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CHAPITRE IV LES COURS DE

A. LES « DONNÉÉS DE Fichte ouvrit son cours public le 22 octo- D OSENCEr, bre 1810. Il le continua pendant huit jours de suite, en manière d'introduction à sa philosophie. Ses conférences fermées commencèrent le 29 octobre par lies Données de la Conscience; elles durèrent jusqu'à la mi-janvier. Elles se continuèrent ensuite de la fin de janvier au 6 avril par la Théorie de la Science dans ses traits généraux (Wissenschaftslehre in ihrem allgemeinen Umrisse) et, durant le semestre d'été, par les Cinq Conférences sur la Destination du Savant (Fünf Vorlesungen über die Bestimmung des Gelehrten)!.

En retraçant pour les étudiants de l'Université nouvelle les grandes lignes de sa doctrine, Fichte poursuivait sa polémique contre Schelling ; il n'exposait plus maintenant la Théorie de la Science qu'en vue de combattre cette Philosophie de la Nature qu’on ne cessait d'opposer aux abstractions de sa dialectique. Chose assurément remarquable, il revenait à cette méthode d'analyse qui, entre les mains de Kant, avait été un instrument si fécond, comme s’il voulait protester contre l'accusation sous laquelle on prétendait l’accabler, comme s’il voulait précisément retourner le grief d’abstraction contre Schelling et son École.

Il le déclare dès les premières lignes des Données de la Conscience (Die Thatsachen des Bewusstseyns) : « L'essence de toute science consiste à partir d’une perception sensible, la pensée remonte de là au principe supra-sensible qui l'explique »; la philosophie n’a pas d'autre méthode; son point de départ est le fait du savoir tel que le fournit le sens interne, son point d'arrivée, le principe auquel l’analyse remonte?.

1. Max Lenz, Geschichte der Kônigl. Fr.-W.-Universität su Berlin, I. Bd., IV. Kap., p. 347.

2. Fichte, S. W., II. Bd., Die Thatsachen des Bew usstseyns. Vorlesungen, gehalten an der Universität zu Berlin im Winterhalbjahre 1810-1811. Erster Abschnitt : That-

FICHTE ET SON TEMPS (III). il

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C'est par la critique du donné que Fichte prétend maintenant “4 retrouver les résultats essentiels de la Théorie de la Science et réfuter

les affirmations de son ancien disciple...

Il faut commencer par détruire dans sa racine l'erreur, à ses yeux, fondamentale de la doctrine de Schelling : l’attribution à la Nature d'une réalité absolue, la réhabilitation de l’objet en soi. 2

Dans l'analyse de la perception, l’objet apparaît comme le produit d’une triple opération :

1° Une affection ou détermination du sens externe (la sensation proprement dite : rouge, froid, amer).

20 Une extension dans l’espace qui se réduit, au fond, pour Fichte, à son pouvoir de réflexion.

3° L'attribution, par la pensée, de l'être, de l’objectivité, à la sensation étendue dans l’espace : l’extériorisation. Conclusion : seule la pensée confère aux objets, avec la forme de l’existence externe, une réalité distincte des états du sujet. |

L'esprit, loin d’être un miroir inerte des choses, organise ses données pour construire le monde; cette genèse suffit pour ruiner la vision de Schelling qui peuple la nature de petits dieux, de forces mystérieuses étrangères et impénétrables à l'esprit humain.

Il convient d'ajouter que cette construction de l’objet externe est inconsciente et spontanée : de là vient qu'à l’éveil de la conscience l'objet prend pour nous les espèces d’une donnée irréductible, d’une chose. Mais le propre de la réflexion est de mettre à nu l'illusion du réalisme — qui est celle de toute Philosophie de la Nature — en découvrant dans la représentation le mécanisme des opérations de l’imagination et en nous conduisant ainsi à prendre conscience de l’activité psychologique de notre Moi!.

Comme celle de l’objet extérieur, l'existence du Moi psychologique est un produit de la pensée universelle; le Moi psychologique ne peut affirmer le Je suis que si à l'intuition de l’activité interne la pensée confère l'être. Le Moi psychologique, Fichte y insiste, il ne s'agit nullement ici du Moi métaphysique qui se pose lui-même et pose tout objet par rapport à lui ?.

Dans la perception pure et simple le Moi ne se distingue pas de l'objet, il est éparpillé en lui, c’est l’état d'âme de l'enfant qui n’est

sachen des Bewusstseyns in Besiehung auf das theoretische Vermügen. Erstes Cap., p. 541.

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