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CHAPITRE PREMIER

RASE Quand Fichte eut décidé de se rendre à riécoen Due sasone Berlin, il écrivit à Frédéric Schlegel pour lui demander conseil. Frédéric Schlegel lui

répondit qu'il serait extrêmement surpris si on y troublait son séjour; de plus il le détourna de faire une demande en règle : ce serait le moyen de se créer des difficultés, peut-être même de s’attirer sinon un refus, du moins une réponse ambiguë qui, sans compter les innombrables formalités imposées aux nouveaux venus, laisserait Fichte en suspens; cette demande d’ailleurs, à qui Fichte pourrait-il l'adresser, et qui aurait qualité pour la recevoir? Schlegel ne le voyait pas. Par contre il apercevait un sérieux avantage à ce que Fichte se dispensât de frapper d'avance à telle ou telle porte. Il serait dangereux de prévenir les gens de sa venue; le succès de la tentative exigeait, à son sens, qu'elle fût connue seulement après le fait

‘accompli : si le départ de Fichte était divulgué à [éna, ne fût-ce même

qu'un jour d'avance, Berlin en serait avertit. Chacun se mettrait

aussitôt en ville à bavarder, et il en résulterait bien des complications.

Il fallait, pensait Schlegel, que la présence de Fichte à Berlin eût, au début, l'apparence d'un simple voyage, d’une visite à des amis, d'une distraction, assez naturelle en somme, au sortir de tant d'épreuves. Il importait qu'on ne pût connaître, dès son arrivée, la durée de son séjour, ni ses projets d'installation; c'est pourquoi il était nécessaire que Fichte vint d’abord seul. Il était prudent aussi qu'il

1. Par Schütz qui l’écrirait aussitôt à Gœdike, ajoulait Schlegel.

attendit, pour entreprendre le voyage, le prochain retour du roi : en cas de difficultés, le mieux et le plus sûr serait encore de

s'adresser directement à lui, et les amis de Fichte auraient facile- .

ment accès auprès de sa personne. On éviterait ainsi la possibilité d'une interdiction de séjour qui serait d’un exemple désastreux dans les autres États allemands où il pourrait chercher refuge.

Ces précautions n'étaient pas superflues, Fichte le vit bien, en arrivant, le mercredi 3 juillet 1799, à dix heures du soir. Aux portes

de la ville il dut décliner ses nom et qualités; dès le lendemain matin, un rapport de police avertissait le Conseil d'État de la venue

du philosophe?; on décida aussitôt d'exercer sur sa personne une

étroite surveillance; l’ordre fut donné de décacheter sa correspon-

dance. Le vendredi, Fichte reçut la visite du chef de la police, qui l'interrogea sur ses intentions, sur la durée de son séjour. Fichte, conformément aux conseils de Fr. Schlegel, répondit qu'il

voyageait pour son plaisir, qu’il ne savait pas combien de temps il

resterait; mais, au fond, peu rassuré par cet interrogatoire, il avertissait aussitôt sa femme de la suspicion qui pesait sur lui : on

ouvrait ses lettres; elle devait se garder de rien lui dire de compromettant *,

Dürant quelques jours Fichte fut assez perplexe sur le sort qui.

pouvait lui être réservé. Le 20 juillet, il écrivait encore à Jeanne : « Depuis ma dernière lettre (celle du 12 juillet)rien n'est survenu qui me soit avantageux, rien qui me soit dommageable. J'ai écrit à Horn, je l’ai prié de me donner des nouvelles de Dohm. J'attends sa réponse ce mois-ci encore. Si je ne la reçois pas, je prendrai moimême mes mesures, au cas où Je me déciderais à rester.

« Si je pouvais avoir les assurances les plus précises qu’on me laissera vivre en paix dans des conditions de dignité, et en particulier

faire des cours, j'aurais alors bien envie de patienter ici quelques

années durant... Si oui ou non cela peut s'arranger, il faudra bien qu'on le sache le mois prochain‘. »

Fichte le sut plus rapidement qu'il ne le croyait, et l'arrivée du roi eut bientôt fait de rendre confiance au philosophe errant. Prévenu

1. Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., VIII, Fr. Schlegel an Fichte, 2, p. 423-424.

2. Fr. Frôhlich met le fait en doute, bien qu’il soit affirmé par Fichte. Il n’y a pas trace, d’après ses recherches, d’une réunion du Conseil d’État, à la date du 4 juillet. Les procès-verbaux des séances sont des 1, 8, 1%, 22 juillet; et il n’y est pas question de Fichte. Fr. Frôhlich, Fichles Reden an die deutsche Nation, p. 36, note 3.

3. Fichte’s Leben, I. Bd., u. Buch, 6. Kap., p. 311, lettre de Fichte à sa femme, Berlin, 6 juillet 1799.

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