‹ Fibromes utérins, leur traitement par l'électrolyse (méthode Apostoli) et leur élimination fréquente sous-muqueuse par l'action de l'électricitéChapitre 5 sur 6 · L'ÉLECTROLYSE EST-ELLE DANGEREUSE · texte numérisé non relu

L'ÉLECTROLYSE EST-ELLE DANGEREUSE

La méthode Apostoli n'est point dangereuse. Son auteur est, sur ce point, aussi catégorique que possible. 11 s'exprime ainsi : « Ce traitement dans tous les cas n'offre pas de gravité ; il ne doit pas entraîner la mort si l'on ne commet pas de faute opératoire. »

Aussi Secheyron aura beau dire qu' « avec la galvanocaustique les accidents ne sont pas rares, que la septicémie est difficile à éviter après un grand nombre de ponctions, et lorsqu'il y a beaucoup de substance mortifiée en permanence dans la matrice ou au centre de la tumeur, » il n'ébranlera jamais la foi clinique des électrothéra= pistes consciencieux et convaincus qui ont pratiqué des centaines de galvano-punctures vaginales et des milliers de galvano-caustiques intra-utérines sans accidents. J'ai vu pratiquer plusieurs ponctions sur le même sujet sans que rien n'arrive, et tout dernièrement. M. Apostoli eut l'avantage de présenter devant moi à M. Secheyron. qui visitait sa clinique, une femme à qui il avait déjà fait plusieurs ponctions galvano-caustiques avec un bénéfice constant; on voyait encore dans le cul-de-sac postérieur les ouvertures en voie de cicatrisation.

Il me semble bien difficile d'admettre, qu'une ponction galvano-

caustique, faite avec une aiguille très mince, enfoncée de quelques millimètres seulement dans les culs-de-sac du vagin, et pratiquée avec l'observance la plus rigoureuse des précautions antiseptiques, puisse donner lieu à un travail dangereux de suppuration dont il est difficile de mesurer à l'avance l'intensité, et de prévenir l'infection septique.

A l'appui de sa thèse, Secheyron ne rapporte qu'un seul cas, vraiment malheureux de la pratique du D r Doléris. Voici l'observation (XII) de Secheyron :

Il s'agit dans cette observation d'un fibrome de gros volume, mou, donnant lieu depuis plusieurs années à un écoulement continuel de liquide sanguinolent très abondant. Le col était en partie effacé par la tumeur et présentait un orifice dilaté. Les bords étaient minces.

Dans le but de réduire le volume du néoplasme (qu'il supposait kystique à tort) pour en opérer plus facilement l'ablation, M. Doléris conlia la malade au docteur Apostoli qui pratiqua une série d'électro-punctures. L'état de la malade était déjà grave ; il s'aggrava bientôt par l'explosion d'accidents septiques intenses dus à la putréfaction rapide des parties mortifiées par le caustique, et des portions adjacentes. M. Doléris, après une absence de quelques semaines, retrouva la malade dans un état très alarmant : fièvre intense, cacbexie avancée, faiblesse extrême, écoulement très fétide; cet état durait depuis plusieurs jours. 11 n'y avait plus à hésiter; il fallait opérer. La tumeur fut extirpée en deux séances ; elle était entièrement putréfiée, c'est-à-dire que jusqu'à son pédicule il existait des traînées de tissu mortifié et décomposé, au travers de parcelles volumineuses de tissu résistant et inaltéré. Le procédé employé fut le morcellement précédé de la section multiple du col. La malade succomba à la suite de la deuxième séance opératoire, le 2 octobre 1885.

Or, l'issue fatale de ce cas ne doit pas être mise sur le compte exclusif de l'électrolyse ainsi qu'Apostoli l'affirme et que Secheyron lui-même en a convenu, en notre présence, après rectification des faits par le D r Apostoli. Je crois qu'il a mal résumé le récit de M. Doléris, car voici la note que nous a remise M. Apostoli à ce sujet et comment les choses se seraient réllement passées.

« L'observation telle qu'elle est relatée par M. Secheyron et telle qu'elle lui a été transmise par M. Doléris, est incomplète. Elle me rend seul responsable de la mort de la malade, ce que je récuse absolument.

« Voici les faits:

« Une femme profondément anémiée par des hémorrhagies graves remontant à plusieurs années, me fut confiée par M. Doléris, en juillet 1885, qui ne voulut pas prendre la responsabilité d'une opération immédiate, qui lui semblait d'emblée dangereuse.

11 s'agissait d'un fibrome considérable interstitiel et sous-muqueux qui, d'un côté faisait saillie dans le col dilaté et, de l'autre, débordait l'ombilic.

Cinq galvano-punctures positives furent pratiquées à travers le col à une profondeur de 1 à 2 centimètres, dans la masse du fibrome saillant sous forme de polype,

dans le courant de juillet. La malade se restaura, les bémorrhagies diminuèrent beaucoup et au moment où je partais en vacances au mois d'août, elle était manifestement en meilleur état ; elle sortait, faisait son ménage, et avait meilleure mine.

A mon retour, au commencement de septembre, l'amélioration des cinq galvanopunctures ne s'était point démentie. C'est alors que sur l'invitation formelle de Doléris (qui croyait à tort à une tumeur hystique et qui affirmait qu'il y avait des kystes notamment au sommet de la tumeur, au niveau de l'ombilic), je dus, malgré mon opinion contraire (dont on trouve du reste le témoignage dans tous mes écrits, et dans ma pratique journalière, où mes ponctions ne dépassent jamais deux centimètres) faire des galvano-ponctures profondes qui varièrent de 12 à 1 5 centimètres, pour tâcher d'arriver à l'aide du trocart dans la poche kystique, et faire ainsi à l'aide d'une eschare négative une fistulation de la tumeur.

J'ai commis alors, et malgré moi, une faute opératoire en pratiquant des galvanopunctures aussi profondes, qui ont le danger de créer au centre du librome des spbacèles qui peuvent assez difficilement s'éliminer.

Je fis ainsi trois galvano-punctures négatives, dont la dernière le 14 septembre. La fièvre survint le jour suivant et dura assez élevée du 15 au 26.

Du 26 au 29, Doléris qui observait alors la malade put constater une détente.

Le 29, Doléris pratiqua en ma présence, une hystérotomie vaginale de la tumeur par morcellement.

L'opération fut incomplète et Doléris ne pratiqua que la moitié de l'extirpation de la tumeur (Hegar et Kaltenbach affirment que c'est une faute opératoire et tout le monde aujourd'hui est d'accord sur ce fait.)

Trois jours après, Doléris opérant pour la seconde fois, fit l'extraction totale et la malade succomba immédiatement à cette seconde opération, le 2 octobre 1885.

« Je laisse maintenant au lecteur le soin de conclure et de distribuer comme il convient les responsabilités. »

Et quand même la méthode Apostoli aurait donné une, deux, trois morts sur des centaines de malades, et plus de huit mille applications faites par lui seul, serait-ce une raison pour la déclarer dangereuse et la condamner de la sorte ? Est-ce que les autres méthodes auraient donné de meilleurs résultats sans la perte d'une seule personne ?

L'ovariotomie, la castration, l'hystérectomie abdominale, l'hystérectomie vaginale, ou toute autre opération chirurgicale, la mieux pratiquée et la plus riche en heureuses statistiques, sont-elles exemptes de victimes ?

C'est fort aisé de critiquer de cette façon-là ! Qu'on expérimente au moins la méthode avant de lui donner l'ostracisme, et l'on verra que la galvanocaustique chimique, dans le traitement des fibromes utérins, n'est point dangereuse si l'on se conforme simplement aux régies tracées par le D r Apostoli.

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