‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 39 sur 107 · PES · texte numérisé non relu

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« les plaintes anticipées ont, en soi, quelque chose de ut . table! ».

La notice une fois parue, c’est un concert de louanges de la part des fondateurs de l’Afhénée; on veut y voir un véritable événement littéraire, la première critique du cercle romantique à l’adresse de Fichte ; elle prend, à son tour, la valeur d’un manifeste.

Frédéric Schlegel qui s’était déjà élevé contre la Destination de l’homme et le plagiat misérable pois procédés romantiques ? écrit à Schleiermacher :

« Ta critique de Fichte m'a intéressé au delà de toute expression. Je la lirai souvent encore; on doit y réfléchir, et on peut en tirer beaucoup pour son instruction. Peut-être aussi pourrait-on écrire encore à ce sujet un pareil Mono-Dia-Monologue. En réalité je nai jamais rien vu ni rien entendu de pareil; je parle en fait de recension philosophique. » |

Guillaume déclare, de son côté, que la notice de Schleiermacher est un chef-d'œuvre de finesse en ironie, en parodie, en méphistophélisme plein de déférence et de ménagements *.

Mais Fichte ne s’émeut pas de voir ses amis romantiques unanimes dans la réprobation; une lettre de lui à Schelling parle du mécontentement des romantiques à l’égard de l’{déalisme transcendantal; Fichte déclare qu’il sait « pourquoi Schlegel et Schleiermacher ont la bouche pleine de leur Spinozisme entortillé » : c’est « parce qu'il n’a pu arriver encore à établir son système du monde intelligible 5

Fichte voulait même s’en expliquer « à fond » avec Schleiermacher après avoir lu dans l’Athénée la notice sur la Destination de l’homme. Il ne comprenait pas, en effet, certaines de ses objections, mais il voyait bien qu’en ce qui concernait le résultat final du troisième livre, Schleiermacher le tirait, tout à fait contre les intentions de l’auteur, dans le sens de ce qu'entre eux les romantiques appelaient le Spinozisme, Or, le mysticisme, aux yeux du fondateur de la Théorie de la Science, était entièrement confiné dans le champ de la transcendance où l’homme ne peut plus rien comprendre. Au contraire, la croyance à la liberté et à l'autonomie demeurait, pour lui, intégralement et sans atteinte, dans le champ de l'esprit humain‘.

1. Aus Schleiermacher’s Leben. In Briefen, W. Dilthey, IL. Bd., m1, Schleiermacher an Fr. Schlegel, Berlin, den 2. August 1800, p. 208. — 2. Jbid., Fr. Schlegel an Schleiermacher, ohne Datum, p. 153. — 3. Zoid., Fr. Schlegel an Schleiermacher, ohne Datum. A la suite de la lettre du 2 août, p. 209.

4. W. Dilthey, Leben Schleiermachers, Il. Buch, 7. Kap., 1v, p. 345.

5. Fichte’s Leben, II. Bd., Zweite Abth., IV, 18, Fichte an Schelling, p. 321.

6. D' Hans Schulz, Aus Fichle’s Leben. Lettre de Fichte à Fr. Schlegel, Berlin, . 16 août 1800, p. 33.

La conversation que méditait Fichte n’eut jamais lieu. Cependant on peut dire qu’à cette date entre Fichte et les romantiques le charme est déjà rompu; les divergences ne feront plus que croître,et la rupture de Fichte avec Schelling ne sera que le dernier épisode de : cette rivalité. |

En dehors des romantiques, la Destination de l’homme eut aussi l’effet d’exaspérer Jacobi. | On le comprend. Fichte, dans maintes parties de la Destination de l’homme, s'était visiblement inspiré de celui dont. il avait, un jour, sollicité l'alliance. Les emprunts sont patents; tout le développement du premier livre relatif au déterminisme comme méthode d'explication intégrale de l'univers, comme condition de l'intelligibilité parfaite; la protestation de la conscience contre cette tentative de réduction au mécanisme, le sentiment indéracinable de notre liberté, de notre responsabilité semblent une reproduction, sous forme parfois lyrique, des propositions sur la nécessité et la liberté chez l'homme que Jacobi avait jointes à la publication de sa Lettre. D'autre part, qui donc, le premier, avait opposé à la science toute formelle, image sans réalité propre, la foi qui, dans la conscience morale, atteste le contact direct de l'esprit humain avec l’Infini, la foi qui est l’unique source d’immédiate certitude et l’unique source de vie? Est-ce Fichte, n'est-ce pas Jacobi? Enfin le même Jacobi n'avait-il pas montré, dans la croyance religieuse, le seul principe capable de fournir un contenu à la science, un sens à l’univers? Fichte, en reprenant ces vues au compte de la Théorie de la Science, ne semblait-il pas vouloir plagier Jacobi pour le railler et prévenir les effets de la Lettre que Jacobi lui avait adressée 1? Jacobi a pu le croire. Au fond, Fichte entendait peut-être, en protestant contre l’interprétation que Jacobi, dans sa Lettre, avait donnée de la Théorie de la Science, lui montrer simplement à quel point était justifié le traité d’alliance qu'il lui avait proposé, et combien cette alliance eût été profitable aux intérêls de la vraie philosophie, de la vraie religion, menacées par le néo-mysticisme des romantiques, où Fichte ne voyait que naturalisme et que superstition. Mais, une fois de plus, Jacobi refusa le pacte et protesta contre l'assimilation que Fichte prétendait établir entre la Théorie de la Science et sa propre doctrine. Le moralisme de Fichte n’avait rien de

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