‹ Feuilles volantes (volume 2)Chapitre 17 sur 23 · MESSE DE MINUIT · texte numérisé non relu

MESSE DE MINUIT

A ma2}etite Pauline- Adine.

C'est Noël. Bébé dort sous ses tentures closes, Rêvant, les poings fermés sur ses j^eux alourdis, De beaux jouets dorés, de fleurs Fraîches écloses Dans les jardins du paradis.

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Au dehors on entend des voix ; la foule passe, Calme, écoutant au loin le clocher plein de l)ruit. Qui jette sa clameur sonore dans l'espace A tous les échos de la nuit.

Maîtres et serviteurs, qu'un symbole égalise, De crainte d'éveiller le bébé rose et frais, Pieux et. recueillis, pour se rendre à l'église, Passent le seuil à pas discrets.

Il est minuit bientôt. Seule, la jeune mère Reste auprès du berceau que son amour défend, Oubliant tout, chagfrins, soucis, la vie amère. Pour ne songer qu'à son enfant.

Messe de uiinuit 163

Il est là sous ses yeux, son trésor, qui sommeille Innocent et serein, tandis qu'au ciel profond Resplendit pour kii seul la vision vermeille Que les blonds chérubins lui font.

La mère enfin se lève, anxieuse, attentive, Et, dans les petits bas au chevet suspendus, D'une main tout émue elle glisse, furtive. Joujoux et bonbons confondus,

Puis, tombant à genoux, jusqu'aux pleurs attendrie. Plus folle que son fils, plus riche que Crésus, Murmure en son orgueil : — Comme vous, u Marie, J'ai mon petit Enfant-Jésus !

LA rOUPEE

CONTE DE NOÈIi

A ma prdfc amie, C'ordclic Blanvhcinain.

L'hiver était bien rude, et pins d'un pauvre avait Vu la fièvre et la faim s'asseoir h son chevet. A maint îojcv, malo-ré la froidure croissante, La bûche de Noël, hélas ! était' absente.

Que de petits souliers usés et décousus, Allaient être oubliés par le Petit-Jésus !

Xoël ! — La rue était brillamment éclairée ; Sur les trottoirs glissants une foule affairée Des magasins ouverts assiéc^eaient les abords. Mille objets attrayants s'étalaient au dehors, En groupes à l'aspect plus ou moins symétrique, Rutilant sous des flots de lumière électrique. Partout rire et gaîté ; le givre éblouissant Semblait chanter joyeux sous le pied du passant Tout paraissait noj'é dans des lueurs d'opale.

Un instant, j'entrevis un enfant frêle et pâle, Un tout petit garçon grelottant, mal vêtu, Qui battait la semelle, et d'un air abattu

La Poujyée 167

Dév'orait du regard un brillant étalage Des mille riens dorés qui plaisent tant à l'âge 0\i l'on n'a pas encor le cœur rassasié. Le petit mendiant semblait extasié.

J'allais moi-même entrer pour faire quelque emplette : Jouets d'enfants, menus articles de toilette, Bibelots si charmants à donner ce jour-là, Lorsque, le cœur serré, j'entends crier :

— Holà !

Au voleur ! Qu'on l'empoigne ! . . . Oh ! l'affreux misérable ! Police !

En un instant la foule inexorable Avait appréhendé le délinquant : c'était Le malheureux gamin. Hagard, il haletait Au poignet d'un sergent et sous l'âpre huée.

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Tandis que sa main oourde et mal haliituée An métier de l'opprobre essayait gauchement, Sous les lamlieaux troués d'un pauvre vêtement, De cacher une raide et pimpante poupée. Le voleur était pris.

L'âme préoccupée, Je poursuivis ma route. Or, en rentrant chez moi, J'embrassai mes enfants, ce soir-là, plein d'émoi ; Je ne sais trop pourquoi l'action insensée Du petit inconnu tourmentait ma pensée.

Et quand, la nuit venue, écartant les rideaux. En tapinois j'allai déposer mes cadeaux,

Je revis — un hoquet do toux à la poitrine — L'enfant déguenillé penché vers la vitrine. Je le vis t(jut tremblant, avec avidité. Porter sa main transie à l'objet convoité,

Ld Poiipéc 109

Entrouvrir les haillons qui lu couxraient à peine, L'y cacher, et soudain fuir à perte d'haleine. Puis la police, puis le procès, la prison . . . Enlin le déshonneur, le deuil à la maison ! Une première faute ... un orphelin peut-être . . . Malgré moi je plaignais le pauvre petit être.

Si bien (pie je ne sais (juel prétexte banal

Me conduisit deux jours plus tard au tribunal.

Entre deux vagabonds et deux filles de bouges Le petit comparut livide et les yeux rouges. Son histoire était courte et triste. Cet enfant. Hélas ! était de ceux que la loi ne défend Qu'à regret, dirait-on ; classe déshéritée De malheureux sans pain, n'a^^ant que la dictée

De leur cœur, ici-bas, pour supporter leur lot.

Trois ans auparavant, frappé par un ballot

Qu'il arrimait à bord d'un brick faisant escale,

Son père était tombé sans vie à fond de cale.

Et la mère avait dû, de saison en saison,

Peiner pour apporter du pain à la maison.

Lui-même — le petit — avait payé sa dette

A la famille, a\^ant gardé sa sceur cadette.

Lorsque la mère allait travailler au dehors.

Et puis la maladie était venue : alors

Il avait à son tour dû chercher de l'ouvrage.

Tout ce qu'un pauvre enfant peut avoir de courage,

Il l'avait dépensé sans plainte, avec douceur,

Pour sa mère clouée au chevet de sa sœur . . .

Ce soir-là même, ayant vu pleurer la petite

La Poupée^ 171

En songeant à Noël, il était sorti vite, Et, le cœur gros, avait à mainte porte osé Mendier un cadeau qu'on avait refusé . . .

— C'est pour elle, Monsieur, oui, pour ma sœur mourante Que j'ai volé, dit-il, d'une voix déchirante ; C'est la première fois !

Et l'enfant, à ces mots. Se cacha le visasfe, et, fondant en sanglots, S'affaissa lourdement sur la banquette infâme.

Et je sortis, plaignant dans le fond de mon âme Les juges — leur devoir veut quelquefois cela — Condamnés à punir de ces criminels-là.

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