‹ Feux de Bengale à Verlaine glorieux [microforme]Chapitre 5 sur 6 · COLLOQUE SENTIMENTAL · texte numérisé non relu

COLLOQUE SENTIMENTAL

Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l'heure passé.

leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles Et l on entend à peine leurs paroles. '

Dans le vieux parc solitaire et qlacc Deux spectres ont évoqué le passé. '

—Te souvient-il de notre extase ancienne ^ ~Pourquo^ voulez-vous donc qu'il nZ' sou-

vienne?

--Ton coeur hat-il à mon seul nom^ loujours vots-tu mon âme en rêve? Non.

Ah! les beaux jours de bonheur indicible

Ou nous joignons nos bouches l-C est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir! — L'espoir a fui, vaincu vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Quelle autre promenade d'Olympio qui dépasse en nervosité concise la grande éloquerice hugolesque! Verlaine est direct, évocateur, musical, aussi précis que la mémoire transperçant l'homme. A cette veine d'inspiration durable se rattachent Mon Rêve familier, Green, la Bonne Chanson et les Fêtes Galantes, série de petits chefs-d'oeuvre couvant les scandales les plus chinois. Le dix-huitième siècle ressuscite avec cette civilisation que Monseigneur de Talleyrand a caractérisé d'un mot fameux en disant "que ceux qui n'étaient pas nés à cette époque n'avaient pas connu la douceur de vivre". C'est du parfum de ce siècle fêtard — et encyclopédique — que sont pénétrées les pièces : "Clair de lune. Mandoline, Sur l'herbe, en Sourdine, etc. Voilà du banvillisme plus amolli, plus chargé de frissons de zéphyr, de marivaudages, de barcarolles, une Cythère adorable qui s'enlève, court, vole sur des vers alertes, légers, à la mesure, croirait-on, de l'âme exquise de ce monde minuscule, de femmes mignonnes, de petits chiens, de fleurs sources petites, de moutons enrubannés, — deliciae humani generis — de mou'ons enrubannés! qui, de tout temps, se sont complus à énerver les peuples jeunes et les civilisations corrompues, de Scaramouche et de Pulcinella agaçant l'impuissance de ce pauvre Pierrot, toujours coquebin avec des yeux en perpétuelle confiture.

dZ"!t"" <^?"""''«. » la suite des romantique, .^"VL^vt^rnaTure^'^Kt-sf"^

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I^ entraîne ses disciples, ses lecteurs, les bSiê ' cefui dTr' ^ '" f^^^^ ^^^^ "" immo'rtel déHre

?e respr : ^^ de. ^ ^'"^f ^'.^"^'"^"^^^ irréductible oe 1 esprit et des sens, la lutte amère de l'intellect qui se veut ériger une maîtrise sur des sen sations domptées. Il se cherche, lui ^^s'est^rdu

tant de fois; il poursuit des reconnaissances, it bouge, sursaute; et l'inquiétude, tel un rayon sauveur, va sillonner sa nuit. C'est la période de la chair triomphante, oui, mais d'une chair qui se souvient d'extases saintes, de clameurs poussées vers les lointaines constellations, d'une chair qui n'est déjà plus le péché puisqu'elle est hantée par le regret et le remords. Adhérer à l'ivresse avec orgueil et plénitude et le moment d'après n'être plus qu'un roseau qui pleure, — un roseau mystique, — voilà quelque chose de notre poète.

Mais quel est donc cet hommo? Où est sa victoire, sa complète physionomie? Comment résoudra-t-il le problème de sa destinée? Va-t-il l'asseoir sur les murmures de la brise, le royaume périssable d'une terre fécondée d'amour, de parfums et de mort ? L'art, religion très belle, d'igne d'absorber toute une vie, scra-t-il le substratum sur lequel il construira sa maison errante? Dans cette âme san- philosophie moderne, sevrée de critique ou d nalyse, le symbolisme sollicitait tinecritèred'au-yelà. (l)Chez l'auteur des Poèmes Saturniens, le symbolisme, c'était à son origine presqu'une religion sortie de la tête de Saturne. Il était nécessaire que le chef finît par joindre les mains et mourir confessé. L'absolu avait été sa respiration habituelle, même dans

(ï) L'évolution spirituelle et morale d'un Henri de Régnier nous apparaît tout autre : chez lui, le symbolisme, jeu de raison, formule d'esthétique, lui sert à toucher aux grandes vérités de l'éphémère. Il reste homme du dix-huitième siècle, symboliste païen, dévoué à la gloire de Pan.

iam °ën' t " ■''^■"' "* P"""* ^■"* «" '» ""filant, en la précipitant sur des routes ëtranees

I devait après Arthur Riml.aud, rencon- ZZ '.\'«"«^l<^ du Christ. Cette a en ure se produisit avec une floraison de verbes poétique, en ,«;''«I"«^?""i beaux que ceux de l'CS' «1 tous cas d'une humanité moins distante moins

rl\ p ^ >"'" " ''* '*""■•• On voudrait que

sions pieuses; on imagine un peu quelles har monies il en aurait su tirer

Toutes les religiosités s'éveillent et se déchaînent en l'auteur de la Bonne Chanson: celles de

femme d amour ^-a^rw^ ^'^"^titue un reliquaire de sensibilités religieuses, diverses et troublâmes Elans vers le parfait et l'indéfectible! Balbu fements d une samte Thérèse qui serait androg^ne mu^^T'^^' damnation sur des corolle? cS muguets et de roses, et, défaillante, supplierait Dieu de ne pas défaillir! Rires de lait Su nous

c^'Sr 1^' ^P^ÎJ^' ?^^"" ^« beau! en redes cendant les altitudes, de se sentir un homme tout court un homme qui, pour emprunter un mS pascalisant, vient de faire l'angt "^ "" »«

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rtp*te5 et émouvants de Dieu et Miuie

«tits^eiC"' '''"^«'"-«"ce, «mbùbir a,S petits enfants, ce qui est, encore, qui sait' la meilleure manière de l'être. Il se confesse avec une naïveté charmante, pleine de iJsie 11 ddt é^ouver un réel bonheur à se fr^wr'ù pS-

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Il y a plus encore, et ce serait l'amoindrir que de le présenter uniquement sous des traits reU

K hoTme rr ?°""^"^- J^ -'-%'xcut XMotre homme déroute la psychologi- ordinaireau moment qu'il paraît le%lus simple uTri

Il ne \i i

la veille de se fondre au sublime. Réalisez, en autant que faire se pourra, un bacchant génial, venu des confins du péché jusqu'au seuil de l'Infini, traînant derrière soi son paquet d'illusions, de dépouilles profanées,- de lassitudes et de hontes. Vous aurez un peu Verlaine. Une telle misère a du sang au fond de son rire : elle s'apparente à la vie, au destin. Qu'elle parle, cette puissance mutilée, qui, après avoir maîtrisé le temps, dé 'ire posséder le ciel, et nous connaîtrons les iPusions de l'amour, du désir, du devoir parfois, et "jiurgit amari aliquid" qu'un romantisme jamais défectible va chercher au bord de toute joie et de toute pitié !

Un ciel gris verse-t-il ses pâleurs au prodigue Verlaine? Il trouve dans la source des pardons divins, un renouvelement d'atmosphère, une pensée droite, claire et haute. Alors, il laisse échapper de son âme contrite des hymnes de beauté, Âts cris d'enfant heureux revenu au bercail. ht robe de l'agneau est moins immaculée que cette efflorescence de coeur qui s'épanouit en menues pensées, en douces images, parentes de celles que les chanteurs religieux du Moyen-Age psalmodiaient sur les routes de France. Son rêve religieux et poétique, palpitant entre des lignes, se rapproche de celui que certains artistes, épris du divin, burinaient en marge des Bibles anciennes et des missels. De sa chair pacifiée, visitée par Jésus, un azur est passé dans ses vers: le frisson de l'ange a remplacé les transes coupables, cherchées aux étables du plaisir. Son absinthe n'est rien au prix du sang tombé des calices : les Fêtes Galantes s'achèvent en Noces de l'Agneau.

Ce va-nu-pieds en route vers l'Eden se refait une àme neuve par ses regrets chantés. Avant de s'offrir au Banquet pour rcLr.cMf le pain qui met de la moelle aux os, l se tisso u - vêtement lilial. semé de fleurs. Il s ig •nouille. ':t c'est un Verlaine inconnu qui se élève 1,'enfant de l'Absolution tend sa tête aux lèvres de Marie. Il rêve au milieu des statues et des marbres. Il remue les lèvres et sa prière, doux sanglot, va rnourir sur les pétales de roses. On dirait une fine porcelaine qui, reflétant Dieu sur ses parois, se brise et rend un son très pur.

La conversion néanmoins ne le découronne pas de sa personnalité. Il se veut racheter avec les instruments de ses prétendues erreurs: la nature et l'amour lui demeurent des moyens de renaissance. L'individualisme religieux ne l'habite pas en entier. Il n'a rien d'un Simon Stylite qui, sur une haute colonne, se travaille une sainteté comiquement étrange. Il a plutôt choisi l'âme mielleuse de François d'Assise et il parle aux oiseaux, à Dieu et à son coeur qu'il a conduit dans les solitudes. Poète de l'amour et de la nature, — nous avons vu qu'ils étaient intimement liés, — il transportait au sein de cette dernière son ardeur fiévreuse, ses appétits de païen volontaire, son rêve de dionysiaque beauté. Maintenant, il religiosise la nature par un besoin de se sanctifier, de purifier les choses sous le souffle divin qu'il va recueillir au fond de so- enfance et dans les rnots réveillés de sa mère morte. Ce païen dévasté par les nymphes et les petits dieux refera donc, en poésie, une sorte de Génie du Christianisme où la terre, après avoir servi à des félicités esthétiques ou charnelles, se verra célé-

bree création divine. Elle ne sera plus un globe méprisable dont la mission est de servir les êtres; non, désormais, il instituera, à son intention, une royauté terrestre, assise sur des fondements étemels et divins.

II n'arrive pas sereinement à une telle glorification. D'abord, il la promène — la nature — dans ses sens, son imagination ; esclave attendrie, docile, il la dresse compagne de ses dériva- •iTu' u-f, ^"^i^ cynisme, de sa morbidesse. Puis, Il J habi le de phrases pieuses, de gestes repentants ; il la crée Madeleine en extase aux pieds du Créateur des mondes. Ains= , elle aura préside a toutes les phases de son univers moral. Et finalement, convertie au rôle supérieur de rappeler Dieu elle deviendra une confidente providentielle de ses élans vers ce qui ne meurt pas. Voila sa deuxième manière.

Cette apologétique, gonflée des supplications des sens est a peu de choses près celle de René; Il faut 1 aimer beaucoup parce qu'elle est vingtième siècle, tour a tour élégante, suave, crispée, sincère et douloureuse, et y voir une traduction littéraire des besoins mystiques de notre cher temps.

.,'^^^°HP,.^,^r, elle demeurera une riche version de sensibilité poétique mfantile. si Je puis dire, et de religiosité tirant sa force des émotions intérieures. C est le chef-d'oeuvre du regret, du remords, de la faiblesse aimante, et qui cherche à glorifier une Bonté qui n'habite plus la terre

Tel qu'il est, ce Verlaine! religieux ou hum-in, faune ayant volé la tête de Dieu — souvenez-vous de Sagesse — ou faune qui n'est plus qu un faune, il a réalisé l'énigme de vivre par des chants destinés à retentir dans la conscience universelle. Quand la France, suspendant ses armes de guerre, reprendra son effort de création littéraire, interrompu par les nécessités de l'heure présente, c'est, en somme, à lui qu'elle reviendra comme ayant commencé de créer la merveille moderne.

L'héroïsme de France, forme de poésie en action qui s'entraîne aujourd'hui dans ses irréductibles triomphes, retrouverait alors en lui les visions de la grâce ailée, le cri de ses grandioses chimères, son âme fervente d'idéalisme, ellemême entière avec ses diverses mentalités et jusqua sa passion de Dieu. Envisagé sous des lumières qui l'éclairent en entier, nul autre, avant lui n'avait tenté un effort aussi heureux de renouveler le lyrisme et l'âme de la poésie française. Je le place à sa date. Et nul autre, avec des disciples extraordinaires, n'a plus profondément rajeuni la métrique afin de l'assouplir et l'approcher de nous. Mais ce sont là questions d'ordre plutôt extérieur, architectural. Tâchons de plus en plus à cerner le portrait moral.

Ce dieu, ce faune, ce poète, cet Ariel déchu et rénové, a parfait le miracle du surhomme et d'un être soumis à toutes les infirmités terres-

très. Il porte ce dualisme comme un drapeau.

ht ce drapeau l'explique, le définit, le révèle tout entier en nous dévoilant sa nature de Prométhée, lié à la terre, mais sans cesse élancé vers les astres.

Il reste acquis que l'un de ces hommes ne pourrait exister sans l'autre et qu'ils se parachèvent avec leurs contrastes, leurs caractères étranges, leur tumulte: deux êtres nets, détaches vivants d'une vie personnelle, s'incarnent I un dans l'autre et se donnent la réplique. Quel triomphe, tout de même, pour la matière et le siècle, que ce type divisé contre lui-même, dont les portions humaines et divines se détruisent en se combattant ! Quel plus éloquent symbole du néant n.oral! Nous le pourrions dire et nous tromper Car, en revanche, jamais illustration laïque plus étonnante de cet homo duplex dont parlent les Ecritures, et dans la poésie existe-t-il un homme-péché mieux adapté pour sentir la joie de vivre et le mystérieux pouvoir d'aller se déchirer aux pieds de la croix? C'est là que le saty-e se devet de son armature de vices, qu'il se restaure dans l'éternel, se transforme, évolue sous nos yeux. Ici, l'enfant qui murmure: Jésus, Marie," environné d'affreuses ténèbres if poète a son souffle, ses mots étouffés, indécis qui s arrêtent à mi-chemin; il s'éprend de cette demi-expression de lui-même, du reflet douloureux de son coeur. Il est le Pauvre des Pauvres et l'Enfant des Enfants en Dieu. Ailleurs, des soupirs de communiant et de charbonnier. D autres temps, vous le verrez qui se

jette au buisson d'épines ; ses os déchirés crient vers la lumière; il l'invoque, il la cherche avec des bras épuisés. Et pour qu'elle descende jusqua lui, il tient dans ses mains un bouquet de phrases pieuses qu'il dédie en sanglotant à la

Un tel destin, qui se vit couronner par une apothéose de contrastes offre un phénomène moral, et dans 1 art, la réalisation puissante du génie Je ne veux pas répéter ici l'histoire du pélican de Musset ou du pélican tout court. Verlaine est ce pehcan. S'il n'a pas aimé pardessus tout les sommets orgueilleux, le vol au sein d'un "midi roi des Etés" (Uconte de Lisle), comme Pascal et avec une sensibilité d'aujourd'hui, il a eu peur du silence éternel des espaces infinis" ; et alors courani sur toutes les grèves, oéant de multiples blessures, il est tombé, au milieu des hommes, ses frères, qu il a abreuvés du sang de son coeur.

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