LE PREMIER DE L'AN
A mon petit ami, Maurice Rioin.
C'est le premier de l'an ! Allégresse partout ! On s'aime, on se caresse, on s'embrasse, on se choie . . . Mais le premier de l'an, pour les petits surtout, Est un jour d'ineffable joie.
174 FevÂlles Volantes
Pour les enfants la vie est un céleste accord ; Chaque nouvelle année au bonheur les invite A cet âge naïf on ne sait pas encor
Combien le temps s'envole vite.
Pour eux point de soucis, nul chagrin n'est profond ; Ces cœurs que rien ne blesse ont en eux leur dictame ; Et pourtant qui dira ce qui se passe au fond Quelquefois de la petite âme ?
Je connais des parents qui, sur leur seuil joyeux, Ayant vu s'arrêter le spectre au front livide, • — Des sanglots plein la voix, des larmes plein les yeux, Se penchent sur un berceau vide.
Le premier de l'An 175
Le pauvre ange est parti, par la mort emporté ; — Pères qui m'entendez, Dieu vous garde les vôtres 1 Ils ne blasphèment pas, non, car en sa bonté Le ciel leur en a donné d'autres.
Tous trois sont là, groupés au milieu de monceaux De cadeaux radieux, — bonbons, tambours, épées, Chevaux de bois, soldats de plomb, frêles berceaux Oii dorment de roses poupées.
Oh ! les bons cris de joie ! oh ! la franche gaîté ! Doux échappés du ciel, que je voudrais décrire Ce timbre d'innocence et de sérénité
Qui sonne en votre éclat de rire !
176 Feuilles Volait tes
Le cœur gonflé, le père ose à peine parler : Et, tandis qu'autour d'eux le frais essaim se joue, La pauvre mère est là, triste, et qvii sent couler Deux grosses larmes sur sa joue.
— Allons, dit le brave homme, en couvrant de baisers Les petits innocents à la voix de mésanges. Ces jouets sont à vovis ; prenez et divisez Entre vous trois, mes petits anges.
Or, comme l'on faisait quatre parts, étonné : — Pour qui, dit le papa, cette autre part entière < Et, levant ses grands yeux : — C'est, répondit l'aîné, Pour petit frère au cimetière !