‹ Feuilles volantesChapitre 97 sur 137 · À MES FILLES · texte numérisé non relu

À MES FILLES

C'était le premier né, votre aîné, mes chéries. Il avait rajeuni mon cœur désenchanté, Et de tout le bonheur qu'il avait apporté,

Nous fimes ses jours clairs et ses heures fleuries.

Il fut aimé de tous, béni, choyé, gâté.

On s'extasiait même à ses espiègleries, Hélas ! Dieu ne veut pas de ces idolâtries .

Et seul le souvenir de ce temps est resté,

Enfants, il ne faut pas pleurer la vie entière, Croyez-moi, nos chers morts couchés au cimetière

Ne nous demandest point qu’on s* »ccupe autant d'eux.

Aussi, quand vous verrez sangloter votre mère, Pour mettre un peu d'oubli dans sa pensée amère,

En songeant à l’absent, embrassez-la pour deux.

Sn ee mas ee re

Il revenait d'un long voyage.

ANDRÉ LEMOYXE,

A M. LE COLONEL DAMELINCOURT

de Jurançon,

Vous l’avez donc connu notre pauvre exilé !

À travers les périls de l'océan qui gronde, Pour promener ses Pas errants autour du monde,

Loin du foyer, un jour, il s’en était allé.

Et quand le voyageur, las, souffrant, isolé, Suspendit près de vous sa course vagabonde, Laissant tomber sur lui votre pitié profonde,

Au nom d'un père absent vous l'avez consolé.

C'est ce père aujourd’hui, qui, penché sur la pierre

Humide encor des pleurs jaillis de sa paupière,

L'œil tourné vers son ciel Pour jamais obscurci,

Dans l’Apre égarement de son âme en détresse, Du bout des mers vous tend les bras, et vous adresse,

Entre deux longs sanglots, son douloureux merci !

Tous deux unis désormais

Dans une même pensée.

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