CREPUSCULE DU SOIR MYSTIQUE
Le Souvenir avec le Crépuscule Rougeoie et tremble à l'ardent horizon De l'espérance en flamme qui recule Et s'agrandit ainsi qu'une cloison Mystérieuse où mainte floraison —Dalhia, lys, tulipe, et renoncule— S'élance autour d'un treillis, et circule Parmi la maladive exhalaison De parfums lourds et chauds, dont le poison Dalhia, lys, tulipe et renoncule ^oyant mes sens, mon âme et ma raison.
Mêle, dans une immense pâmoison.
Le Souvenir avec le Crépuscule.
Nous avons là, il me semble, l'un des morceaux-types du symbolisme. Tout y est, les ima-
ges les parfums, la nature et l'âme, et ce mys-
vILlT^"" ^"' 'T'^ ^^' ^^^^^' intérieurs^et espace ou se meut le grouillant univers. U titre, c est la clef par laquelle nous découvrirons
Afin H. 'i'^'*' ""* ^ ^^ ^"""^ «t ^"'^ choses. Afm de célébrer ce mariage, la musique, la religion vibrante de la nature, le souvenir.' seront évoques par des mots débordants de seis, et à loJ^" achemines vers l'insaisissable. Nous sommes en présence d'un diptyque où les deux les .in "^ ^^"^°"\^«"t ici-bas pour éterniser les actes humains et leur donner une puissance de résurrection, vont se tendre la main et s'iur* moniser. Toutes deux, elles nous arracheront a 1 angoissante torture du présent: la nature à son crépuscule, et notre esprit qui ramasse les epis du souvenir sur les routes du^assTMatière fnrn,? ^^1 ^"^P^"«^f.ble! Instrument complexe qui 2hTJ r rî ^^^"" ^^P°^^^ «" "°"s! Coups loUes^ déchaînant de tendres et chères mé-
te Souvenir, qu'est-ce donc si ce n'est l'horizon qui borne notre vîe et le Crépuscule, des p^s d ether ou vok se jouer les reflets noctuS C es entre eux, entre ces deux éléments de rêve que la fantaisie de Verlaine s'élance et triomphe.' II n est pas de comparaison plus juste que celle du Souvenir et du Crépuscule : l'esprit le plus or! dmaire peut l'admettre sans diffic^é Spa.
raison du reste, admirable, pour tout ce quW quent d'atténué, d'assombri, dVblessé sous les glal ves du solei mourant, le Souvenir et le Crépufcusîm, X"\ ' Veriaine veut exaspérer les dassiqu. rds, les insectologues et les grammairiens de
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de son temps; la pièce vous a un petit air d'espièglerie, de charade, mise au monde afin d'agaçer les barbacoles et où ils vont aller se prendre ainsi que dans une souricière:
Le Souvenir avec le Crépuscule Rougeoie et tremble à l'ardent horison.
Les Boileau ont secoué leur perruque ; ils écument ; ils flairent de l'immoralité en cette associaton d'idées : le mot "trembler" ressortit, disentils, aux phénomènes d'ordre moral ou spirituel ou pathologique ou simplement physique. L'appliquer à la nature, quel crime abominable ! On en meurt un peu. Et le chapelet des doléances se déroule... Pourtant, les poètes discernent bien une vibration de l'atmosphère lorsque le soir tombe ; puis, il existe des minutes souveraines où la terre, le ciel et l'homme paraissent frémir de toutes les espérances, de tous les adieux, de tous les deuiis de l'humanité. Saisir le rapport entre ce frémissement du soir et celui de l'âme, relève de la poésie pure, j'allais dire classique. Le scandale est ferme, pourtant, et suscité par les esprits étroits, lesquels seront toujours limités par des formules scolaires et rebelles à tout ce qui est neuf ou créé. Le scandale est ferme, car la nature entière avec sa parure, ses grâces, philtres ou poisons, s'atteste complice d'enchantements.
Appliqués au soir, les verbes— épithètes "rougeoie," "tremble", sont caractéristiques et d'une vente d'hier et d'aujourd'hui. L'évolution naturelle du vSoir dans ce décor que nous offre la nature, toujours identique à elle-même sous des
cycles refaits, s'accorde aux phases multiples d Souvenir qui déploie ses visions.
Les mots suggèrent ; le symbole gît en eux ;
se décèle, se trahit : théâtre de la nature ou il
a cloison, mur, un treillis dans le jardm, propi<
au rêve du poète. Des fleurs: dalhia, lys, tu]
pes, renoncule. Elles jouent leur rôle habitw
qui est d'embaumer ou d'être jolies. Mais t
symbole se peut embusquer derrière elles, s et
busqué; elles ont un langage, on leur a prête ui
signification que nous avons apprise a Ihcu
des premiers frissons. Le sens des fleurs exisi
Les choses de la nature comme celles de 1 ar
auront un moment d'apothéose, — c'est, alors,
paroxysme panthéiste, la Nuit qui accourt et i
çoit l'embrassement du Soleil! Le petit troupe
docile des souvenirs gémit doucement. Le SoU
avant de s'endormir, illuminera les vallées t<
restres, en magicien exercé aux duperies fuj
ces des nuages, en artiste qui couronne les moi
d'un éclair, i^uréole ces témoins immobiles. î
puyés à l'horizon en regardant, ironiques, le 'i
cruel des heures.
Le Souvenir procédera de même que le SoU le Souvenir ressuscitera les ombres d'hier, le sage glacé des morts, la jeunesse éteinte— le b( venir qui, à force d'acuité, semblable au de< de l'astre, sera comme une sorte d'espoir flammé par quoi nous redeviendrons jeun Voyez comme le diptyque est suivi, noué. L pérance évoluera de façon analogue au Soleil mesure qu'il s'éteint, il paraît reculer et pose milieu du spectacle des cloisons de flammes vont se détacher, belles de splendeur, les fie du jardiîi. Ces fleurs deviendront, en un i
pies du
etix; il où il y propice ^s, tulitabituel, liais un s, s'cmrêté une l'heure s existe, le l'âme alors, le rt et reroupeau e Soleil, lées teres fugaîs monts liles, apis, le vol
le Soleil; er, le vi- -le Soulu déclin ipoir enjeunes, î. L'Es- Soleil : à t pose au mmes où les fleurs i un ins-
tant, les ornements du jardin de l'âme — parallélisme connu — ou elles le sont en même temps, plutôt, car le poète subit en sa personne le dualisme de la nature et de 3on âme. Synthèse!!! C'est un mariage secret, divin en quelque sorte. L'Espérance, personnage symbolique, use d'écrans ou se viennent poser les oiseaux du coeur, les fleurs de la peniice. Elles sont nombreuses .ayant chacune une acception particulière. Elles expriment l'orgueil, la pureté, le déda'in, la vanité, la mélancolie et la douleur. La magie du soir confondue avec celle des sens va opérer. La nature et l'âme s'étreignent ; elles vibrent à l'unisson, se pénètrent l'une l'autre. Communion profonde, mystique et douloureuse de l'homme et de la terre, qui, tous deux, apparaissent transfigurés par le soleil et cette autre lumière qui déborde de l'esprit. Tout cela est baigné par une musique délicieuse, une harmonie enchanteresse, jaillie d'un miracle de mots embrassant des sensations éternelles.
A propos d'un tel chef-d'oeuvre, qui étonne l'intelligence et la soumet au travail subtil de découvrir le noyau caché, ne vous semble-t-il pas qu'il devrait vous être parlé du symbolisme proprement dit, de son rôle dans les lettres françaises, et qu'en le faisant on s'entretient de Verlaine lui-même? Quel malheur que ce soit moi qui veuille vous esquisser son histoire! Je l'ai tant aimé, et à ce compte je risque bien de ne vous offrir qu'une apologie fervente, un hymne enthousiaste, méprisé par les hommes de goût et d'esprit. Et tout à l'heure, je cherchais à glorifier le sens historique et l'impartialité. Je suis pressé par un dilemne. Je m'appliquerai, quand
même, cependant, à vous dresser une ébauche de ce mouvement littéraire qui a passionné les dermcres décades du dix-neuvième siècle et qui prolonge son mfiuence jusqu'à nos jours. Mais pas avant de m excuser de l'essayer avec des souvenirs, des impressions qui montent de moi-même. Vers 1885. les jeunes générations venues au monde des lettres voulurent tenter une restauration de 1 ame et de la vie; à tort ou à raison, elles prétendirent — voilà un verbe serein ~ que les romamiques et les parnassiens avaient, les uns, exagéré, caricaturé l'âme et la vie en
^ZIT. ' I'"°'"^î' ^ /'«"^Phase, à la grandiloquence, tandis que les derniers, en réaction contre hugolatres et lainartiniens, avaient nié le mouvement au profit des lignes fixes et pures Ces jeunes gens, tout saturés qu'ils fussent des Fleurs du mal, répudiaient ce mot de Baudelai-
Je hais le mouvement qui déplace les lignes.
Ils voulaient que le sol frémisse, que l'âme s'extasie^ me véritable personnalité, mouvante de vie de réflexes; une poésie qui serait l'écho du vaste monde; une réalité idéalisée, soit! mais qui redescendrait parmi les hommes pour y Choses'' """^ ^^ renfermerait "les larmes des
Est-ce qu'on allait décréter la mort de la Vénus de Milo? Que non pas! Les symbolistes, par delà le beau crée, l'oeuvre qui confondait d'amour les parnassiens et les autres, résolurent ae/er-pardon !-le chef-d'oeuvre. Ils recréeront donc la déesse en lui laissant son idéalisa-
tion, la juste part de pureté plastique. Ils l'aiment d'avoir été une manifestation superbe du génie ignoré et d'avoir retenu le soupir du monde. Ils ne s'attardent pas cependant à la croire un symbole décisif de toute l'esthétique humaine. Cette femme pétrifiée — je blasphème! — ils désirent qu'elle descende de son piédestal, et repétrissant cet argile divin, ils essaieront d'imprimer à son corps le fléchissement et ces coupures de rythmes où iraient se modeler les instants essentiels de la destinée. Sur ce marbre impassible, ils aimeraient graver le rire des sens au milieu des plaisirs, la grimace de la douleur — quel que fût son nom, sa démence, sa durée, — la marque du sanglot des maternités fécondes, les pressentiments et les empreintes de la mort. C'est vers une humanité moins finie qu'ils aspirent, mais plus vraie, plus moderne, plus fille de notre âge.
A vrai dire, je dis cela, parce que je rêve une déesse sur les rives du temps qui serait le chef -d'oeuvre de la volupté, du désespoir, de la révolte, et devant laquelle l'humanité entière, tordue par l'irréalisable désir, viendrait s'émouvoir et gémir. A vrai dire, la statue n'a pas été refaite, mais on a créé des oeuvres littéraires qui ont été un reflet artistique plus sincère des réalités : le livre a moins été avec les symbolistes une acrobatie savante de l'intelligence qu'un jeu nouveau où est venue s'enclore la mimique des hommes.
Mais ne concluons pas si vite! Les symbolistes étaient préparés à apprendre par coeur les vers inouïs de Rimbaud :
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Ht les ressacs, et les courants, je sais le soir Laube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, t^t j ai 2;u quelquefois ce que l'homme a cru voir;
et celui de Maître Stéphane Mallarmé, plus extraordinaire encore, si lourd de désespérance:
La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Ils abhorraient Zola et ses disciples,— on s'en doute bien un peu, — qu'ils considéraient, avec \ école de Courbet en peinture, comme des artistes grossiers, sans noblesse et sans vérité Ils raillaient les parnassiens, dénommés par eux de faux classiques, des positivistes en mal de poésie des hommes guindés dans un formalisme scolaire aussi étroit que stérile. Ayant pratiqué cet art, comme Verlaine, ils croyaient que l'épanouissement de leurs oeuvres devait s'éloigner de plus en plus de cette conception esthétique, i. analyse, procédé scientifique dont leurs ennemis immédiats avaient abusé, était déclarée mauvaise, bannie de leurs productions. Ils élisaient la synthèse, mode de poésie supérieureleur processus ne s'appuyant pas sur des petits taits, des nomenclatures patientes, — sauf exceptions — des accumulations de mots qui rendent 1 idée plus nette, plus saisissable, ils veulent plutôt suggérer des séries de pensées et dmiages. Leur effort synthétique les achemine donc au lyrisme pur. dégagé de matérialité. i. analyse est méprisée à cause de l'émiettement des objets qu elle suppose, la promenade à travers les milles contingences qu'elle nécessite en vertu de sa fonction propre. Ce sont des mé-
taphysiciens nés de la poésie et des intuitifs avant et après la lettre. S'ils se défendent de l'analyse et d'études méthodiques sur l'âme, en revanche, le monde leur paraît une vaste représentation d'idées et d'emblèmes.
A la recherche de la signification cachée des objets, ils tendent leur effort afin d'arracher le secret des énigmes de l'univers ; ils conversent avec elles, s'installent au siège des choses, leur donnent une voix poétique, et, brisant avec les contingences, les réalités vulgaires, ils se livrent à l'essentiel. Même ils s'apprêtent à tenter Dieu.
Ils bannissent l'éloquence et le lidactisme. les formes apprises, classiquardes, pour y remplacer le jet initial du coeur, l'intuition pure, la fusée irrésistible échappée de l'esprit. Bref, le symbolisme est une grande religion d'art qui érige en respect les aspirations lyriques du moi individuel, les élans purs, frères de l'illimité et de l'instinct. Le symbolisme, c'est encore tout un monde, et avec Stéphane Mallarmé une hautaine abstraction se jouant au milieu d'une forêt de symboles compliqués. Le symbolisme, culte de l'instinct littéraire, constitue une espèce de drame psychique, transporté dans une oeuvre à l'état pur, à demi exprimé comme le geste intérieur, le mouvement des yeux, la crispation du front et des lèvres, qui ne se sont pas encore ouvertes en appel de bonheur ou de malédiction. A l'égal du romantisme au dix-neuvième siècle et par rapport aux idées et à l'art en général, le symbolisme est im produit de civilisation. Les classifications abondent, déterminées par les génies eux-mêmes. Sur un fonds commun fleurissent et s'exaltent des individualités puissantes, originales. Nous
n'épuiserons pas la donnée d'un tel mot puisqu'il contient l'infini.
Au point de vue rythmique, — nous devons glisser, toute une leçon serait requise pour établir la série des nouveautés offertes par ce mouvement lyrique— au point de vue rythmique, disjc, xl continue les tentatives romantiques, les dépasse et y ajoute enfin, un élément générateur qui est la musique.
De Wagner et des peintres anglais, Burne- Jones, Dante-Gabriele, Rossetti, de Puv^s de Chavannes en dépit de M. André Michel, de Gustave Moreau, non plus que de Huysmans, de Baudelaire, Villiers de l'Isle Adam, Barbey d'Aurevilly, qui eurent une action si forte sur les débuts de ce mouvement, il ne fut pas question. Ceci entrerait dans une étude plus complète de cette école. Assez! l'harmonie nous réclame' nous continuons Verlaine en nous efforçant de l'apercevoir sous les aspects où son génie s'est déployé : poète de la nature et de l'amour, et poète mystique.
Poète de la nature ! Il l'est avec une exuLcrance qui n'a jamais fini d'éclater. De tout son esprit et de tout son coeur, il se mêle aux bruits de la terre : les aurores craintives, transies d'impudicité éclatante, le zénith orgueilleux des jours épanouis, la nuit violette, descendant sur les villes dormantes, soulèvent d'enthousiasme ce fils de Saturne, le paien qui réside en lui, et l'autre, celui qui, se mirant, un jour, dans sa conscience après la mascai de avec les bacchantes et les faunes se sentira par la foi ange déchu tombé des deux.
De ce poète de la nature, je veux redire ce que j'écrivais jadis en songeant à lui, parce que j'indiquais là, entre poètes, une hiérarchie qui m'est chère. Cet artiste de la nature, Verlaine, réalise autre chose qu*une froideur élégante, nue, sans âme. Car il y a des artistes, les élèves à la Delille, les parnassiens trop souvent et les néo-classiques qui posent devant la nature; elle leur est un prétexte vaniteux sans grand profit pour les hautaines vérités de l'art. Elle joue, en ce cas, le rôle d'une sacrifiée, d'une femme mordue de baisers, piétinée, garrottée sous les sourires du poète amoureux de soi. D'autres, tel Verlaine, la remplissent d'eux-mêmes en la contemplant. Ces derniers la vivent en eux et, suivant une expression célèbre, ils se la convertissent en chair et en nourriture. Ils l'absorbent en ses métamorphoses: l'espace, les rayons, les cris, l'écoulement des choses, leur sont divine pâture. Ainsi pénétrés du grand amour, ayant épousé les formes et les couleurs, ils nous la res-
-r"iÉ
tituent embellie de leur puissance créatrice, riche d un rêve que les hommes se sont passé tour à tour: lillusioa de la beauté, de la traduire sous des noms temporaires, de lui donner après des siècles morts, l'aspect d'une vierge qui est à son matm Ces artistes ne jouissent pas seulement de la faculté de vision. I,eur art n'est pas une photographie appliquée et qu'i tourne à quelque stérile minutie. Ils sont plutôt possédés de quelque démon sacré qui leur communique la chaleur terrestre.
Ils ne battent pas des mains sur les fantômes de la nature. Regardez leurs bras ouverts qui s efforcent a saisir la plainte de l'homme, les ,. spasmes de la passion, le cortège tumultueux ou obscur des intérêts et des instincts, pour les ramener sur leur propre coeur. Ils participent à la comédie humaine, ils la répercutent en eux ils se marient à sa triste misère, à ses agonies' a sa jeunesse inaltérée, rebondissante, malgré la mort, les morts arbitraires ourdies par la complicité immonde des Etats. Ils vibrent d'autre -façon que les Narcisses et ils parlent un autre langage. Même quand ils se taisent, ils écoutent le frémissement de leur émotivité intérieure ou s en vient retentir la sympathie des choses Le sont des frères attendris qui ont soupçonné le prix des larmes et la valeur d'un acte héroïque. Ils lancent des verbes comme si c'étaient . 3 fleurs: ils apaisent, ils élèvent l'esprit. A tout le moins, le don de l'amour dont ils sont pourvus, vient à réaliser l'harmonie des lignes et des formes, l'accord suprême du coeur et de la pensée; ils ne mutilent pas l'homme en le croyant uniquement un cerveau qui s'assimile les
choses sans les aimer ni les comprendre. Ils hospitalisent l'humanité en leurs nerfs. Lourds de l'expérience passée, grandis de tous les hommes d'hier, d'aujourd'hui et demain qu'ils ont senti monter en eux, ils ont édifié l'oeuvre de la chair, de l'esprit et de l'âme et l'ont miré devant le flot dérisoire des jours qui passaient. Ils conquéraient un bien précieux : la science de soi-même, et l'éternité douloureuse de la gloire.
Plus que tout autre, Paul Verlaine, — ce Don Juan d'une essence assez curieuse, — est descendu aux Enfers de l'existence et il en a rapporté les leçoi.s d'une amertume éclairée qui sonde toute plaie en la dévoilant. Il a fourni à ceux qui viendraient après lui, portant un coeur de feu, dévorant idées, systèmes, philosophies, horizons, joies et infortunes, des raisons de ne pas mourir. Il a jeté dans leurs oreilles quelques notes qui ont dominé à des heures suprêmes les invitations au néant. Plaintivement, enveloppé de ses cantilènes, il les a conduits au bord des mondes, au sein des réalités humaines et divines, et il leur a dit, à ses disciples, dans un langage qui convenait à leur misère: "Parce que vous "avez senti la beauté d'une façon intense, la "vivant partout, soit dans la mansarde qui fut "une belle cage où vous avez adoré les idées pures, soit plus tard à la chute des après-midis "d'automne, quand vous buviez la maigre lu- "mière entre les branches dépouillées des arbres "et que le coeur blessé se fermait sur des chi- "mères impossibles et le masque de vos mortes, "vous méritiez de vivre en créant de la douleur. "Contemplez le velours de la nuit lactée, faites-y
Jj2.^.
"De toutes parts ^"&!!i-.''P''« «' '« temps.
"aSIlent se mlleV T if '" .'"^'«"œliques lueurs "soumis danTu réalW ""''""''"*"«. "-eWrez "la vision de 'bllf °"'''*""'= ^^ '""r avec ;;terre. Gardez le s^S/ ''"^''"- P°*'^»"« >»
"gardez le soupfr auf^wJ°^*"J""P'°'«*' gies, peut-être ch?mW' "^P* ''^ ^°» idéolo- "n>ent, à coup sûr ^1^'; ^"""? ""■ ^«>fer- ;;culaires. Vous^J^z^x'tV a?' ""'°"T" »^- "si le Destin le veut rf. ÎM ' '" "'"'' demain, "désespérées, vous enrhv ■*'"T «"^ ^°^ âme .'.'«juelque loi' d'Zur e. dë'Vé, " 'î""'"'' ^ •une souveraineté de s'^-. '^""7«""»i- C'est "dicible malheur de la terre™""" ^ •'''^*" I'^-
"nymit^.l„«.,M^^ames. Messieurs, ponse à tout au» J,:m '"«'ancolie, ayant rél'heure du"our ofw'rf" '1!^ f"^''- *'. selon de dresser une exéjèiri. ' ■'""'"*'' ^« devait «ion, de la nature 1 ,t„"'°'"' ""/interprétareligieux. Les trol; 41?^' "' '^" '"'™ent et contre le temos w ?•"' P«"'stent envers son moi toujors'^'pXoire^ln -'"'f"" *»' magnifiques escarSe^k--,""' '''"""'" de
de '-amour «Te, "reS^nl'" '^ '" ?^'"-ment, se mêlent jusqu'f ^r' .„ T T^'" mocroyons toucher à une anl,?" '""'*"• Nous a l'air de trouver c^sfuln^' "" ^"^''"'
ces fusions toutes naturelles.
Passent pour la nature et l'amour! Vieilles amies — ce mot n'est pas juste, il manque de précision, — on les a rencontrées bien des fois sur les pus l'une de l'autre, en feuilletant l'histoire ou en machinant notre vie. Mais approcher la religion de ces deux coquines, quelle audace ! Le poète de Jadis et Naguère s'y emploie. C'est une manière d'expier que nous voudrions tous choisir, en réalité — je feins de m'étonner — que nous choisissons tous. Nous expions de cette façon et pas autrement, malgré des misères accumulées, solides, toujours cachées sous des travestis nouveaux. J'allais éloigner Verlaine de nous, et à la réflexion, je m'empresse de lui garder sa place au vaudeville général : on ne compte plus les légions de pêcheurs contrits qui portent sur des épaules caressées le bât de la religion.
...l^^"'* 1^* ."'amour, qu'il nous conduise à sa trop bell "oTh'"'" '""?• *" P^^'^^"" O'-ne nuU un teDi %?/."» ■"*"" ""'■^ <*'"• °" bien sur des ïsiot SLT ^^-„^:i^- ^^^^^^^^
fermer?'?'* «."°- écoutonrseT èvrïï trcmir de la douleur de toutes les planètes Sa détresse poétique lui vient des racines du passé de sa condition d'homme. On a nilusion ^* '
tous, dun gémissement que les sièclpc v..r,* renvoyer, parce c,u'il est'la traduction int^rae' des sentiments douloureux. intégrale