‹ Feux de Bengale à Verlaine glorieuxChapitre 2 sur 6 · CEUX QUI CHANTENT · texte numérisé non relu

CEUX QUI CHANTENT

Malgré des efforts vers une certaine sagesse bourgeoise, j'éprouve que la chanson verlainienne est en moi, que je la porte jalousement dans mes veines : ce m'est une chère captive ! Je vous en parlerai avec une dilection amoureuse et partiale, dont je m'accuse, d'abord, afin de mettre plus de raffinement à la faute. Et voilà comment on sait pécher.

Mesdames, Messieurs, je voudrais essayer de vous donner les raisons de cet attrait, m'ieux, de cette persistance à émouvoir que recèle la poésie de l'enchanteur Verlaine. N'attendez pas de moi un acte de raison logicienne, d'analyse méthodique ; il faut laislr cela aux pédants, aux directeurs de journaux, aux journalistes, aux pamphlétaires et aux politiciens : ils y sont passés maîtres. Notre domaine à nous, glaneurs ou dilettantes, est autre chose: comprendre, expliquer sans doute, mais surtout, aimer une oeuvre pour ce qu'elle contient.

(i) Travail lu à l'Alliance française le 15 février 191 5, et soumis depuis lors à quelques retouches.

les tendances qu'elle représente, sa vertu intime, sa valeur historique. La fausseté, le crime, serait de l'imaginer à travers l'insolence de l'esprit, voire génial. Quand M. Léon Bloy, par exemple, juge l'auteur d'A Rebours, qui ne voit que sa fantaisie critique s'exerce dans la stricte diatribe, qu'elle est mesquine et sans respect de l'originalité? Malgré le génie de ce pamphlétaire, on ne se rend pas, sauf ceux qui aiment être dupes. Nous savons que HuY-^s^mans est une ^t^fiip TTérpssairp S"^' l^* porche de la grandc-cathedrâle synîbôliste. Un historien de lettres française^, ou simplement un curieux d'h'istoire littéraire, se trouve empêché de procéder à la façon de M. Bloy. D'adopter, en effet, une attitude semblable, il serait un mauvais chercheur; prenant parti, il se dépouillerait de l'impartialité sereine qui met chaque chose à sa place en poésie ,en histoire et en critique d'art. Cela dit, nous nous sentons plus à l'aise au début de cette étude sur Verlaine, libérés que nous sommes de mises au point, ce nous semble, opportunes.

Et d'abord, lisons ensemble un petit morceau du poète où s'accuse une science artistique mêlée de mystère et de finesse : il s'agit tout simplement du Crépuscule du Soir Mystique. M. Jules Lemaître, qui comprenait, disait avec des airs officieux et officiels qu'il se prenait la tête: c'étaient impertinences de courtisan du classicisme. N'en doutons pas ! maintenant que le symbolisme, devenu officiel, a reçu une consécration définitive par l'avènement de M. Henri de Régnier à l'Académie française, pourquoi encore en parler comme si c'était une invention du diable? Sa-

— lo —

kions désormais en(lupunenécessité jyjlale par quoi s'est rajeuni le lyrisme^e FrangeTune école qui vînt à son neure assm^g- le renQuveau.jde la poésie française. Le scandale n'est plus ; les chicanes se font de plus en plus rares, s'éteignent, meurent.

Quant à nous, des motifs d'ordre plus élevé que celui de surprendre, nous tinrent arrêté, attaché à une fortune d'art aussi permanente, croyons-nous, que glorieuse. Au fond de ce lac de poésie symboliste, allant rejoindre la figure de notre jeunesse jetée là, nous apercevions Ophélie, Hamlet, le roi de Bavière, les épures du grand drame terrestre, que dis-je! la figure totale du monde poétique.

Page 1