PHILOLOGIE
Voici comment s’exprimait dernièrement un Canadien de passage à Paris :
« Mon confrère est parti à Lyon ; c’est un talentuezcx jeune homme ; il viendra, à son retour, vous causer de cette affaire ; il vous sait très averti , et tient à connaître votre opinion. » Avant de quitter le Canada, ce même personnage aurait dit :
« Mon confrère est parti pour Lyon ; c’est un jeune homme de talent ; il viendra à son retour vous parler de cette affaire ; il vous sait très renseigné, et tient à connaître votre opinion ».
Ce Canadien-là a fait comme beaucoup d’autres : il s’est approprié le plus grand nombre de néologismes possible, et il a avalé sans discernement les bons et les mauvais morceaux. Parti à Lyon, parti à New-York, parti en
Angleterre, tout cela est absolument détestable. On doit dire : il est parti pour Lyon, il est parti pour New-York, il est parti pour l’Angleterre ; mais on dit très bien, il est allé à Lyon, il est allé à New-York, il est allé en Angleterre.
Causer , pour parler , comporte une idée de pluralité. D’ordinaire, causer est le fait d’au moins deux interlocuteurs. On doit dire : « Je lui en ai parlé ; nous en avons causé. » On cause avec une personne ; on parle à une personne.
Averti , dans le sens nouveau qu’on lui donne, est très en vogue. Mais que va devenir le mot renseigné que chacun écarte de son langage pour faire place au nouveau venu ? Autrefois un homme averti était simplement un homme prévenu, mis sur ses gardes. Allez dire, maintenant, que la langue française est cristallisée !...
Certains Canadiens fraîchement revenus de France disent aussi : « à revoir » pour « au revoir ». C’est mauvais. Dans l’expression à revoir , le mot revoir est un verbe ; dans l’expression au revoir , le mot revoir est un nom h
I Je dis que le mot revoir est un nom: il était du
M. René Bazin a écrit : A vous revoir : c’est excellent.
En France, ceux qui parlent bien, parlent admirablement ; ils ont pour eux un ample vocabulaire, l’exacte propriété des termes, la forme correcte et élégante : ce sont ceux-là qu’il faut s’efforcer d’imiter.
moins employé comme tel autrefois. On lira avec intérêt les lignes suivantes de M. Charles Rozan : « On se demande quelquefois si l’ondoit dire au revoir ou à revoir. En considérant ces deux expressions comme elliptiques et comme voulant dire, l'une au plaisir de vous revoir , l'autre à V avantage ou à V honneur de vous revoir , elles pourraient être également adoptées et servir même à établir une distinction entre le congé du sentiment et celui du respect, mais la différence ou plutôt la nuance serait un peu délicate, et il vaut mieux, comme on l’a fait, s’en tenir à un seul mot. De l'avis des grammairiens, c’est l’expression au revoir qui est la bonne. La raison en est, selon toute apparence, que le verbe revoir était autrefois usité connue substantif. Il y avait ainsi dans l'ancien français un grand nombre d’infinitifs qui s’employaient substantivement, et l’on disait /é revoir comme nous disons encore le manger , le boire , le parler ». (Ch. Rozan. — Les petites ignorances de la conversation , P- 343) •