‹ Feuilles volantesChapitre 16 sur 137 · SUR LA TOMBE DE CADIEUX · texte numérisé non relu

SUR LA TOMBE DE CADIEUX

In endless night, they sleep, unwept, unknown... THomAs Moore.

Sur un ilot désert de l’Ottawa sauvage, Le voyageur découvre, à deux pas du rivage, Un tertre que la ronce achève de couvrir :

Un jour quelqu'un, ici, s'arrêta pour mourir.

L’humble tombe des bois n’a ni grille ni marbre ; Mais, poète naïf, à l’écorce d’un arbre Cet étrange mourant confia son secret,

Et dit, sa plainte amère au vent de la forêt.

La légende a doré cette histoire touchante 1

L’arbre n’est plus debout ; mais le peuple qui chante, Bien souvent, au hameau, fredonne en soupirant

La complainte qu’alors chanta Cadieux mourant.

O sinistre Ottawa, combien de sombres drames

Dieu n’a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames

Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs !

Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs, Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ?

Ah ! c’est que, sous tes flots et dans tes sables mous,

Bien des corps délaissés dorment dans tes remous !

Ceux-là n’ont pas même eu leurs quelques pieds de terre: Leur linceul est l’oubli ; leur tombe est un mystère.

Jamais, au fond des bois, le touriste révant

Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant ;

Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière. Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de pas aimés...

Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, dormez !

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