L'ÉLECTROLYSE VAUT-ELLE MOINS QUE LES AUTRES MÉTHODES
Le fibrome utérin est extrêmement fréquent. Il passe toutefois souvent inaperçu par la malade même qui le porte, pendant toute sa vie. « Le fibrome utérin, donc, par le seul fait de sa présence, ne
nécessitera pas son extirpation. » Voilà un principe fondamental qui doit régir toute la thérapeutique chirurgicale de ces tumeurs. Pour être attaqué, il faut que le fibrome soit accompagné par des accidents pathologiques compromettant la vie de la malade ou sa santé générale.
Les symptômes les plus graves et les plus fréquents qui accompagnent les tumeurs fibreuses de l'utérus, et réclament une intervention, sont les hémorrhagies et les douleurs avec tout le cortège symptomatique de ces deux complications : la compression des organes voisins étant plus rarement observée.
Voyons maintenant quels sont les moyens chirurgicaux à l'aide desquels on peut avec profit combattre les fibromes utérins et si l'électrolyse (méthode Apostoli) vaut moins que les autres méthodes. Au point de vue de la thérapeutique chirurgicale on peut classer les fibromes en deux grandes catégories : les fibromes volumineux peu ou pas opérables, et les fibromes petits opérables.
A. — Dans les tumeurs de la première catégorie, constituées par des fibromes volumineux, qui sont, d'après l'expérience clinique la plus suivie, le plus souvent inopérables, les chirurgiens ne font d'ordinaire aucun traitement préventif qui puisse être dirigé contre le fibrome lui-même. Un fibrome volumineux, sans complication, n'est pas, du reste, incompatible avec un degré de bien-être assez satisfaisant Mais dans les cas où les fibromes sont accompagnés d'hémorrhagies qui épuisent ou mettent en danger la vie des malades, là chose se présente bien autrement. Dans ces cas les chirurgiens tâchent quelque fois d'enrayer l'hémorrhagie avec la castration ovarienne. Tout traitement médical vaut-il donc si peu de chose et n'existe-t-il aucun autre traitement, en dehors de la castration, pour combattre cette redoutable maladie ? C'est qu'on oublie, ou qu'on ignore, que l'on possède dans les applications électriques un très puissant remède contre le volume du fibrome et ses principales complications, qui sont en même temps les plus dangereuses, telles, par exemple, que l'hémorrhagie.
Examinons d'abord la valeur thérapeutique delà castration:
La castration ovarienne prise ici dans son sens le plus large, a pour but, comme l'on sait, de créer un état de ménopause artificielle, dans l'espoir de faire d'abord disparaître les symptômes très dangereux du fibrome et de le faire ensuite atrophier. Or, la castration, qui a mutilé bien des femmes, est pleine d'insuccès de toute espèce ; elle échoue assez souvent et complètement.
D'une part, l'atrophie et la diminution du volume de la tumeur ne se vérifient pas constamment: quelquefois même la tumeur s'accroit après la castration, ainsi que cela arrive aussi dans plusieurs cas après la ménopause naturelle. De l'autre, l'hémorrhagie et la mens-
truation ne sont pas arrêtées d'une façon absolue, car on les a vues avec une certaine fréquence se continuer après l'opération.
La raison de ces insuccès n'est pas encore suffisamment connue, aussi ne peut-on les éviter. On s'est plu à les attribuer à l'extirpation incomplète des ovaires, ce qui ne semble pas toujours exact. Et quand même on arriverait à bien connaître la cause et à éviter les insuccès, il faut ajouter d'autre part que parfois l'opération est impraticable.
En effet, dans les cas de gros fibromes les ovaires sont « déplacés, étalés et ses éléments sont parfois disséminés au point que l'extirpation complète est illusoire, et presque impossible, » Il y a des cas aussi où il est impossible même de trouver les ovaires. J'ai vu faire, ces mois derniers, plusieurs laparotomies, dont quatre en deux semaines, pour la castration de femmes atteintes de gros fibromes de l'utérus. Eh bien, dans un cas on n'a pu extirper qu'un seul ovaire : dans un autre cas on n'a pu enlever que deuxpetits lambeaux qu'on a supposé être une partie des ovaires ; et dans les deux autres cas on n'a pu trouver aucun ovaire! Personne ne niera, qu'en pareille circonstance, l'opération ne soit complètement manquée.
11 faut ajouter, d'autre part, que la castration n'est point une opération sans danger. J'ai vu, il est vrai, faire à l'éminent maître M. Lucas Championnière, à l'hôpital Saint-Louis, une longue série de laparatomies sans avoir une seule perte; il y a aussi la statistique, peut-être trop brillante, de Lawson-Tait qui plaide en faveur de la castration, mais, quoi qu'il en soit, la castration a donné des morts même dans les mains bien exercées de Lawson-Tait, Hégar, Goodel, Léopold, etc. lissier signale une mortalité de 14,6 0/0 sur 171 opérations, et Vautrin dit que « la castration ovarienne donne 13 0/0 de mortalité; on a de plus 20 0/0 de chances de ne pas amener de soulagement et 20 0/0 de ne pas enrayer l'évolution du fibrome ».
Au surplus la castration ovarienne ne signifie en dernier lieu, quels que soient ses succès, que stérilité.
Conclusion: Mutiler les femmes, — les tuer dans la proportion de 13 0/0 — et leur laisser 40 fois 0/0 leur infirmité, voilà la castration, et cela quand l'opération peut être faite — mais quand elle est impraticable ? Le nombre des insuccès augmentera naturellement.
B. — Pour les fibromes de la seconde catégorie — petits ou de volume moyen — dits opérables, la chirurgie moderne possède plusieurs procédés pour les attaquer, soit indirectement, soit directement. Mais on est encore loin d'être d'accord sur la bonté de ces divers procédés.
On traite indirectement ces fibromes, surtout lorsqu'ils sont hémorrhagiques, par la castration ovarienne. — Directement, soit par la voie abdominale, en enlevant l'utérus, soit par la voie vaginale, en supprimant également l'utérus ou la tumeur. On a, dans le premier
cas, la grave opération dite hystérectomie abdominablc — et clans le second soit Vhystérectomie soit l'hystérotomie ou la myomectomie vaginales.
L'hystérotomie vaginale comprend à son tour Vénucléation vaginale — l'extirpation en deux temps — par tractions — et par morcellement.
Jetons un coup d'œil rapide sur ces différents procédés opératoires pour pouvoir faire un parallèle avec l'électrolyse.
1° Cas/ration. — De même que dans le cas de gros fibromes, que nous venons d'examiner, la castration n'est point ici recommandable. Par conséquent, nous n'avons rien ajouter, sauf quelques considérations générales à la fin de cette analyse.
2° Hystéreetomie abdominale. — C'est une opération des plus graves, — avec une mortalité de 35 à 50 0/0 — qui est presque généralement abandonnée aujourd'hui, de telle sorte que nous n'en parlerons pas.
3° Hystéreetomie vaginale. — Cette opération trouvant rarement son indication dans le traitement des fibromes utérins, nous n'en parlons pas non plus. D'ailleurs elle est toujours assez grave et ses résultats ne sont point encourageants. Je m'arrête à l'hystérotomie.
-4° Hystérotomie ou la myomectomie vaginale.
a). Enucléalion. — « L'énucléation par le vagin consiste à séparer le corps fibreux de sa coque utérine et l'amener, ainsi décortiqué, en dehors des parties génitales. ;>
Disons-le tout de suite, cette opération, outre les grandes difficultés opératoires, dont nous allons parler tout à l'heure, présente un chilire de mortalité non indifférent. La meilleure statistique, celle de Chroback (1885), donne 15,6 0/0 de morts; la plus récente, donnée par Vautrin (1886), est de 14 0/0.
Le manuel opératoire est plein de difficultés.
Un partisan déclaré du morcellement, Secheyron — fait à l'énucléation une critique à fond. Je la résume sur quelques points.
L'opération se fait en trois temps.
Au premier temps. On est parfois dans une impossibilité absolue d'abaisser l'utérus et dilater son col, ou on ne parvient pas à le dilater suffisamment, conditions indispensables pour pouvoir opérer. Les incisions alors sur le col s'imposent.
Ait second temps, au moment de la décortication, on opère presque à l'aveugle, avec des doigts ou avec des spatules. Assez souvent la décortication n'est pas complète ; on tombe alors dans les graves inconvénients d'une opération non terminée. « La tumeur est ainsi violentée; les vaisseaux de sa coque, parfois si volumineux, sont ouverts et donnent lieu à des hémorrhagies fort graves par leur abondance et leur violence.
« Les difficultés se multiplient trop souvent à l'excès ; malgré tous les efforts, la décortication reste incomplète ; et alors, on voit des opérateurs, voulant à tout prix réussir, déterminer des perforations. Les perforations peuvent arriver même dans les mains les plus exercées. L'opération devient fort difficile et le corps fibreux est presque inattaquable, si l'on opère l'utérus élevé, non abaissé; il faut alors se servir de spatules à longs manches, d'ongles accessoires, dits chirurgicaux, dont le nom seul est chirurgical. L'opération est longue, laborieuse et de plus aveugle. Elle paraît même souvent impraticable d'une façon absolue (Secheyron). »
Troisième temps. Le fibrome décortiqué, les difficultés ne sont pas toutes surmontées, car il arrive parfois que la tumeur, étant volumineuse, passe assez difficilement à travers le col de l'utérus et peut causer des déchirures sur le col, aussi bien que dans les culs-desac du vagin et sur le périnée. Les déchirures sont produites plus facilement lorsqu'on emploie le forceps, le céphalotribe ou le crânioclaste, etc., pour réduire et extraire de la cavité utérine, le fibrome. Dans ces cas, les déchirures sont fréquentes, et en même temps faciles, puisque le canal utéro-vaginal n'est nullement préparé pour livrer passage à un corps si volumineux, contrairement à ce qui arrive dans l'accouchement spontané.
Quelquefois la tumeur est volumineuse et dure à la fois; elle réclame dans ces conditions le morcellement , n'importe à l'aide de quel moyen, pour être réduite. « Les hémorragies alors peuvent être très graves. Il est douteux que le perchlorure de fer, le tamponment de gaze iodoformé, les injections d'eau chaude, puisssent les arrêter, car on a affaire assez souvent avec de gros vaisseaux coupés. »
Par le fait de l'énucléation, il résulte enfin une large plaie, avec des vaisseaux rompus, constituant une grande surface d'infection.
Pozzi juge l'opération ainsi:
« On agit à l'aveugle, au fond d'une cavité peu accessible, où peut survenir d'un moment à l'autre une hémorrhagie formidable, au voisinage immédiat du péritoine auquel adhèrent parfois quelques bosselures de la tumeur. Et, alors même que celle-ci serait enveloppée de toutes parts par une capsule, la minceur souvent extrême de cette enveloppe n'expose-t-elle pas à la déchirer et à la franchir dans ces manœuvres violentes de l'énucléation ?
« Mais ce n'est pas tout, parfois l'adhérence est très intime et, si l'on veut énucléer quand même, on se trouve aux prises avec une opération qui peut durer plusieurs heures et laisser les malades dans un état de prostration extrême. »
Un des plus graves inconvénients de ce procédé, dit Secheyron, est d'exposer à des opérations incomplètes.
Voici comment Vautrin expose les complications des opérations incomplètes: « Elles ressortent, pour la plupart, de la longueur et de l'importance des manœuvres opératoires. C'est la septicémie, la gangrène qui assombrit surtout le pronostic de l'énucléation incomplète et en fait une opération grave par ses conséquences. Nous avons cité l'opinion de Gusserow, deLamer; la plupart des chirurgiens comme Chroback, Marion Sims, Schroeder, Braun etc., semblent d'accord pour attribuer à la gangrène la proportion excessive de mortalité de l'énucléation incomplète. »
En résumé : difficultés extrêmes et quelquefois même impossibilité absolue à opérer — dangers de toute espèce et 14 0/0, au bas mol, de mortalité, voilà le bilan de l'énucléation vaginale des fibromes utérins.
Cela ne me paraît pas trop engageant!
b.) Extirpation des fibromes en deux temps. Ce procédé consiste à dilater d'abord le col et la cavité de l'utérus; en second lieu à aller à la recherche du fibrome et inciser le tissu utérin au niveau du corps fibreux et attendre ensuite l'énucléation spontanée du néoplasme sous l'action de l'ergotine ou de l'électricité.
On arrive, en opérant de la sorte, à extirper même des myomes interstitiels, on pour le moins à les diriger, selon Vuillet, vers la cavité utérine, empêchant ainsi, au moyen de l'électricité, que les fibromes deviennent sous-séreux, intra-ligamentaires ou sous-péritonéaux.
Les résultats de cette manœuvre sont les suivants: ou l'énucléation s opère immédiatement, et le néoplasme se change lentement en polype, ou, enfin il ne se produit aucune modification et la tumeur reste comme auparavant.
L'énucléation peut s'effectuer dès le lendemain de l'opération ou se faire attendre 10, 15 et 20 jours; quelquefois il faut l'aider avec des instruments tranchants.
Ainsi, même dans l'énucléation en deux temps, nous pouvons nous trouver aux prises avec toutes les difficultés et presque tous les dangers que dans le cas précédent.
D'autre part, la dilatation de la cavité utérine conseillée par Vuillet, à l'aide des tampons de coton et d'étoupe, est extrêmement longue, durant jusqu'à 20 jours, et souvent très douloureuse.
Ce n'est pas tout; les partisans de ce procédé, Vuillet en première ligne et même Secheyron,sont convaincus de la nécessité « des extractions précoces des fibromes, » c'est-à-dire quand le néoplasme est pour ainsi dire muet, lorsqu'il n'y a aucun symptôme menaçant pour lequel il faudrait intervenir. Or, cette ligne de conduite est contraire au principe fondamental de la thérapeutique chirurgicale des fibromes utérins que nous avons placé en tête de ce chapitre, savoir : que le fibromepar le seul fait de sa présence ne nécessitera pas son extirpation.
Et nous sommes conduits forcément à cette conclusion, c'est que
l'opération préconisée par Vuillet est bien loin d'être rationnelle et prudente ainsi que Secheyron le voudrait.
Enfin, combien de succès, combien d'insuccès, quelle mortalité donne-t-il, ce procédé?
Il n'existe pas encore une statistique nombreuse qui puisse nous donner une moyenne sérieuse pour répondre à toutes ces questions.
c.) Extirpation par traction. — C'est Emmet qui est le créateur de ce procédé. Il opère ainsi : après avoir dilaté le col il saisit le myome et l'extirpe avec l'aide de tractions; c'est un véritable morcellement.
Emmet qui a eu des résultats médiocres, « deux morts sur onze ou douze tumeurs volumineuses et un certain nombre de fibroïdes isolés, » juge sa méthode supérieure à la simple énucléation, car cette dernière ne permet pas, dit-il, de voir « sur quelle étendue le tissu utérin est atteint, si la paroi utérine est trop amincie pour pouvoir se contracter convenablement, et se complique souvent de mort par hémorrhagie avant la fin de l'opération. »
Quels que soient le? succès obtenus par Emmet, nous nous trouvons toujours dans les mêmes conditions de difficultés opératoires et de complications que nous avons vues dans les autres procédés. Inutile à mon avis d'en répéter la critique.
d.) Extirpation des fibromes par morcellement . — A l'aide de son procédé — le morcellement précédé de l'hystérotomie — M. Péan attaque directement les fibromes.
« Au lieu d'attaquer la tumeur à la périphérie, région vasculaire, dangereuse, dit Secheyron, il ouvre une large voie jusqu'au myome, en entrant résolument en plein tissu myomateux, et il aboutit à la coque fibreuse lorsque déjà toute la tumeur est évidée, enlevée. »
Nous ne parlons pas ici de l'extirpation des polypes et nous passons à l'analyse du morcellement appliqué à l'extraction de fibromes interstitiels, sous-séreux ou péri-utérins.
Fibromes interstitiels. La technique opératoire se compose de plusieurs temps que je résume en quelques mots.
1" Temps. Saisir et immobiliser le col de l'utérus, et pratiquer une incision circulaire pour le libérer de l'insertion vaginale. Le décollement se poursuit assez haut, ayant soin de respecter la vessie et les uretères. Le col devient alors libre comme un battant de cloche. C'est à ce moment qu'il est nécessaire d'avoir une parfaite hémostase.
2 e Temps. Section bilatérale du col et du segment inférieur de l'utérus faite avec un coup de ciseaux, et exploration de la cavité utérine pour reconnaître la présence du néoplasme.
3 e Temps. Si la tumeur est petite, pratiquer l'extraction avec des tractions et mouvements de rotation.
Si la tumeur est volumineuse procéder au morcellement delà masse fibreuse. On saisit alors la tumeur avec des pinces de Museux et
hémostatiques, droites et courbes ; on la tire fortement en bas et on l'extrait morceau par morceau, jusqu'à complet e'videment de sa coque, à coups de bistouri et de ciseaux. Parfois il faut s'aider avec des tractions et l'énucléation. Toute la tumeur doit être enlevée.
A" Temps. On passe à l'hémostase, souvent difficile à l'obtenir complète, en pinçant les vaisseaux de la vaste cavité formée par l'évidement de la coque utérine. On place plusieurs pinces hémostatiques, dont quelques-unes de dix à vingt restent à demeure pendant trente-six à quarante-huit heures, et on fait la toilette de la plaie ayant soin d'enlever tous les plus petits caillots, « car la septicémie prend trop souvent son origine dans les petits caillots des plaies. »
Lorsque l'hémorrhagie n'est plus à redouter on passe à la suture des lèvres du col faite avec des fils métalliques.
Antisepsie rigoureuse.
Après cela la malade doit rester l'objet d'une attention et d'une surveillance extrêmes, étant une grande malade.
F "i bromes péri-utérins. « Si au lieu de se porter du côté de la cavité utérine, la tumeur se porte vers l'extérieur dans les cloisons vésico ou recto-vaginales, ou même dans la cavité du péritoine, à la manière des fibromes sous-séreux, nous procédons autrement, ditPéan. Après avoir disséqué circulairement le col de l'utérus sur tout son parcours et l'avoir coupé sur les deux côtés..., on dissèque également les tissus qui doublent la partie inférieure du corps de l'utérus, en ouvrant le péritoine du côté où le fibrome est le plus développé et le plus rapproché du champ de l'opération. » Ménager le rectum, les uretères et la vessie.
La tumeur mise à nu est profondément incisée ; on abaisse les deux moitiés et on pratique le morcellement.
Ensuite, pincement des vaisseaux. « Ce temps de l'opération s'exécute assez bien, ajoute Péan, grâce à la dissection de toute la portion inférieure de l'utérus qui permet de mobiliser cet organe et de l'attirer près de la vulve.
« Au besoin, pour le faciliter, on excise les deux lèvres du col de l'utérus, et on les suture ensuite aux lèvres de la plaie faite à la muqueuse des culs-de-sac vaginaux.
« Quant à la communication qui existe avec la cavité péritonéale, nous la laissons ouverte, si elle est trop contuse, quitte à la rétrécir par quelques points de suture à anses séparées.
« Nous avons appliqué, dit Péan, plusieurs fois avec succès cette nouvelle méthode d'hystérotomie ou myomotomie vaginale et elle nous a donné les meilleurs résultats. »
Telle est la méthode préconisée par M. Péan appliquée au traitement des fibromes utérins par morcellement.
Elle n'est autre chose, en somme, que l'extirpation des néoplasmes par énucléation et par traction, si sévèrement critiquées par Secheyron lui-même. Les mots sont changés mais l'acte opératoire reste à peu près le même avec toute sa gravité.
Sauf la hardiesse de M. Péan, fort habile opérateur, qui ne s'arrête devant aucune difficulté, et qui ouvre ici largement le col de l'utérus, je trouve dans la méthode par morcellement, les mêmes difficultés et les mêmes dangers que dans les autres méthodes analysées jusqu'à présent.
Je dirai même déplus, que les dangers pendant et après l'opération dans le procédé de Péan, sont plus grands.
Ma critique n'est point platonique. J'ai eu la bonne fortune de suivre pendant plus de deux ans la clinique de M. Péan, à l'hôpital Saint-Louis, et j'ai, plusieurs fois, vu appliquer cette méthode.
Ce n'est pas une opération simple, facile, comme on pourrait le croire en lisant sa description, à la portée de tous et praticable partout.
On peut tout faire, je le comprends, mais... « En obstétrique et en gynécologie, dit le professeur Pajot, dont le bon sens clinique éclate à chacun de ces mots, on peut tout faire... reste à savoir si l'on fait bien. »
Le méthode de Péan constitue une opération longue, de la durée d'une heure et même plus, s'accompagnant d'hémorrhagies quelquefois effrayantes et parfois même mortelles. On opère dans une cavité profonde, plus à l'aveugle que dans la simple énucléation, avec des bistouris et des ciseaux. On ne sait pas le plus souvent ce que l'on fait ni quand on peut finir. C'est parfaitement le cas, ici, de répéter les paroles de P. Dubois lorsqu'il définissait la version podalique : « C'est une opération difficile ; on sait quand on la commence, mais on ne sait jamais quand on peut la finir. » En effet, on peut aller finir dans le rectum, dans la vessie, dans le péritoine et même avec une hystérectomie obligatoire.
Quoi qu'il en soit, en nous basant sur la statistique personnelle de M. Péan, il aurait eu sur quarante opérées d'hystérotomie pour fibromes interstitiels du corps de l'utérus trois morts ; soit une mortalité. de 7,5 0/0. Si M. Péan avec toute son expérience et ses brillantes qualités chirurgicales, a eu cette mortalité, on doit se demander quelle sera celle du jeune chirurgien moins audacieux et moins instruit?
Or, est-il permis, même avec de pareils résultats, de procéder immédiatement à l'hystérotomie sans tenter d'abord une autre méthode inoffensive, sans tâcher de guérir autrement les malades ou de les mettre, tout au moins, en de meilleures conditions pour subir une grave opération ?
Je le dis franchement, non.
Qu'on choisisse entre l'énucléation simple ou en deux temps, l'extirpation par tractions et le morcellement, peu importe, puisqu'il y a toujours danger, il faut savoir s'abstenir et leur substituer d'emblée tout autre traitement médical, ce qui me parait prudent et rationnel.
Je me borne à dire prudent et rationnel, tandis qu'un chirurgien célèbre, exprimant toute sa pensée, y met le mot criminel.
En effet, Keith, à propos de l'hystérectomie abdominale, qui lui a donné 9,7 0/0 (de mortalité générale (1) ) (statistique plus brillante que celle de tous les autres opérateurs sans exception) n'a pas craint d'écrire, en donnant un grand exemple chirurgical, ces paroles déjà bien connues, mais qu'il est toujours bon de répéter ici : « Je me considérerais comme coupable d'un acte criminel, si je conseillais désormais à une malade de courir le danger de mettre sa vie en péril, par les anciennes méthodes, avant de s'être entièrement soumise au nouveau traitement du D' Apostoli >> (Brilisk médical journal du 10 décembre 1887).
C'est, en effet, un devoir sacré de tout tenter, de tout faire pour guérir, oumême ne fût-ce que pour apporter un soulagement aux malades, avant de les soumettre aux risques et aux périls constants des graves opérations.
Le traitement qu'on doit désormais expérimenter dans chaque cas de fibrome utérin est la galvanocaustique chimique préconisée par M. le D r Apostoli, puisqu'on peut avec elle guérir soit radicalement certaines malades — nos huit observations d'expulsion spontanée de polype en font foi — ■ soit symptomatiquement les autres, en leur assurant un bien-être durable.
J'arrive maintenant à dire quelques mots de :
L'ÉLECTROLYSE EN GYNÉCOLOGIE.
Cette méthode est remarquable par son extrême simplicité. C'est précisément pour cela, peut-être, qu'elle est injustement dédaignée par les chirurgiens I
Son outillage, ainsi que son manuel opératoire, sont aussi simples que possible et je me contenterai de renvoyer le lecteur pour leur description aux publications du D r Apostoli.
Il suffit de disposer d'un bon appareil électrique, pile à grand débit, d'un bon galvanomètre d'intensité et de deux électrodes : un indifférent en terre glaise et l'autre actif, utérin, sous la forme d'hystéromètre, pour avoir sous la main les principaux instruments nécessaires.
Le manuel opératoire est aussi simple : Il faut faire choix du pôle à employer — prendre toutes les précautions [les plus rigoureuses
1. Cette mortalité générale se décompose ainsi : 3, 8 O'O dans la pratique de la ville et t5, 7 0/0 à l'hôpital.
antiseptiques — appliquer l'électrode indifférent sur l'abdomen, l'électrode actif dans l'utérus — et débiter le courant lentement, de façon à élever progressivement l'intensité à 30-100- 130-200-250 milliampères, suivant les indications, variables avec chaque cas — variables aussi chez la même malade, — et cela pendant une durée moyenne de cinq minutes.
Faisant un parallèle entre l'électrolyse et l'hystérotomie vaginale, en général, au point de vue des indicationset des contre-indications, nous voyons que, tandis que l'électrolyse peut toujours être employée sans dangers, quels que soient l'état de la malade et le volume des tumeurs, (sauf les tumeurs fibro-kystiqueset celles qui se compliquent d'ascite ou elle reste sans effet) l'hystérotomie vaginale est dans ces mêmes circonstances souvent contre-indiquée. En effet, jetons un coup d'œil rapide sur les conditions qui conseillent l'une et déconseillent l'autre :
1" Une première contre-indication pour attaquer les fibromes chirurgicalement, repose sur l'absence de tout symptôme se rattachant au néoplasme ;
Cela n'existe pas pour l'électrolyse qui, étant sans danger, peut être appliqué à titre de mesure préventive, même en dehors de tout désordre actuel utérin.
2° Une deuxième contre-indication chirurgicale c'est le volume extrême des fibromes ;
Elle n'existe pas non plus, pour la méthode Apostoli.
3° La troisième contre-indication est l'affaiblissement général et la cachexie des malades ;
C'est, au contraire, une des meilleures indications pour le traitement électrique, car il donne dans ces cas-là, tout au moins, à l'organisme le temps de se restaurer.
4° La quatrième contre-indication de l'hystérotomie est l'anémie extrême des malades qui peut retarder le moment de l'opération. De plus, même dans les cas de métrorrhagies répétées où l'hystérotomie paraît indiquée, si on ne peut pas obtenir pendant l'opération, une complète hémostase, ce qui n'est que rarement possible. L'opération devient extrêmement grave et peut mettre en péril immédiat la vie de la malade.
Or, c'est précisément dans ces cas que l'électrolyse triomphe — en y ajoutant ceux, ou presque tous ceux, où l'hystérotomie passe à tort, jusqu'à ce moment, pour être indiquée, et qu'elle peut remplacer avec un réel profit.
Qu'importe maintenant, si une femme se sentant guérie, reste avec son fibrome plus ou moins rétrocédé?
Mais, nous dira-t-on, le fibrome qui reste constitue un danger permanent et une menace de récidive.
L'objection est spécieuse et il est facile de répondre, qu'en admettant même cette hypothèse, il serait toujours possible a fortiori d'appliquer à ce fibrome récidivé le même traitement qui lui a réussi une première fois — mais la clinique nous apprend heureusement tout le contraire. En eftet, aucune des malades, sauf de très rares exceptions, soignées et guéries par le D r Apostoli, n'a eu des rechutes depuis déjà quatre années écoulées en bonne santé. L'hystérotomie d'ailleurs, ne préserve pas elle aussi des récidives, ou pour mieux dire, l'hystérotomie n'empêche pas que d'autres fibromes, restés peut-être inaperçus, ne puissent se développer plus tard et donner lieu, à un retour offensif des symptômes antérieurs.
Du reste, qu'aurait-on pu faire surtout dans quatre des cas (observât. I, V, VI, VIII) que nous rapportons?
L'état général étant très grave, chaque petite opération chirurgicale aurait, donnant un surcroît d'hémorrhagie, augmenté la gravité et aurait même pu mettre en péril la vie des malades. L'électrolyse les a sauvées, arrêtant non seulement l'hémorrhagie dès le début des séances, mais mieux encore — en les aidant à se débarrasser de leurs fibromes! rien au monde n'aurait pu donner de si salutaires résultats, l'hystérotomie moins que toute autre chose, et en voici au surplus la preuve.
En effet, je trouve dans le travail de Secheyron, le défenseur de l'hystérotomie vaginale, les faits les plus édifiants pour démontrer que mon assertion est parfaitement exacte et que la sienne est mal fondée. Parmi plusieurs observations concluantes, en faveur de ma thèse, rapportées par Secheyron, je trouve sept cas typiques, où les chirurgiens, en n'intervenant pas, ou en pratiquant l'hystérotomie, ont tout bonnement laissé mourir les malades. Je dis, ont laissé mourir, (pour ne pas dire plus) car on aurait pu, avec un traitement électrique approprié, éviter certainement une catastrophe. Ces cas dont je vais reproduire intégralement les observations, sont à peu près analogues aux huit collectionnés par nous qui ont parfaitement guéri par l'électrolyse.
Les voici:
1° (Observation XIV. Secheyron. Service de M. Péan.)
L... Julie 56 ans, couturière, entre le 15 avriljl886, salle Denonvilliers, n° 41.
Bonne santé ^habituelle. Réglée à 12 ans, toujours régulièrement jusqu'à la ménopause, qui a eu lieu il y a sept ans. A eu deux enfants, jamais de fausses couches. Il y a deux ans, elle commença à ressentir des douleurs dans le bas-ventre ; en même temps un écoulement roussâtre se faisait par la voie vaginale. Les choses restèrent stationnaires jusqu'il y a six mois.
A ce moment, la malade fut prise d'une grande perte que l'on arrêta difficilement et qui anémia beaucoup la malade. En même temps les douleurs deviennent plus vives et dans ces derniers temps acquirent l'intensité des douleurs d'expulsion de l'accouchement. Il y a cinq jours, nouvelle métrorrhagie très abondante.
Etal actuel. — Malade pâle, d'un teint jaune terreux, très faible, perdant du sang par la vulve au moindre mouvement.
Injections vaginales au perehlorure de fer. Repos le plus absolu. Toniques.
Les jours suivants on peut examiner la malade et l'on constate un polype fibreux faisant saillie à travers le col et du volume d'une orange.
23 mai. — La malade commence à avoir le muguet; état général toujours très médiocre. Les pertes ne sont pas renouvelées.
Le 29. — Affaiblissement progressif depuis son entrée. Mort ce matin dans l'adynamie.
Autopsie. — La cavité utérine est remplie par une tumeur fibreuse, très adhérente, rétrécie au niveau du col et faisant saillie; cette dernière partie est partiellement sphacélée. Reins amyloïdes, foie gras, cœur graisseux. Rien par ailleurs.
2" (Observation XXU. Secheyron. Service de M. Péan.)
M... Marie, 51 ans, entrée le 14 avril 1886, salle Denonvilliers, n° 38. Réglée à 13 ans Ii2, régulièrement. Ménopause il y a quatre ans ; n'a jamais eu d'enfants ni de fausses couches. Il y a trois ans, elle vit tout d'un coup des pertes survenir à intervallei très irréguliers ; en même temps elle commençait a éprouver des douleurs dans le bas ventre. Les pertes devinrent de plus en plus abondantes et rapprochées, et il y a près de trois mois qu'elle est continuellement dans le sang. Elle a beaucoup pâli et maigri.
Etal actuel. — L'anémie et la pâleur sont extrêmes; il existe de l'oppression et des vertiges continuels ; constipation ; pas de troubles de la miction ; pas d'œdème aux jambes. Au toucher, on sent une tumeur qui fait saillie dans le vagin, du volume d'un gros œuf, ovoïde, à grosse extrémité tournée en bas et en avant, se continuant par sa petite extrémité dans le canal cervical, qu'elle dilate, et s'attachant au fond de l'utérus par un pédicule long et étroit. La palpation abdomiuale fait reconnaître que l'utérus est notablement augmenté de volume et qu'il a acquis une dureté anormale.
Injections vaginales avec de 1 eau de Rabel.
18 avril. — Hémorrhagie abondante. Injection sous-cutanée d'ergotine et glace sur le ventre.
Le 26. — Autre hémorrhagie, moins abondante.
1 er mai. — Sans cames appréciables, symptômes brusques de péritonite ; douleur, ballonnement du ventre, vomissements verdâtres, ûèvre, glace sur le ventre.
Le 2. — Mort dans la nuit.
Autopsie. — Nous n'avons qu'à extraire l'utérus par le vagin. Le cul-de-sac postérieur contient quelques cuillerées de pus. L'utérus renferme un polype avec un pédicule de 4 centimètres de long et 2 de large s'implantant sur le fond de l'utérus. Trois corps fibreux dans l'épaisseur du corps. Rien dans les annexes de l'utérus.
Ainsi, en pleine année 1886, lorsque la méthode Apostoli a déjà donné à l'étranger d'excellents résultats contre l'hémorragie utérine, on garde à Paris, dans des services hospitaliers, des malades, avec des pertes continues, pendant plusieurs jours, et l'on se contente d'injections vaginales pour tout traitement, sans essayer, comme dernière, ou mieux comme première ressource, l'électrolyse, pour tâcher d'arrêter l'écoulement sanguin, qui a été ici la cause principale delà mort 1
De pareils faits se passent de tout commentaire.
3° (Observation LXXXI. Secheyron. Service de M. Péan.)
B... Armandine, 34 ans, domestique, entre le 23 novembre 1SS5, salle Denonvilliers, n° 51. Santé délicate ; réglée à 11 ans, régulièrement. Un enfant à 22 ans. Il y a dix-huit mois, elle commença à avoir des pertes continuelles. Il y a un an, apparition d'une tumeur dans le bas-ventre ; accroissement rapide ; affaiblissement et amaigrissement.
État actuel. — Tumeur remontant jusqu'à l'ombilic, arrondie, lisse, de consistance fibreuse. Col utérin entr'ouvert; dans sa lèvre postérieure est une tumeur occupant son épaisseur et se prolongeant dans l'utérus.
16 janvier. — Anesthésie et deux pinces dentées sont placées, l'une en bas, sur la portion intra-cervicale ; l'autre en haut, embrassant la portion intra-utérine. Ablation par morcellement de la partie inférieure. Injection au sublimé. Les pinces sont laissées quarante-huit heures en place. La tumeur se sphacèle : fétidité extrême et septicémie, malgré les injections antiseptiques ; fièvre à 40° le soir, et 38° le matin.
30 janvier. — Anesthésie. Large ablation des parties sphacélées. Les. jours suivants : adynamie profonde au bout de six jours ; vomissements douleurs abdominales. Mort le 1 er mars.
Autopsie. — Petit bassin rempli par un litre de pus jaunâtre. Péritoine et anses intestinales reposant sur l'utérus. Utérus rempli par une tumeur du volume d'une tête d'adulte, et pesant 1.035 grammes, complètement sphacélée, adhérant intimement à la paroi interne de la matrice dont il est impossible de la séparer. Les parois utérines ne sont pas augmentées. Un peu de pus dans la cavité de la trompe droite à son origine utérine. Lymphangite du ligament large droit dont les lymphatiques sont dilatés par places, monoliformes et remplis de pus. Un de ces abcès lymphangitiques s'est rompu et a déterminé l'écoulement du pus dans les parties déclives du petit bassin. Le ligament large gauche est intact. Rien dans le vagin et les culsde-sac. Rectum sain. Reins amyloïdes. Foie également amylolde. Vésicule biliaire énorme et contenant quatre calculs à facettes, bruns, verdâtres, durs, du volume d'une grosse noisette. Rate normale. Poumons présentant aux deux sommet» des tubercules crus ; quelques noyaux d'apoplexie pulmonaire, du volume d'un gros pois, dans le lobe moyen et le bord antérieur du poumon droit. Rien par ailleurs.
4° (Observation CI. Secheyron. Service de M. Péan.)
S... Marie, 52 ans, domestique, bonne santé antérieure; réglée à 15 ans, régulièrement, quoique peu abondamment.
Une fausse couche et une grossesse à terme.
Depuis un an environ se plaint d'un malaise général, de douleurs lombaires, de pertes blanches, après ses règles.
Depuis huit mois, métrorrhagies profuses, avec expulsion de caillots ; toutefois peu de douleurs. Les pertes sont presque incessantes.
Malade pale, anémiée, teint cireux. Utérus augmenté de volume ; d'un volume plus gros que le poing.
Augmentation due à une tumeur fibreuse faisant saillie dans la cavité utérine. Le ool est entr'ouvert; d'une dilatation d'une pièce d'un franc. Il est possible de percevoir une masse résistante, remplissant la cavité utérine. L'opération est pratiquée, après que toutes les dispositions antiseptiques ont été prises.
Une forte pince, à mors plats, est enfoncée profondément sur la tumeur, qui a été le plus possible attirée directement en bas, avec les pinces de Museux. Une tranche de la tumeur est sectionnée aodessous de la pince ; une autre pince est appliquée
au-dessus de la première; et, à diverses reprises, des lambeaux, des quartiers de myome sont saisis et coupés, avec l'aide de longs ciseaux, de bistouris à longs manches.
L'opération par morcellement est longue, surtout à cause du volume de la tumeur qui est celui des deux poings.
Une demi-heure seulement après le début d'e l'opération, à la suite de mouvements de traction combinés a des mouvements de rotation, la partie supérieure de la tumeur est énuclée de sa coque, et alors facilement enlevée.
Lavages antiseptiques du vagin.
Eponges iodoformées ; deux pinces à demeure.
La malade est pâle, épuisée par les hémorrhagies antérieures ; toutefois sa santé générale est bonne. Les jours suivants, T. 37°, 6. Au huitième jour, la malade se plaint 'de douleurs au mollet et d'un gonflement à la jambe; menace de flegmatia alba dolens; constipation; élévation de T. 38°, 9.
Lavages intra-utérins. Acide phénique à 1/100.
Membres inférieurs élevés sur un coussin — potion cordiale, Champagne.
Les jours suivants : frissons, avec léger claquement des dents.
Vagin chaud, lubréfié, pas d'écoulement purulent, ou sanieux du côté de l'utérus.
Douleur, gonflement et battement au cul-de-sac gauche.
12 juillet. — Tendance à la syncope; état alarmant; petits frissons le soir; T. oscillant entre 38° et 39°. Douleur à la pression au flanc gauche.
Le 16. — Mort.
Autopsie. — Collection purulente dans le petit bassin. Phlegmon du tissu cellulaire du côté gauche de l'utérus.
5° (Observation CVI. Secheyron. Service de M. Tillaux.)
X..., 33 ans, métrorrhagies depuis six ans; parfois avait dû garder le lit pendant des mois, une fois pendant six mois. Développement graduel du ventre; tumeur descendant dans le vagin faisant saillieàla vulve. Aux époques menstruelles, métrorrhagies avec douleurs expulsives.
Tumeur remontant au-dessus de l'ombilic, faisant saillie à la vulve comme une tête de fœtus.
Tumeur enclavée dans la petit bassin; compression du rectum et de la vessie.
Traction de la tumeur qui sort de la vulve; incision longitudinale profonde.
Application de la chaîne d'écraseur qui glissa (comme cela a toujours lieu), jusqu'à l'extrémité de la tumeur. Section rapide.
Je n'eus même pas le bénéfice de l'hémostase ; surface de section saignante, hémorrhagie difficile à arrêter.
Mort en quarante-huit heures.
Il s'était formé une inversion utérine.
L'utérus était troué au fond.
6° (Observation CYIIL Secheyron. Service de M. Péan.)
G... Anne, 50 ans, laitière, entrée le 11 décembre 1886, chalet Cruveilhier, n° 15. Rien dans les antécédents héréditaires. A eu quatre enfants et deux fausses couches. Il y a neuf ans, menstruation irrégulière, vives douleurs ;du ventre qui se tuméfie. Depuis quatre ans ces phénomènes étaient bien marqués; Us gênent la miction, et parfois le cathétérisme était nécessaire : pertes plus abondantes.
Vers le 15 novembre, après de violentes douleurs du ventre et des pertes abondantes le ventre avait considérablement diminué de volume ; les hémorrhagies avaient tellement affaibli la malade qu'elle s'était alité».
Etal actuel. — Faciès altéré, teint sub-ictérique, amaigrissement considérable, faisant songer à une tumeur maligne. Au toucher : masse très dure, volumineuse, faisant saillie dans le vagin, et empêchant d'atteindre le col utérin; le palper abdominal combiné fait voir qu'il existe une masse dans la cavité abdominale, se continuant avec celle qui fait saillie dans le vagin. Pas d'ascite; Ioniques; repos.
S janvier. —Meilleur état général. Chloroformisation.
La surface de la tumeur qui fait saillie dans le vagin est mise à découvert par de larges valves; puis au moyen d'un long couteau, on enlève quelques tranches de cette tumeur en procédant par morcellement. Des pinces très longues et très fortes saisissent et attirent au dehors quelques points saisis, et l'on parvient à réduire considérablement le volume de la tumeur sans qu'il y ait de perte de sang.
Tout à coup la tumeur descend jusqu'à la vulve; l'utérus s'est renversé en doigt de gant et la tumeur tout entière est en dehors. Pinces au ras de son insertion utérine; la portion de la tumeur, qui est en dehors des pinces, est tout entière enlevée. Quatre pinces sont laissées à demeure. L'utérus est mis en place; le vagin est rempli d'épongés iodoformées.
Le 10. — Les pinces sont enlevées; il y a par le vagin un écoulement abondant de matières putrides. Lavages à la liqueur de Van-Swieten ; mais la température s'élève. Grâce aux fréquents lavages, amélioration momentanée.
Le 20. — La malade est prise de délire. Elle refuse tout; diarrhée persistante. Lavages intra-utérins; on ne constate rien par le toucher.
Le 26. — OEdème des membres inférieurs.
Le 27. — Mort.
Autopsie. — Amaigrissement très prononcé ; teinte jaune cachectique. Addomen . un peu de liquide asci tique; dans le petit bassin, quelques traces légères de péritonite ancienne. L'utérus, un peu volumineux, est incisé sur la ligne médiane; il est vide de toute tumeur, la muqueuse pâle et décolorée est saine et on retrouve, près du fond, des cicatrices qui sont les restes de l'implantation du corps fibreux. Le ligament large gauche est un peu tuméfié à sa base; à la section, il s'écoule un peu de liquide séro-purulent. Reins volumineux, pâles. Foie un peu gras. Rate volumineuse. Coeur sain. Poumons un peu congestionnés aux bases.
7° (Observation CIX. Secheyron. Service de M. Le Dentu.)
Juillet 1887. — X..., âgée de 5ô ans; les traits tirés et amaigris, se plaignait de pertes abondantes survenues depuis environ dix mois. Bonne santé générale auparavant.
Au toucher, constatation d'une masse volumineuse occupant presque tout le vagin et dans laquelle il était absolument impossible de trouver traces du col utérin.
Octobre. — Aggravation de l'état général, sous l'influence de pertes incessantes. X... était épuisée, anémiée et était dans un état de fièvre continue ; septicémie, lavage» antiseptiques; traitement reconstituant, fer et sulfate de quinine.
Dix jours après, cessation de la fièvre ; l'opération est décidée, bien que le diagnostic polype ne fut pas établi formellement.
Anesthésie. — Toucher vaginal : pas trace du col, qui était complètement effacé.
Après quelques tentatives de morcellement suivant la méthode de Chassaignac, je pus introduire ma main tout entière entre la tumeur et les parois de la cavité que je trouvai souples et n'ayant pas de tendance à se déchirer.
N'ayant obtenu aucun abaissement du myome après des sections transversales, et n'ayant pu pratiquer de section conique pour le faire descendre, je cherchai à aller reconnaître avec la main, le mode d'implantationdu pédicule. Je trouvai celui-ci inséré au voisinage du fond sur une étendue peu considérable, et je pus même détruire une
partie de ses adhérences avec le doigt; mais il tenait encore par une bride fibreuse, très résistante et très dure.
J essayai, par des applications de forceps successives et combinées avec des tentatives de morcellement, de faire descendre le fibrome, jen'y pus réussir. G'estalors que me vint l'idée de transformer en un procédé opératoire ce qui avait été considère' comme un accident, c'est-à-dire de déterminer systématiquement l'inversion utérine pour pouvoir sectionner le pédicule et terminer l'accouchement du fibrome. Cette inversion s'effectua assez facilement et je pus sectionner le pédicule avec des ciseaux. Je plaçai deux ligatures sur la face de la section.
Je fis^ un lavage, avec lasolution phénîquée, de la muqueuse utérine et je réduisis très facilement l'utérus. Pour plus de sécurité, je tamponnai la cavité vaginale avec des bourdonnets d'ouate iodoformée.
Malheureusement, cette opération laborieuse avait duré près de deux heures. La malade, épuisée avant l'intervention, avait perdu du sang au cours des manœuvres et avait eu deux menaces de syncopes qui nous avaient obligés de suspendre le chloroforme.
Mort dans l'après-midi par épuisement, bémorrhagies antérieures, septicémie quelques jours avant l'opération.
Autopsie. — Pas de déchirure du péritoine ni du tissu utérin.
J'ai cru bien faire de m'appesantir un peu sur ce point, car en rapportant in extenso les sept observations précédentes je mets sous les yeux du lecteur les pièces justificatives qui ont une grande valeur.
De la simple lecture de ce document il ressort que, dans les cinq derniers cas, on a laissé s'écouler un temps précieux avant d'opérer les malades, sans le moindre souci d'arrêter l'hémorrhagie par le traitement électrique.
Dans ces cas l'électrolyse aurait pu provoquer en plus l'expulsion spontanée du fibrome, et simplifierainsi de beaucoup l'opérationchirurgicale consécutive, car si nous allons au fond des choses, nous ne voyons dans les cinq cas opérés d'hystérotomie vaginale, que des cas que l'on peut comparer aux nôtres. Eh bien, en traitant les nôtres par l'électrolyse, nous avons sauvé les malades, et en opérant les autres par l'hystérotomie, les malades sont mortes. C'est un fait indéniable et plein d'enseignements. Est-il douteux que si ces pauvres malheureuses avaient été traitées par la méthode Apostoli, plusieurs peut-être, sinon toutes, auraient pu être sauvées ?
Ainsi, nous pouvons avancer :
8 cas de polypes utérins traites par l'électrolyse — 8 maladies guéries : Guérison 100 0,0.
7 cas de polypes utérins (analogues aux premiers) traités 2 par V-expectation, 3 chirurgicalement — 7 malades mortes : Mortalité 100 0/0.
Nous pouvons par conséquent conlure que l'électrolyse ne vaut pas moins que les autres méthodes.
Il ne doit donc pas y avoir l'embarras du choix dans la voie à suivre, et nous estimons que tout chirurgien honnête et consciencieux doit, comme un devoir, essayer dans tous les cas de fibromes utérins, le traitement électrique. Il doit être appliqué comme le recommande Apostoli, soit pour arrêter d'abord l'hémorrhagie et permettre à l'organisme de se restaurer, soit pour tenter d'avoir la dilatation naturelle de l'orifice utérin et obtenir l'expulsion spontanée du néoplasme, rendant ainsi aussi bénigne que possible, la myomectomie consécutive, faite soit avec une anse soit avec les ciseaux.
En nous résumant :
Hystérolomie vaginale : — Difficultés opératoires nombreuses, grandes et parfois insurmontables. Dangers réels pendant et après l'opération. Mortalité générale 14 0,0 (par morcellement 7,o 0/0).
Galvano-caustique. {Méthode Apottolï) : — Manuel opératoire des plus simples et faciles. Innocuité parfaite si elle est bien appliquée.
Tel est le bilan de ces deux opérations.
Nous ne saurions mieux terminer cette note qu'en rappelant comme conclusion les affirmations d'Apostoli, ainsi que celles de Keith, qui ont été appuyées de toute l'autorité de Sir Spencer Wells.
Apostoli dit : « Si mon traitement électrique des fibromes utérins n'est pas destiné à remplacer totalement le couteau, il doit toujours être considéré, en raison de son innocuité et de son efficacité comme le plus utile auxiliaire de la chirurgie, soit qu'il soulage toutes les femmes inopérables, soit qu'il permette à toutes les autres de surseoir, d'une façon temporaire ou même définitive, à une opération qui a toujours ses dangers. » (Voir Archives de locologie, août 1885, p. 709.) — « J'affirme déplus que ma méthode est 'presque constamment efficace, en tant que méthode sympt orna tique. Le traitement électrique a pour résultat, non pas la cure radicale des fibromes, mais la diminution de volume des tumeurs, et la guérison symptomatique des malades auxquelles il rend la santé.
« En présence de l'hystérectomie toujours difficile et dangereuse, de l'oophorectomie, qui n'est ni toujours possible, ni constamment efficace, le traitement électrique , par sa simplicité et son innocuité, s'impose à tous les gynécologues comme traitement palliatif initial des fibromes, traitement qui, le plus souvent, sera suffisant pour assurer à la malade un bien être permanent (1) ».
« f estime, qu'en y comprenant ma pratique, il a été soigné, depuis quatre ans, selon toute probabilité, et d'après ma méthode, tant en Angleterre qu'en Amérique, plus de douze cents fibromes, sur lesquels on
^. V. Semaine médicale du 9 mai 1888.
a dû faire, au bas mot, vingt-cinq mille applications électriques, puisque Kekh et moi, nous en avons déjà faitplusde dix mille. Que l'on compte maintenant les morts ; je ne crois pas qu'ils dépassent en tout — dix — et je me demande s'ils sont directement imputables à la méthode et ne sont pas plutôt, comme j'en suis convaincu, les conséquences de l'inexpérience et des fautes de l'opérateur, car c'est une opération encore jeune, qui est née d'hier, perfectible comme toutes les choses humaines et qui n'est qu'à ses débuts. — Quand la laparotomie aura une telle bénignité, je renoncerai à ma méthode. » (Voir Journal des Connaissances médicales du 15 novembre 1888.)
Et le célèbre Keith dit à son tour : « Le succès, tout au moins primordial, du traitement d'Aposloli, est un grand fait que j'accepte toto animo.
« Je me considérerais comme coupable d'un acte criminel, si je conseillais désormais à une malade de courir le danger de mettre sa vie en péril, par les anciennes méthodes, avant de s'être entièrement soumise au nouveau traitement du D" Apostoli. » (Voir British médical Journal du 10 décembre 1887.)
Devant un pareil langage nous ne devons que nous incliner.
Imp. de tu Suc. de T> p.— iNoizetie, S, r. Campagne-1", Paris
Accession no. 26171
Author La Torre:
Call no.
RM871 889*