‹ Feuilles volantes (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · VERS LUISANTS · texte numérisé non relu

VERS LUISANTS

A Mlle Pauline Guihal, de Nantes.

J'aime les grands chemins Je France, — ces allées De sable fin, où l'or mêle son clair semis, — Qu^ contournent les monts et longent les vallées. Dans la placidité des boas endormis.

Je les aime surtout, quand les ronces des haies Leur font comme un ourlet de vert tendre, oii reluit Au soleil du matin le sang des rouges baies, Et que des fleurs de flamme illuminent la nuit.

En Bretagne, souvent, le coup d'œil est étrange. Dans certains soirs obscurs, pas un pied de gazon, Pas un pli des talus que la bruyère frange, Où rétoile des prés ne rutile à foison.

Dans le genêt doré, sous l'ajonc d'émeraude, Partout la fleur bridante allume son éclair : C'est un es.saim vivant d'étincelles qui rôde Dans des lueurs d'aurore et de firmament clair.

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On dirait les trésors, éparpillés dans l'herbe, De (juelcjue écrin géant répamlu sous nos yeux ; Ou plutôt les fragments de quelque astre superbe Qu'un choc terrible aurait éo-rené dans les cieux.

Ce sont des vers luisants. Un soir, un beau soir sombre Et tiède de printemps — par le chemin qui dort — Le caprice nous vint de pourchasser dans roml)re Le vermisseau trahi par son écharpe d'or.

Mon amie avait fait un rets de sa voilette . . .

— Mon amie ! ... oh ! les bons souvenirs printaniers ! —

Et, pendant qu'au hasard je faisais la cueillette.

Le blanc filet gardait les petits prisonniers.

J'allais par-ci par-là, perpétrant mes rapines De broussaille en Ijroussaille (ni l'insecte avait lui, Jusque sous l'églantier tuut hérissé d'épines, Dont la oritie souvent vengeait le ver et lui.

Et, tout en fouillant l'herbe et les buissons agrestes, Je m'imaginais voir le vol vertigineux Des planètes, au fond des profondeurs célestes, Jalouser le laml)eau de tissu lumineux.

Qu'ajouterai-ie ? — Enfin, moisson d'étoiles faite, Bras dessus, liras dessous, nous lentrons au château Tout le momie applaudit, et la petite fête D'illumination s'improvise aussitôt.

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Un ])cau parterre est Jà devant nous, riclie nappe Où le pi'intenips a mis ses j)lns fi'aîches couleurs ; Le voile s'ouvre : un flot phosphorescent s'écliappe, Et des gerbes de feu roulent parmi les fleurs.

L'effet fut radieux. Les recoins les plus ternes S'éclairèrent : c'était — spectacle inattendu — Comme une légion de petites lanternes Sous les feuilles cherchant quelque joyau perdu.

L'eflet fut radieux à pi'ovo({uer l'extase ; Les pétales l)leu ciel, bronzés, diamantés, Les corolles d'argent, de pourpre et de topaze, Tout fourmilla soudain de magiques clartés.

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C'étaient des lueurs d'or, des chatoiements de bagues, Un rayonnant fouillis des plus purs incarnats, Des reflets opalins aux miroitements vagues, Noj^és dans la rougevir sanglante des grenats.

L'air était doux, le soir serein : nous nous assîmes En face, sur un vieux banc de pierre ; et longtemps. Le ree'ard ici-bas, mais l'âme sur les cimes. Nous voo'uâmes au vol des rêves inconstants ;

Cependant que la nuit, moins sombre et moins voilée.

Nous donnait, par moments, l'illusion de voir

Du grand dùme d'azur la voûte constellée

Se mirer dans les fleurs comme dans un miroir.

Vers luisants loi

Le lendemain, hélas ! — ici-bas tout sett'ace — Lors(|ue, le soir venvi, pour savourer encor Le spectacle charmant, nous vînmes prendre place. Il ne restait plus rien du féeritjue décor.

Plus de petits follets errants ! par les pelouses, Les c[uinconces épais, les cailloux trébuchants, Et le réseau feuillu des charmilles jalouses. Les lampyres avaient trouvé la clé des champs.

Il en restait à peine un ou deux dont la flamme Brillait comme à regret, tandis (|ue nous disions — Voilà bien le symbole et l'image de l'âme. Avec ses songes d'or et ses illusions !

Tout te sourit d'abord, jeunesse inassouvie ; La lumière et les fleurs couronnent tes festins ; Mais pour le cœur qui veut recommencer la vie, S'il reste encor des fleurs, les flamljeaux sont éteints

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