‹ Feuilles volantes. Oiseaux de neiges (cent et un sonnets)Chapitre 68 sur 117 · A MA FEMME · texte numérisé non relu

A MA FEMME

La veille de notre mariage

Hélas ! ma douce amie, elle fut bien ardue La route que sans toi j'avais à parcourir ; Et de tout ce qu'on peut endurer sans mourir Mon cœur a bien des fois mesuré retendue.

Souvent j'ai failli croire, à force de souffrir, A la Fatalité sur mon front suspendue ; Et si mon âme, enfant, dans le doute éperdue, N'a pas senti parfois son courage tarirx

C'est que, lorsque le vent du Nord battait ma voile, L'Espérance était là, resplendissante étoile Dont le rayon béni venait sécher mes pleurs.

Cette étoile, aujourd'hui, c'est ton regard céleste, Enfant ! et, pour payer ce bonheur qui me reste, C'est encore trop peu que vingt ans de douleurs !

Un souvenir heureux est peut-être sur terre Plus vrai que le bonheur.

A. de Musset.

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