‹ Feuilles volantes [microforme]Chapitre 19 sur 43 · DE BETHLÉEM · texte numérisé non relu

DE BETHLÉEM

A4 Mme Louise d'Isole.

3ien souvent je me la rappelle,

Dans son pli de coteaux boisés,

La vieille et rustique chapelle

Qui date du tenips des Croisés !

Elle s'appuie, humble et petite, Sur ses contreforts descellés, Où des touftes de clématite

Brodent leurs festons étoilés.

Les grands chênes pleins de murmures, Où ronflent les vents asSOUPIS, De leur ombre et de leurs rainures

Caressent ses pans décrépits.

Elle est seule au bord de la route Qui rampe le long du talus : k La chèvre errante y rôde et broute

Sur un seuil où l'on n'entre plus.

es,

La eh pelle de Bethléein

Ca et là, sur les pierres plates

De ses murs qu'effrite le temps,

Le chercheur découvre des dates

Vicilles de quatre fois cent ans.

A gauche, là, sous la corniche,

Au-dessus d’un bassin tari,

Derrière un treillis, dans sa niche,

Une statuette sourit,

Et la pastoure qui fredonne | l

Su romance au bord du chemin,

En passant devant li madone,

Pour se signer lève la main,

Oui, toujours je me la rappelle, Avec ses combles ardoisés, L'antique et modeste chapelle

(Jui date du temps des Croisés.

Elle a ses contes, ses lécendes,

F'ouchants ou sombres tour à tour, Connne le vieux menhir des landes

Et le grand christ du carrefour,

Souvent la fanulle bretonne

Méle son nom aux longs récits

Que les anciens, les soirs l'automne,

Font pres de lâtre aux murs noircis.

Lu clic pelle de Bethleci

Et, pourtant, à nul auditoire

Cliuime, tromblant où curieux.

Nul na raconté ton histoire,

Petit temple mystérieux.

Quel que soit ce quon Hnagine,

Au fond des brumes du passé

Le secret de ton origine

Se perd à Jamais effacé,

Pourquoi cet autel solitaire

Au bord de ce profond ravin ?

Quelle est cette énigme, mystère

Que lon cherche à sonder en vain !

Feuilles Voluntes

Quelle pensée ou quel caprice, Déroutant l'esprit confondu,

Te suspendit, frêle édifice,

Au flanc de ce coteau perdu !

Ex-voto de reconnaissance, Parles-tu d'enfant retrouvé, De deuil cruel, de longue absence,

Ou de retour longtemps rêvé ?

Ton portique en pierre jaunâtre, Qui l’a dessiné ? qui l'a fait ?

Foulons-nous ici le théâtre

De quelque tragique forfait ?

Es-tu la tombe expiatoire

Où l’on vint pleurer à genoux

Quelque grand crime dont l’histoire

N'a pas retenti Jusqu'à nous !?

Et ce nom de Bethléein même,

Que dit-il ? qui te l'a donné !

Plus on sonde et plus le probléme

Garde soft silence obstiné !

Mais, Ô temple ! à te mieux connaître

Qu'importe qu'on soit impuissant,

Si ton aspect pieux fait naître

Un espoir au cœur du passant !

126 Feuilles Voluntes

Que tes murs tapissés de mousse Giardent leur éternel secret :

, Qu'importe, Si ta vuc est douce

Au pauvre voyageur distrait !

Jaclis, laticuc de ma course,

Etranger éonré Ja-bus, Au bord de ton antique source,

Li Souvent je suspendis mes pas.

| | Enivrement des solitudes :

Au seuil du vieux portail fermé, L'ile des douces quiétudes

Rafraichissait mon front calmié.

Adieu, chagrins ct pensers sombres !

Je sentais = 6 ravissement ! 22

Comme un essaim de chastes ombres

Penché sur mon isolement.

Et, quand vers la madone sainte

Mon regard montait plein d'émoi,

À ia lèvre expirait la plainte :

L'espoir se réveillait en moi,

Oh! c'est qu'alors — heures trop brèves ! —

À travers l’espace incertain,

Un rêve, le plus saint des rôves,

M'emportait au foyer lointain.

Charme sacré de la prière, Le temps plus vite s'écoula ..….

J'aime à retourner en arrière

Pour revivre ces moments-là !

Oui, souvent je me Ja rappelle,

Dans mes souvenirs apaisés, La bonne petite chapelle

Qui date du temps des Croisés !

Page 1