‹ Feuilles volantesChapitre 15 sur 137 · A PAMPHILE LE MAY · texte numérisé non relu

A PAMPHILE LE MAY

A l'occasion de son couronnement par l'université Laval.

Poète, on t’apyiaudit ! poète, on te couronne !

Le laurier du vainqueur sur ta tête reyonne ;

Le passant jette à flots des fleurs sur ton chemin ; Au tournoi de la lyre on t'a cédé l'arène ;

Ta ruse à ses rivaux sourit en souveraine :

Et je ne suis plus là pour te serrer la main !

Pourtant, naguère encor, suivant la même étoile, Nous n’uvions qu’une nef, nous n’avions qu’une voile ; Nos lutis comme nos cœurs vibraient à l'unisson. Poètes de vingt ans, c’étaient luttes sans trève : C'était à qui de nous fereit le plus beru rêve,

C'était à qui ferait la plus belle chanson.

mi

Nous révions, nous chantions, — c'était là notre vie.

Et, rivaux fraternels, sans flel et sans envie,

A la muse des vers nous faisions notre cour,

Tu charmais les zéphyrs, je narguais la bourrasque ;

Et nous voguions tous deux, toi songeur, moi fantasque,

L'âme ivre de printemps, de soleil et d'amour.

Nos soirs étaient sereins, nos matins étaient roses, Tout était calme et pur ; nuls nuages moroses N'estompaient l'horizon — à présage moqueur ! J'aimais... et je croyais à l'amitié fidèle ;

Tout me parlait d'espoir, quand le sort, d'un cup d’aile,

Brisa mes rêves d’or, ma boussole et mon cor. !

L'orage m'emporta loin de la hlonde rive

Où ton esquif flottait toujours à la dérive,

Bercé par des flots bleus pleins d'ombrages mouvants. Et ‘“epuis, ballotté par la mer écumante,

Hochet de l'ouragan, jouet de la tourmente,

J'erre de vague en vague à la merci des vents.

Oui, je suis loin, ami ! mais parfois les rafales M'apportent des lambeaux de clameurs triomphales ; Et j'écoute, orgueilleux, ton nom que l’on redit.. . Alors je me demande, en secret, dans mon âme,

Si tu songes parfois, quand la foule t'acclame,

A celui qui jad .ant de fois t'applaudit.

Chicago, octobre 1869

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