‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 14 sur 107 · I. MERCANTILISME ET MONOPOLE · texte numérisé non relu

I. MERCANTILISME ET MONOPOLE

1. W. Roscher, Geschichte der National-Œkonomik in Deutschland, KR. Oldenbourg, München, 1874. Zweite Periode, xu. Kap., 57, p. 234-235. — 2. Ibid., xvin. Kap., 83, p. 360. — 3. Ibid., p. 363.

métal précieux accumulé, et désireux sans doute, à son tour, d'accroître en vue des guerres futures le trésor de la Prusse, il avait pour principe et pour devise que, si l'on prend chaque jour de l'or dans sa bourse sans y rien déposer en retour, elle se vide bientôt. Aussi multiplia-t-il les règlements destinés à empêcher la circulation de l'or : interdiction de sortir du royaume sans permission expresse du roi; interdiction, sous peine d'exclusion de toutes les fonctions civiles et ecclésiastiques, de fréquenter plus d’un trimestre les Universités des pays voisins ‘; entraves de toutes : sortes à la liberté du commerce, prohibition relative ou absolue d'importer, sauf pour les produits manquants; prohibition relative ou absolue d'exporter les matières premières tirées du sol ou les produits fabriqués dans le pays (par crainte d'une pénurie ultérieure pour les besoins nationaux, conséquemment d’un appauvrissement dû à l'achat de ces objets au dehors); inversement, faveurs ou primes accordées à toutes les industries capables d'enrichir le pays; création (au besoin avec le concours d'étrangers) d'industries nouvelles destinées à restreindre encore les importations (fabrication des soieries, par exemple, ou du sucre); constitution de compagnies à monopoles pour le commerce ou le transport des denrées et objets de première nécessité, toujours dans le but d'éviter les intermédiaires et la concurrence, c’est-à-dire le risque de laisser sortir l'argent (et ces compagnies accapareront bientôt directement ou indirectement tous les échanges dans la Monarchie); création d'une monnaie purement fictive, mais seule valable à l'intérieur du royaume, qui, par le change à l'étranger, permet encore un enrichissement de l'État?. Enfin, pour achever ce tableau de la situation économique de la Prusse sous Frédéric II, mentionnons la prépondérancé accordée par lui à l’agriculture qui est, à ses yeux, l'origine de toutes les richesses; aussi le roi considère-t-il qu'elle doit, plus que toute autre branche de l’économique, être protégée et réglementée; cette protection, cette réglementation pouvant seules assurer l'alimentation, c'est-à-dire la vie même du peuple.

1. W. Roscher, Geschichle der National-Œkonomik in Deutschland. Zweite Periode, xix. Kap., 90, p. 396.

2. Pour se faire une idée de la complication de toute cette organisation économique du royaume de Prusse, de toutes les lois prohibitives, de toutes les faveurs, de tous les monopoles, de tout ce qui concerne la production ou les échanges, il faut lire le beau livre du comte de Mirabeau (Londres, 1718), De la monarchie prussienne sous Frédéric le Grand, en particulier les volumes III, Liv. 1v, v, et IV, Liv. vi, consacrés aux Manufactures, au commerce, aux revenus et dépenses; on y trouvera le détail des faits singulièrement instructifs que nous ne pouvons reproduire ici, mais qui justifient nos affirmations.

De là toute une série de décrets relatifs à la production, à la vente, à l'importation, à l'exportation, au transport des grains, décrets inspirés par le souci de maintenir constante la relation entre la production et la consommation, de favoriser, dans les cas d’abondance, l'exportation qui enrichit l’État, mais de régler et, au besoin, d'interdire la vente à la première apparence de cherté, toute impor-

tation entraînant pour lui une perte sèche. Et, afin d'éviter cette

extrémité, des magasins généraux continuèrent d'être édifiés, où s’accumulait le surplus des récoltes, pour obvier à la disette durant les années maigres, suffire à l'alimentation générale du pays, et garantir une sensible égalité dans le prix courant du pain, l'État, personnifié par le roi, devenant ainsi, conformément à l'idéal de Frédéric IT, le père de famille de son peuple !.

Cependant, à l'heure même où florissait en Prusse le système des prohibitions et des monopoles, cortège ordinaire de la politique mercantile, un grand courant d'idées, une fois encore venu de France, allait précipiter la chute du mercantilisme : l’école des Physiocrates, la première école proprement économique, publiait alors, en effet, une série d'ouvrages qui bouleversaient les idées régnañtes.

Le principe essentiel en était qu'il existe entre tous les phénomènes sociaux un ordre naturel, reconnaissable à son évidence même, qu'il s’agit et qu’il suffira de découvrir pour établir la science

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