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A MA FEMME

La veille de notre mariage

Hélas ! ma douce amie, elle fut bien ardue La route que sans toi j'avais à parcourir ; Et de tout ce qu'on peut endurer sans mourir

Mon cœur a bien des fois mesuré l'étendue,

Souvent j'ai failli croire, à force de souffrir, a Fatalité sur mon front suspendue ; Et si mon âme, enfant, dans le doute éperdue,

N'a pas senti parfois son courage tarir,

C'est que, lorsque le vent du Nord battait ma voile, L’Espérance était là, resplendissante étoile

Dont le rayon béni venait sécher mes pleurs.

Cette étoile, aujourd'hui, c’est ton regard céleste,

Enfant ! et, pour payer ce bonheur qui me reste,

C’est encore trop pe’: que vingt ans de douleurs !

Un souvenir heureux est peut-être sur terre

Plus vrai que le bonheur.

A. DE MUssET.

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