EN PLEIN DÉTROIT DE GIBRALTAR
2 Mai, 6 heuros du soir
Le navire fuit, cinglant vers l'Est, se rapprochant, à chaque tour d'hélice, du foyer bien-aimë.
Devant nous, des montagnes grises, de grands rochers calcinés, ondulant en lignes tourmentées ; — là-bas, Tanger qui s'éloigne et se perd dans la brunie ; — puis, peu à peu, le soleil couchant empourprant des feux de son cratère la terre bénie du Maroc, — et moi, atome invisible, debout sur la passerelle, près de l'officier de quarl, m'emplissaut les yeux des splendeurs du détroit : — L'Europe d'un côté, l'Afrique de
ogie
l'autre, à moins tic quatre lieues, se touchant presque 1
Et toujours le beau, le graod rêve :
— Derrière ces rochers calcinés, hors de la lumière de la civilisation, des peuples vivent ignorés, isolés, nations sauvages aux mœurs bizarres, aux doctrines déprimantes et farouches ; et ces nations, voisines de notre Algérie, habitant l'Eldorado magribin,sonties dernières hordes du vieux sol barbaresque qu'il nous reste à éclairer, à pacifier, à civiliser : Suprême et noble tâche de la France !
Et quand la France aura accompli ce miracle, alors sa haute mission dans le Nord-Ouest de l'Afrique sera terminée ; alors elle pourra se reposer dans sa gloire, la gloire éternelle d'avoir rappelé à la Vie intellectuelle, d'avoir rendu à la Fraternité universelle nos frères égarés de l'Islam, les anciens forbans de l'Afrique Mineure, de toute l'Afrique Mineure, depuis les frontières de ta Tripolitaine jusqu'aux rivages de l'Atlantique; — et le Maroc, régénéré et reconnaissant, sera alors le plus beau fleuron de la couronne coloniale deja France.