‹ Feuilles volantes (volume 2)Chapitre 8 sur 23 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

A Mgr LE CHANOINE BOUCHER

A l'occaaioH du soixantiètnc anniversaire de son ordination.

J'ai vu, dans la prairie, nn chêne aux vastes branches, Qui, sous le bleu du ciel, offrait, les bras ouverts, Aux corbeaux croassants comme aux colombes blanches L'asile hospitalier de ses grands dômes verts.

Sous ses rameaux touffus flottaient des ombres douces ; Et, (|uand midi flaml)ait, largement abrité, Maint troupeau, sommeillant dans la fraîcheur des mousses, Sous sa voûte oubliait les ardeurs de l'été.

Il était vieux ; pourtant, l'âge dont l'aile égrène Le feuillage du chêne et la fleur du glaïeul. N'avait mis qu'un surcroît de majesté sereine A sa cime imposante ainsi qu'un front d'aïeul.

La sève des puissants filtrait sous son écorce; Pourtant, quand la rafale ébranlait ses arceaux, Le vieux géant n'avait — suave dans sa force — Que des murmures doux comme un chant de berceaux.

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Le colosse avait eu ses jours sombres ; l'orage Avaifi^ parfois sur lui déchaîné ses Titans; Mais l'averse en fureur n'avait pu, dans s;i rage, Que laver sur son tronc la poussière du temps.

Tous les petits oiseaux l'aimaient ; sous sa feuillée. Grives et rossignols, mésanges et pinsons, Penchés au bord des nids, de l'aulne à la veillée, Lui payaient leur écot en joyeuses chansons.

Et le grand chêne, droit comme un vieillard auguste, La tête dans l'azur, les bras au firmament. Semblait sourire au ciel qui l'avait fait robuste. Et bénir le Très-Haut de l'avoir fait clément !

Ah ! je voudrais avoir la sagesse d'un mage Et la voix d'un prophète — oui, moi, l'humble fourmi Pour vous dire en ce jour : Ce chêne est votre image, O saint prêtre de Dieu, mon vénérable ami !

Toujours jeune et debout dans votre grâce austère, Le cœur ouvert à tous, même aux malicieux, Si, comme lui, vos pieds touchent encor la terre, Vous avez comme lui la tête dans lus cicux.

Connue lui, \ ous a\'ez de tranquilles retraites ; Connue l'omltre et le frais cju'il ménage aux troupeaux, Vous versez le trésor de vos l)ontés discrètes A tous les atlamés de calme et de repos.

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Comine lui, vous avez vu bien des soleils naître ; Sur votre front serein tout près d'un siècle a lui : Vous n'avez pas vieilli, car vous étiez, ô prêtre ! Puissant comme le chêne et vaillant comme lui.

Il eut son temps d'épn^uve et vous eûtes le vôtre : Mais les assauts jamais n'ont fait vos pas tremblants ; Et l'orage n'a mis, sur votre front d'apôtre, Qu'un reflet d'arc-en-ciel dans vos beaux cheveux blancs.

Vous aussi vous avez de fécondes ramures Dont la frondaison vierge a bercé bien des nids ; Autour de vous aussi montent bien des murmures. Chants d'amour de tous ceux (|Ue vous avez bénits

Le petit vous révère et le grand vous honore ; Laissez votre cœur battre et votre œil rayonner ; Car, s'il fut des insfrats, votre âme les icfnore : Les forts sont indulgents et savent pardonner.

Pardonner et bénir, voilà le double rôle Auquel votre existence entière s'immola ; Et si jamais fardeau n'a courbé votre épaule. C'est qu'elle était de fer, car vos œuvres sont là !

Soixante ans, votre voix ardente a fait entendre L'éternelle parole aux hommes ; soixante ans. Votre main, ô pasteur — infatigable et tendre — Versa le sang du Christ sur les cœurs repentants.

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Soixante ans, vous avez, pendant le saint oiîice, En prononçant les mots que Dieu même dicta, Renouvelé pour nous le divin sacrifice Qui racheta le monde aux flancs du Golgotha.

Soixante ans, vous avez relevé qui succombe ; Soixante ans on vous vit au chevet du mourant ; Soixante ans, vous avez suivi jusqu'à la tomhe La dépouille de ceux que la mort nous reprend.

Soixante ans, vous avez, de vos mains paternelles, Bénit l'anneau sacré qui joint les épousés ; Et je vois devant moi, s'essuyant les prunelles, Des vieillards que jadis ces mains ont baptisés !

Du pauvre et du petit vous prîtes la défense : Et nos regards, d'ici, peuvent apercevoir, Construit p<ir votre zèle, un asile où l'enfance Va puiser la science aux sources du «levoir.

Et toujours à raffut, et toujours sur la 1 »rèclie, Dans tous les l>ons cond»ats à vaincre toujoui's prêt, On vous a vu saisir la coonée et la liêche Pour o-uiiU-r le colon au fond <le la forêt.

Dans tous les tlroits sentiers poursuivant votre marche, De n(js oints du Seigneur vénéi-alile doyen, Vous sûtes ajouter au nom du patriarche Celui du patriote et du grand cito3'en !

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Oh ! lorscjuc vous jetez un coup d'œil en arrière,

Vailliint soldat du Itien, vétéran des autels,

Et (jue vous remontez \()tre longue carrière

En comptant vos laideurs et leurs fruits immortels,

Dans cette vaste enceinte où chacun vous acclame Et devrait s'incliner pour haiser vos genoux, Quel sentiment ému doit envahir votre âme ! Quel joyeux Te Deiwi doit retentir en vous !

Oh I laissez-vous aller à ces transports suprêmes : Savourez les fruits nn'u-s de vos efforts vainqueurs : Cette émotion-là, nous la sentons nous-mêmes ; Ce Te Deum d'amour chante aussi dans nos ca-urs !

Près de vous, ce matin, à genoux dans son temple, Au Dieu qui récompense et fait les jours nombreux, Nous avons dit merci pour le sublime exemple Que les vôtres plus tard laisseront deiTière eux.

Et nous l'avons prié pour que le noble chêne. Bravant, longtemps encor, les destins courroucés. Reste pour nous l'espoir de la saison prochaine, Après avoir été l'orgueil des jours passés.

A Mlle Hectorine DUHAMEL

La veille de son viariage.

Un jour, Mademoiselle, un passant, pres(;[ue un vieux, Vint s'asseoir au foyer béni de votre père. Et — vous gardez encor ce souvenir, j'espère — Fut charmé par l'éclat rêveur de vos grands yeux,

Vous étiez une enfant folâtre, un peu rebelle ; Chacun obéissait quand vous disiez : je veux ! Et, nnitine, écartant le flot de vos cheveux, Vous riiez en voyant (ju'on vous trouvait si Itelle.

Je vous fis quelque peu sauter sur mes genoux ; Mon baiser s'égara dans vos boucles soyeuses ; Et, malgré mon front grave et vos mines joyeuses, Une franche amitié s'établit entre nous.

Elle a duré. Plus tard, la douce jeune fille, Rayonnante, et dans tout l'éclat de son printemps, Remplaça par degrés l'espiègle de sept ans . . . Mais je restai pour elle un peu de la famille.

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Je vous voyais grandir, héla« ! presque à regret ; Et pourtant j'écoutais d'une oreille ravie Monter autour de vous des murmures d'envie Contre celui (ju'un jour votre cceur choisirait.

Le choix est fait enfin. L'âme sœur de votre âme A, dans un jour chéri, croisé votre chemin ; La main d'un fiancé s'est mise eu votre main ; Vous n'êtes plus entant : demain vous serez femme !

C'est l'ordre universel, on s'en plaindrait en vain La nature en tout lieu suit sa loi souveraine ; Après le frais Ijouton voici la fieur sereine, ]3e <|ui doit à son tour naître le fruit divin.

Oh ! ne l'oubliez pas, ce jour que le ciel dore En bénissant l'iiymen de deux bonheurs rêvés, Ce jour si radieux, hélas ! vous le savez, L'ère des grands devoirs point avec son aurore.

Que Dieu jonche de fleurs votre nouveau sentier; Qu'il guide votre esquif vers des rives ombreuses ; Et, s'il vous faut, pour faire envie aux plus heureuses;* Notre vœu le plus cher, vous l'avez tout entier !

A tous les saints devoirs vous resterez fidèle : Vous naquîtes d'un sang qui ne saurait déchoir ; Et, dans la mère en pleurs qui vous bénit ce soir, De toutes les vertus vous avez le modèle.

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Allez, soyez aimée 1 et soudez quelquefois Au vieil ami d'antaii, qui, paupière mouillée, Avec le bon papa, le soir, à la veillée. Parlera bien souvent du bébé d'autrefois.

Celui que votre cœur aime entre tous les autres, Celui qui vous enlève au doux toit paternel. En se liant à vous par un mot solennel, Va — loin de son pays — devenir un des nôtres.

Qu'il soit le bienvenu ! Nous aimons à genoux La France — son Ijerceau — notre France sacrée Et nous applaudissons à l'union qui crée Un doux lien de plus entre la France et nous !

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