné par le vénérable prélat ; Charles- Amador Martin , le deuxième prêtre canadien dans l’ordre chronologique, fils du « pilote
1 L’orgue posé en 1753 dans la principale église de la Nouvelle-France avait été reçu préalablement, à Paris, par l’organiste du roi de Pologne. (Voir note de Mgr Henri Têtu aux pages 359, 360 et 361 du Bulletin des Recherches Historiques pour l'année 1908.) De 175g au commencement du dix-neuvième siècle, il n'y eut pas d’orgue dans la cathédrale de Québec. On se servait d’un serpent (instrument de bois recouvert eu cuir) pour y soutenir le plain-chant. A partir de 1S00, les organistes de l'église métropolitaine furent, successivement, l’abbé Pierre-Antoine Tabeau, M. Frédéric Glackmeyer, M. François L'Ecuyer, M. Théodore Molt, M. Antoine Dessane, M. Ernest Gagnon, M. Gustave Gagnon.
royal » Abraham Martin dit l’Ecossais, qui donna son nom aux célèbres Plaines d’ Abraham, et le premier compositeur de musique dont il soit fait mention dans nos annales historiques ; le sympathique Pierre de Repentigny de Franchevillejné. aux Trois-Rivières en 1649, ordonné prêtre en 1676 et décédé en 1713 ; et enfin Louis Jolliet, qui, après avoir porté pendant quelques mois l’habit ecclésiastique, devint le voyageur, l’explorateur et l’hydrographe illustre que chacun sait, et ajoutait à ses autres talents celui de virtuose.
Rouis Jolliet, le premier de nos organistes canadiens, était de trois ans plus âgé qu’Amador Martin, le premier de nos compositeurs. Tous deux étaient nés à Québec.
Amador Martin est surtout connu pour avoir écrit la musique de la prose Sacræ Familiæ , qui est très remarquable. L’historique de l’office de la sainte Famille nous entraînerait à parler de la part que prirent à sa composition (à la demande de Mgr de Laval) M. Ango de Mézerets, M. Henry de Bernières, le R. P. Jean Dablon et le R. P. Martin Bouvart, de la Compagnie de Jésus ; puis, subséquemment, les poètes Santeuil et Gourdan, de l’abbaye de Saint-Victor, de Paris. Je laisse cette tâche à
Monsieur l’abbé H. -A. Scott, l’érudit successeur de Charles-Amador Martin, — car le premier de nos compositeurs fut aussi le premier curé de Notre-Dame-de-Foy.
Ces ligues incomplètes le seraient davantage si je n’ajoutais que les chants que l’on entendait à Québec au dix-septième siècle n’ont pas cessé de faire partie de notre héritage national. Ce sont nos chansons populaires, les vieux cantiques que l’on chante encore dans nos églises ou au sein de nos familles, les mélodies de la mélopée grégorienne. Mais c’est un fait digne de remarque qu’il n’existe plus aucune trace des airs sur lesquels l’on dansait à Québec, dans les réunions profanes, sous le régime français.
Nos annales parlent bien des violons qui se firent entendre chez Guillaume Couillard aux noces de Jean Guyon, le 27 septembre 1645 (elles ne parlent ni de vielles, ni de binious), mais elles ne font aucune mention des airs ou des danses exécutés par les virtuoses et les chorégraphes d’antan. On ne saura jamais au juste ce que fut le ballet auquel assista « la
petite Marsolet » dans la maison des Cent- Associés, le 27 février 1647 ! les chercheurs du vingtième siècle devront s’en tenir à de simples conjectures sur le côté artistique du grand bal — « le premier bal du Canada » — donné par Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, le 4 février 1667.
On a dit qu’une mélodie pouvait traverser les siècles et être en réalité un monument plus solide que les monuments de bronze ou de granit. La France de nos missionnaires et de nos martyrs nous a transmis, avec beaucoup d’autres chants, deux beaux cantiques, qui, portés sur les ailes de mélodies populaires, dureront peut-être aussi longtemps que le monument à Mgr de Laval que nous inaugurons aujourd’hui : le premier ( Dans cette étable') est de Fléchier, évêque de Nîmes; le second (Au sang qu'un Dieu va répandre) est de Fénelon, archevêque de Cambrai. Ces pieux couplets sont chantés partout, en Amérique, où ont pénétré des Franco-Canadiens; et, dans l’avenir, pendant que l’œuvre de Philippe Hébert se dressera, noble, imposante, mais immobile,
sur son piédestal de granit, ces touchantes cantilènes franchiront l’espace et iront rappeler aux plus lointaines régions du nouveaumonde, avec le nom auguste du Christ-Rédempteur, le souvenir de ces hommes d’héroïsme et de génie qui furent les fondateurs de notre jeune France.
Québec, 22 juin 1908.
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