ROUEN
Nous sommes à Rouen. La Seine qui serpente Dans les détours des ponts, des quais et des îlots, Reflétant vingt clochers dans le pli de ses flots,
Au creux de son vallon féerique suit sa pente.
Voici la cathédrale avec sa flèche -— un clou Dont la pointe géante accroche les nuées :
4 ÿ , Saint-Ouen et ses tours par l'aigle saluées :
Et cet autre poème en pierre, Saint-Maclou !
Av
Le
J.-Bte de La Salle
Passons, — Sur ce cheval de bronze qui se cubre, Quel est cet homme sombre au grand geste d'airain, Qui dresse sur le ciel son torse souverain,
Avec ses cheveux plats et sa figure glabre ?
Cet homme, il est nommé. Caveaux du Panthéon,
— Comme le monde, un jour, ses projets gigantesques, —
Vous fûtes trop étroits pour loger sous vos fresques
Le cercueil de celui qui fut Napoléon !
Et cet autre profil dont l'aspect seul réveille, Calme et majestueux, dans l’âme du passant,
Des demi-dieux romains le peuple éblouissant,
Quel est-il ? — Chapeaux bas, poètes, c’est Corneille !
Le premier, formidable et fatal conquérant, Des vieux empereurs morts ramassa la couronne ; Et l’Europe, coursier que sa botte éperonne,
S’attela d'elle-même à son char fulgurant.
Vingt ans, ce rude athlète a trainé la victoire Comme une esclave au flanc de ses lourds bataillons ; Et la gloire sur lui sema tant de rayons,
Que leur éclat encor déconcerte l’histoire !
La trace du second suit un autre chemin.
Il fut vainqueur aussi, mais sur une autre arène, Et, dans sa majesté pacifique et sereine,
Passa devant son siècle une palme à la main.