Ibid., p
3, Blumen, Frucht-und Dornenstücke oder Ehestand, Tod und Hochzeit des Armenadvokaten F, St. Siebenkäs im Reichsmarktflecken Kuhschnappel, 3 vol., Berlin,. 1796-1797.
4. Jean-Paul, Clavis Fichtiana seu Leibgeberiana (Anhang zum T. komischen Anhang des Titans), Erfurt, in der Henningschen Buchhandlung, 1800, Vorrede, p. x-XI.
: He
prend au sérieux; sous les dehors de la plaisanterie, il en discute, . somme toute, les principes *.
Le fondement de la philosophie de Fichte, c'est le Moi pur, la réalité inconditionnée, le Noumène immanent, l’Aséité, synonymes de Dieu?. La Raison comme inconditionnée ne peut chercher cependant la réalité absolue — sa fille — que dans le sein de sa mère, c’est-à-dire en.elle-même, dans la causalité inconditionnée du Moi. Si vous posez l'enfant en dehors de la mère, vous en faites la mère de sa mère et vous divisez la forme et la matière du connaître en deux essences séparées, ce qui est une absurdité®.
Or, voici la singularité du système : le Moi pur ne suffit pas, il y faut ajouter un Moi empirique ; ce Moi absolu et infini, précisément en tant qu'infini, qu’indéterminé, n'est rien; il n’existe pas. Pour
- être quelque chose, il ne lui est pas permis de rester lui-même; mais,
comme tout être vient de lui, jusqu’à ce « ne pas être lui-même », il faut qu'il s'oppose soi-même à soi-même en vertu de son absolue causalité;
et le voilà limité, le voilà qui apparaît comme Moi réel, qui se repré-
sente quelque chose“. Ce quelque chose qu'il se représente, c’est l’objet, l’obstacle que le Moi, dans su liberté absolue, se donne à lui-même pour se réaliser, c’est-à-dire pour en triompher; c’est la
limite qu'il se pose pour se déterminer; d'un mot, c’est ce que nous appelons le monde, le monde de la création ou des phénomènes,
« le monde de l’éspace et du temps, avec tout ce qu’il contient depuis qu'il existe, les trois règnes de la nature, les empires des rois, — en
lambeaux, — l’empire de la vérité, celui de l’école critique, et Toutes les Bibliothèques de la terre avec les queiques livres que Fichte a com-
posés ? ». Cependant rien de tout cela n’existe, ni le monde, ni l’esprit qui le contemple, esprit de l’homme, Moi fini. Le monde et
notre esprit, objet et sujet, deux termes corrélatifs, « deux jumeaux
de l'Aséité voyelle et consonne dans le Moi absolu, autant dire dans l'atmosphère pure * », et, puisque le monde est simple phénomène, produit du Moi, mon esprit l’est aussi. Il ne reste donc que le Moi
pur, auteur du ciel et de la terre, et de Fichte qui les contemple,
le Moi pur dont la Théorie de la Science nous enseigne qu'il est
étranger à la durée et à l'être, à la largeur et à la pesanteur”. Or,
voici qu’à son tour ce Moi pur, en qui tout est, n’est rien du tout; car
on n’en peut rien affirmer : aucun prédicat, aucune détermination ne
lui est applicable, il est vraiment l'ineffable, l'innommable. Ainsi 1. Clavis Fichtiana, Protektorium für den Herausgeber, p. 4-5.
2, Ibid., 88 3et6, p. 68-69. — 3. Jbid., 86, p. 70-71. — 4. Ibid., $$ T.et 8, p, 71-72. — 5. Ibid, $$ 8 et 10, p. 72-73 et 84-85. = 6. Ibid., 8 8,p. 73.— 7. Ibid., $ 12, p. 90.
— 8. Ibid., $ 9, P. 77. — 9. Ibid., 8 9, p. 7€-79.
la position du non-Moi et du Moi relatif, la limitation du Moi absolu par lui-même est tout aussi inconcevable que cette fameuse création ex nihilo*, qui est si décriée; le système se perd dans l'infinilé et dans le vide de son principe, et l’on peut en dire .ce que Jean-Paul dit de son héros : « Après Kant, le démolisseur qui laissa pourtant debout : Æncore de gros morceaux comme les Choses en soi, vint Leibgeber, l'anéantisseur qui les calcina et ne laissa rien debout que le néant blanc (nihilum album), comme les chimistes appellent la chaux de zinc réfractaire, je veux dire la finitude idéale de l’fnfini. Et, si on la supprime à son tour (ce qui est finalement le cas de Fichte), il ne reste plus rien que le néant noir, l’Infinité; la Raison n'aurait plus rien à expliquer, car elle-même n'’existerait plus ?. »
Il est vrai que Fichte, obligé de nier théoriquement la réalité du monde, prétend, au point de vue pratique, lui restituer une valeur, établir l'existence d’une pluralité de « Moi ». Mais cette multiplication des dieux, que le Décalogue de Fichte exige, autant que les interditle Décalogue de Moïse, ces millions, ces trillions de Moi absolus — ceux de Weimar et ceux de France et ceux de Russie et ceux de Leipzig, et ceux de Pest et ceux des froquois et ceux de tous les hommes de tous les temps, de tous les pays, ces millions d’univers, — car chaque Moi est un univers pour Fichte, — de quel droit existent-ils®? Pour Fichte leur existence est un postulat de la Raison pratique, à peu près comme pour Kant Dieu et l’immortalité*. Mais la loi morale ne suppose, comme telle, rien d'autre qu’elle même, aucune existence, pas plus un Dieu en tant qu'objet qu'un Dieu en tant que législateur‘; le Moi pur n’a rien à faire avec cette multiphcité de Moi où réapparaît «la vieille boue grise qui colle aux chaussures, le réalisme dont la destruction avait donné à ie : tant de mal et pour laquelle il avait dépensé tant d’encre
Comment ériger d’aileurs en collaborateurs, en causes fe de notre moralité, des individus dont nous n’avons aucun droit à prétendre juger la moralité, puisqu'ils sont autant d'absolus en dehors de notre Absoluité, impénétrables à elle comme je le suis moi-même à la leur *? Ce n’est pas tout : cette infinité de dieux nous transporte en plein fétichisme®. La raillerie devient facile; Leibgeber fait défiler devant nous toute la série de ces dieux : des princes et des chanceliers d’État aux galériens, du pape aux voleurs... et à sa femme ; il tient à tous le langage qui convient à leur divinité; chacun
1. Clavis Fichtiana, 8 10, p. 84-85. -— 2. Fbid., Protektorium.…., p. 13-15. — 3. Ibid. Clavis, 8 13, p. 92-05. — 4. Ibid., p. 98. — 5. Ibid., p. 99. — 6. Ibid., p. 101-102. — 7. Ibid., p. 110 et 114-115. — 8. Ibid., p. #24, et S 14, p. 126.
est le créateur de son petit univers'. Et, de tous ces dieux qui s’ignorent nécessairement et mutuellement, puisqu'ils sont isolés, puisque chacun, dans son individualité, constitue un univers clos, voici, pour conclure, la plainte lamentable :
« Si, comme j'en ai bien peur, personne d’autre n'existe que moi, pauvre chien auquel il faut précisément que ce sort soit échu, alors personne encore n’a été aussi mal partagé que moi. Le seul enthousiasme qu'on m'ait laissé, c’est l'enthousiasme logique. Toute ma métaphysique, ma chimie, ma technologie, ma nosologie, ma botanique, mon insectologie consistent uniquement dans le vieux prin- Cipe : connais-toi toi-même. Je ne suis pas seulement mon propre sauveur, comme dit Bellarmin, mais aussi mon propre diable, ma mort, mon propre bourreau. L’amour et l’admiration sont vides; pareil à Saint François, je ne presse contre mon cœur que la fille de neige pétrie de mes propres mains. Tout autour de moi et s'étendant au loin, une humanité de pierre. Moi, moi tout seul; nulle part de cœur qui batte, nulle part de vie, rien à côté de moi, et rien sans moi d'autre que le néant. Je n'ai conscience que de mon inconscience suprême. Le « Däëmogorgon » en moi poursuit son œuvre silencieusement, aveuglément, mystérieusement, ou plutôt c'est moi qui suis ce « Dämogorgon ». Et je viens ainsi de l’Éternité, et je vais ainsi à l’'Éternité. Et qui entend ma plainte et me connaît à cet instant du temps? Moi. Qui entend ma plainte, et qui me connaît pour l'éternité? Moi.»
La satire de Jean-Paul Richter porta : le peintre Buri écrivait à Herder que, grâce à la Clavis, les Juives avaient renié Fichte ; Jean- Paul lui-même déclarait que les sectateurs de Fichte à Berlin se faisaient rares.
L'auteur de la C/avis s'attendait à ce que le philosophe, comme Woltmann l'avait annoncé au baron de Serdagne, devint fou de rage et qu’il lançât à ses trousses toute la meute de ses chiens, lévriers ou braques:; il était d'ailleurs décidé à se tenir coi tant que le chasseur lui-même n’entrerait pas en ligne, réservant pour ce moment sa
riposte “.
La rencontre se produisit un an plus tard chez Fessler à dix heures et demie du soir — lors de la visite de Jean-Paul à Berlin. Elle
n’eul rien de tragique. Fichte avait, il est vrai, « le front et le nez
1. Clavis Fichtiana, $ 14, p. 126-140. — 2. Ibid., S 15, p. 171-174. à 3. J.-P. Briefwechsel mit seiner Frau und Christian Otto, éd. P. Nerrlich, 79, Weimar, den 25. August 1800, p. 156 et note. — 4. {bid., p. 195.
puissants, l'air d’un granit des Alpes! ». Jean-Paul vint à lui avec
candeur : la discussion sur sa doctrine fut vive; elle dura jusqu’à minuit; mais, en se quittant, Fichte et Jean-Paul étaient les meilleurs
amis du monde; Fichte promettait cordialement sa visite à celui qui
avait voulu ridiculiser la Théorie de la Science. ee C’est qu’au fond, sous les sarcasmes, il avait senti une estime sin-
cère (Jean-Paul disait volontiers qu’à Iéna Fichte lui avait plu par
le tranchant de sa parole et de ses idées ?). Jean-Paul n’était pas un de ces adversaires qui médisaient de Fichte sans même l'avoir lu. Quand il écrivait sa Clavis, il avait sur sa table tous lés ouvrages de
l’auteur de la Théorie de la Science, il connaissait son système —
ce système polythéiste — que, d’après l’A ppel, personne ne pouvait soupçonner : il fallait avoir lu Spinoza pour le comprendre. Une fois sa satire achevée, il l'avait envoyée à Jacobi « pour être sûr qu'il ne s'était pas mépris, que ses coups ne portaient pas à faux ® ».
Un tel scrupule était trop rare chez ses adversaires pour que Fichte
n'en fût pas touché; c’est sans doute parce qu'il savait la probité de Jean-Paul qu'il ne lui tint pas rigueur de ses grosses plaisanteries et qu’il lui tendit loyalement la main. Il se contenta, en guise de reproches, de l’avertir que sa critique était injuste, parce que préma-
turée. Il n’avait pas encore, disait-il, achevé sa philosophie, il eût été
prudent, pour la juger, de la connaître dans son intégralité : or, dans une nouvelle exposition de la Théorie de la Science, à laquelle Fichte était en train de travailler, Jean-Paul trouverait un Dieu plus à son goût peut-être que celui qui avait servi de cible à ses railleries #. Jean-Paul faisait allusion à cette conversation dans une lettre qu'il écrivait à Jacobi, vers la fin d'avril 4801 : « Fichte, avec lequel je
suis dans les meilleurs termes, quoique tout notre dialogue soit une
perpétuelle contradiction, Fichte me disait qu'il admettait dans sa
dernière exposition un Dieu supérieur et extérieur au Moi absolu
(où jusqu’à présent je- voyais son Dieu). — Mais alors, lui dis-je, vous philosophez en fin de compte hors de la philosophie. — Ce sont
vraisemblablement les persécutions qui l'ont conduit là. Cependant,
s'il en est ainsi, son édifice s'écroule : la déduction et la philosophie s'arrêtent là-où il n'y a plus de création, de production — et c’est tout bonnement l'entrée en scène d’un dualisme d’un autre genre. Je lui dis qu'alors Schelling, Reinhold et tous les autres n'avaient pas fidèlement exposé sa doctrine, ce qu'il accorda volontiers, ajoutant que
1. J.-P. Briefwechsel mil seiner Frau und Christian Otto, éd. P. Nerrlich, 83, Berlin, den 28. Jenner 1801, p. 168. — 2. 1bid., 79, den 25. August 1800, p. 155. — 3. Ibid.
72, Weimar, den 20. Dec. 99, p. 133-134.
: 4. L. Noack, J.-G. Fichte nach seinem Leben, Lehren und Wirken, II. Buch, 3, p. 436.