‹ Fichte et son temps (volume 3)Chapitre 89 sur 107 · LUN # “ 17% A · texte numérisé non relu

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il parlera « du pendule, de la baguette ou de tel autre de leurs substituts qui obéissent aux décisions de la volonté (même les plus intérieures) tout comme les mouvements des muscles soumis à son empire, les muscles n'étant d’ailleurs en fait rien d’autre que des baguettes divinatoires »; où il déclarera que « la forme, la figure, le nombre, etc., ont l'influence la plus décisive sur ces phénomènes »; où 1l alléguera, au nom de l’observation et de l'expérience, leur étroite parenté avec la clairvoyance magnétique, pour s’écrier enfin :

« Bref, ici ou nulle part se trouve la clé de la vieille magie; l’opposition dernière est vaincue, la nature tombe au pouvoir de l’homme,

mais pas à la manière de Fichte :. »

Pas à la manière de Fichie : le mot est à retenir; il n’a été prononcé qu'en 1807, mais le sentiment qu’il exprime date, chez Schelling, de plusieurs années; il est, au fond, le secret de la polémique que va désormais poursuivre Fichte contre la Philosophie de la Nature et contre le mysticisme naturaliste de l’école romantique. Fichte vivait trop dans l'intimité des Schlegel pour ignorer ces nouvelles tendances. En août 1799, n'écrivait-il pas encore à sa femme de décider A.-G. Schlegel et les siens à se rendre à Berlin, et ne manifestait-il pas l'intention de vivre en famille avec les deux Schlegel, et avec Schelling qu’on ferait venir aussi?? N’avait-il pas été déjà sollicité par Tieck de se convertir aux vues de Jacob Boehme? Et, quand il revenait à Iéna chercher sa femme et son fils, n’avait-il point passé à Dresde au moment même où s’élaborait, chez ses amis romantiques, l’évolution vers le Catholicisme? Il était dès lors fixé sur la voie où ils prétendaient engager l’esprit du siècle; mais ce qui, par-dessus tout, allait bientôt l’exaspérer, c'était de voir son ancien disciple, « le commentateur de la Théorie de la Science », après un premier essai de résistance, se laisser peu à peu entraîner dans le sillage et compromettre /eur philosophie dans l'aventure. Au lendemain du jour où un Herder ne dissimulait plus sa haine de Kant et de ses disciples % et avait osé bafouer la Critique de

1. Aus Schelling's Leben. In Briefen, II. Bd., Schelling an Windischmann, München, d. 30. Juni 1807, p. 119.

2. Fichte’s Leben, I. Bd., 1. Buch, 7. Kap., Fichte an seine Frau, Berlin, 2. August 1799, p. 315.

3. Il écrivait, le 6 mai 1799, à son ami Knebel, qui avait approuvé sa Mélacritique :

« Das dickste Ende steht mir nun bevor, die Verwirrungen närmlich und Absurdi-

tâten, die diese Herren in die Kritik alles Wahren, Guten und Schônen, in Kunst

und Wissenchaft, ja auch in die praktischen Doctrinen, Moral, Rechtslehre, selbst Philologie, Geschichte, Mathematik, Theologie, etc., gebracht haben auf die kürzeste, lebendigste, fruchtreichste Weise zu zeigen. In ailen Zeitungsblättern bellen und belfern diese Doggen und Hunde, die kritischen Kanons ohne Kanon, ohne Gefühl, Gesetz und Regel. Helfe mir Gott! Mein Symbolum aber ist : jacta est alea, rein abe! von der Wurzel aus! Die Ohren habe ich mir mit Baumwolle und weissein

la Raison pure dans sa Métacrilique (1799) et la Critique du Jugement dans Kalligone, les héritiers de cette même Critique allaient devenir, à leur tour, des ennemis, trahir ainsi l’enseignement qu'ils avaient reçu de l’auteur de la Théorie de la Science, et s'efforcer de restaurer, sur les ruines de l’ancien dogmatisme, un nouveau naturalisme — celui qui allaït aboutir à la réhabilitation de la théosophie et de la magie. Cet outrage à la Raison, ce crime de lèse-Critique, qui caractérisait le début du xix* siècle, voilà ce que Fichte entendait dénoncer comme une véritable perversion des idées.

C’est en ce sens qu’il voyait en Schelling et en son école, comme il l’écrivait quelques années plus tard à son ancien élève Erich von Berger, le principe même du mal : à strictement parler, un principe de recul et de réaction. Pour Schelling, en effet, la Théorie de la Science, le Kantisme, le Leibnizianisme étaient même choses vaines, il on aux ténèbres et aux confusions de Spinoza !.

B Lre cours “pes (Oue l'mténtion de/Fichte-fübde s'attaque A.-G. SCHLEGEL SUR LA aux « aberrations » où sombraient à la LITTÉRATURE ET LES fois le romantisme et la philosophie de BEAUX-ARTS, 1801-1809, À :

1809-1808. « L'INTRoDuc- SChelling, on n'en peut d'ailleurs plus TION SUR L'ESPRIT DU douter, quand on rapproche les Traits carac- NP | téristiques du temps présent des Leçons que À.-G. Schlegel avait faites à Berlin en 1802-1803, et qui commençaient par une Revue générale de l’état présent de la littérature allemande (Allgemeine Uebersicht des BCE MENMESS Zustandes der deutschen Literatur).

Ce n'est point seulement la li de des titres qui est frappante : dans la description même du temps actuel, il est visible que Le cours de Schlegel — Fichte l'avait probablement suivi — est présent à la |

. mémoire du philosophe.

Ce cours public, A.-G. Schlegel, avec son 1..esprit de ES l'avait entrepris pour poursuivre de vive voix l’œuvre inaugurée par l'A ihénée, et pour la poursuivre au centre même de la citadelle des « Philistins » — à Berlin où régnait Nicolaï. Il avait quitté Iéna vers a fin du semestre d’été de l’année 1800. Pendant les vacances qu'il

Jungfernwachs verstopft; sehen will ich weder links, noch rechts, bis das Werk gethan ist. Helfe mir Gott. » (Knebel’s literarischer Nachlass, 2,278, cité par Koberstein, Geschichte der deutschen Nationalliteratur vom zweiten viertel des achtzehnten Jahrhunderts bis zu Gœthes Tod, $ 339, p. 892.

1. Fichte’s Leben, 11. Bd., Zweite Abth., XV, 3, Fichte an E. von Berger, Berlin, d. 4. Mai 1810, p. 483. |

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passa en compagnie de Schelling à Bamberg, il avait conçu et, de concert avec lui, préparé le cours; à l'automne il publiait l'annonce de Leçons sur la Littérature et les Beaux-Arts (Vorlesungen über schüne Literatur und Kunst). Les leçons commencèrent pendant le semestre d'hiver 1801 et se continuèrent jusqu'en 1804. Schlegel y exposait la doctrine romantique dans son ensemble. Le premier cycle (1801-1802) était consacré à la théorie de l’art : il comprenait, en guise d'introduction, une philosophie de l’art, ou plutôt une critique des philosophies de l’art depuis l'antiquité jusqu'aux temps modernes, jusqu’à la doctrine de Schelling, présentée comme l'expression de la pensée romantique. Cette introduction contenait un examen de la Critique du jugement de Kant, dont Schlegel faisait ressortir les insuffisances, en particulier son ignorance d'une harmonie entre la nature et l'esprit. À cette partie philosophique faisait suite une histoire détaillée des Beaux-Arts : sculpture, architecture, peinture, musique, danse, poésie. À la poésie Schlegel rattachait la Mythologie, sur laquelle nous croyons devoir insister un moment, car, sous une forme condensée, se résume en elle toute l'orientation nouvelle du romantisme, contre laquelle Fichte ne va plus cesser de protester, et dont le cours de Schlegel lui permettra justement de prendre acte. Nous avons montré plus haut comment et sous quelles influences le romantisme préparait la restauration d’un « nouveau Catholicisme ». La constitution de la nouvelle Mythologie était l’aboutissement logique de ce mouvement : qui, parmi les romantiques, de Schelling ou de Fr. Schlegel, en avait eu la première idée, il n’est pas très aisé de le déterminer. pue

Dans son Système de l’Idéalisme transcendantal (System des transcendentalen Idealismus), qui est de 4800, Schelling fait allusion à un travail sur la Mythologie, qu'il prépare depuis plusieurs années! ; il parle de la Mythologie comme du point de jonction entre la philosophie (ou la science), la poésie et la religion; il entrevoit la possibilité d’une nouvelle Mythologie dont il attend sans doute la constitution du cours ultérieur de l’histoire, mais à laquelle il entend bien au fond collaborer ?. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à lire l’Article

1. Schelling, S. W., Erste Abth., III. Bd, 1858, System des transcendentalen Idealismus. 1800. « Die weitere Ausführung dieses Gedankens enthält eine schon vor mehrern

Jahren ausgearbeitete Abhandlung über Mythologie, welche nun binnen Kurzen erscheinen soll. » (p. 629, note.)

2. Ibid., p. 629. « Welches aber das Mittelglied der Rückehr der Wissenschaft zur Poesie seyn werde, ist im Allgemeinen nicht schwer zu sagen, da ein solches Mittelglied in der Mythologie existirt hat, ehe diese, wie es jetzt scheint, unauflôsliche Trennung geschehen ist. Wie aber eine neue Mythologie, welche nicht Erfindung des einzelnen Dichters, sondern eines neuen, nur Einen Dichter gleichsam vorstellenden Geschlechts seyn kann, selbst entstehen kônne, diess ist ein Problem, dessen

sur la question de la possibilité d’une philosophie de l’expérience, en

particulier de la possibilité d’une philosophie de l’histoire (Abhandlung über die Frage ob eine Philosophie der Erfahrung, insbesondere ob eine Philosophie der Geschichte môüglich sei}, qui clôt l’'Aperçu général sur la littérature philosophique la plus récente

(Allgemeine Uebersicht der neuesten philosophischen Literatur) paru en 1797 et en 1798 dans le Journal philosophique. Schelling y montre

déjà que toute théorie du monde supra-sensible est nécessaire-

ment de l’histoire — l’histoire suppléant ici à la possibilité d’une

explication par les lois de la nature, que pareil monde ne comporte

pas; il montre que toute religion, en tant que discipline théorique,

aboutit nécessairement à la Mythologie, ne peut être vraie que comme Mythologie, puisqu'elle ne peut avoir qu'une vérité poétique.

Il en avait été ainsi de la Mythologie grecque, véritable schématisme.

historique de la nature.

Schelling n'affichait-il pas d’ailleurs la prétention d’apporter par sa philosophie de la nature lout ensemble une explication et une histoire de la nature? Et n’y avait-il pas là, selon lui, la source même de la nouvelle Mythologie, d'une Mythologie à la fois plus vraie et plus poétique que l’ancienne?

Mais, vers la même époque, Frédéric Schlegel publie : ses Dialogues sur la Poésie (Gespräch über die Poesie), où se trouve le fameux Discours sur la Mythologie ! (Rede über die Mythologie). On n’a point ici à en analyser le contenu : il suffira d'en retenir l'essentiel. |

Il manque à la poésie moderne un point d’appui, il lui manque une Mythologie comme celle qui a servi de base à l'Antiquité classique, il lui manque une symbolique (Symbolik) de la nature, à laquelle l'imagination puise comme à sa source et qui alimente l’art

en images vivantes. Il faut travailler à constituer une Mythologie

nouvelle, il faut restaurer le symbolisme dans l’art. Ce ne sera plus,

comme dans l'Antiquité, un produit de l'imagination spontanée

surgi de la contemplation du monde sensible, mais un chef-d'œuvre

Auflôsung allein von den künftigen Schicksalen der Welt und dem weiteren

Verlauf der Geschichte zu erwarten ist, »

1. Le Discours sur la Mythologie est antérieur au Système de PIdéalisme transcendantal, mais il semble bien qu'on trouve, dans les propos de Ludovic sur les rapports de la

nouvelle Mythologie avec la nouvellé Philosophie de la Nature, l’écho des conversa-

tions dé Frédéric Schlegel avec Schelling. Cependant il faut reconnaitre qu'avant l’époque de leur rencontre à léna, on trouve déjà dans les Idées des vues du même genre sur la pénétration de la poésie et de la religion, sur la Mythologie et sur les

Mystères de l’Antiquité considérés comme le centre et le. nerf de la poésie, sur le.

forme nécessairement mythologique ou AE que prend la religion dans l’art et dans la culture, etc.

de l'art, tiré des profondeurs mêmes de l'esprit’. C'est donc à l'Idéalisme, qui est le plus grand événement du siècle, qu'il faut recourir, à l'Idéalisme qui est proprement l'essence de la nouvelle Renaissance. L’humanité est comme le Phénix : sous peine de disparaître, il faut que des cendres d’une civilisation périmée elle fasse surgir une nouvelle culture capable d’infuser aux abstractions de la pensée un sang rajeuni; l'esprit, dans son développement, est en perpétuelle réciprocité avec lui-même, est un perpétuel retour sur lui-même. L’'Idéalisme est précisément le ferment qui, dans les vieilles outres, a fait bouillonner le vin nouveau. Mais, à son tour, lIdéalisme ne se suffit pas, et cela même est tout un enseignement. Replié sur soi, l'Idéalisme s’épuise dans un subjectivisme stérile. H faut qu'il sorte de soi afin de revenir à soi fécondé : l'esprit, suivant la loi même de sa détermination, a besoin de s’extérioriser pour se réaliser. Du sein de l'Idéalisme il est donc nécessaire que surgisse un nouveau réalisme, qui soit illimité à son tour. L'Idéalisme n’est donc pas seulement en lui-même et dans son mode de production un exemple pour la nouvelle Mythologie et pour l'art symbolique, il en est encore la source d'une manière indirecte, par le réalisme qu'il appelle. On trouve d’ailleurs presque partout, à l’heure où parle Fr. Schlegel, les traces de cette tendance, notamment dans la Philosophie de la Nature, dont les. détours divers doivent fournir la clé de la Mythologie de la nature aussi bien de l'ancienne que de la nouvelle®. La Philosophie de lœ Nature est sans doute ici l’héritière de la doctrine spinoziste, qui, depuis longtemps, a donné Ia formule philosophique de ce réalisme issu de l'Idéalisme, et dont le mysticisme complète la dialectique de la Théorie de la Science. Il ramène l'imagination au foyer même de l’universel et de l'éternel, où l’individuel a son fondement; il affranchit le sentiment de toute passion pour le confondre avec ‘ l'amour originel du divin. Et ce reflet de l’esprit infini en l’homme, n'est-il pas l’âme même de la poésie, l'étincelle qui l’embrase *? Nous: trouvons ici la source originale de la Mythologie nouvelle qui dépasse la figuration de la nature sensible ou des passions humaines pour symbolisèr l'éternel et l’infini; c'est sans doute en ce sens qu'il faut dire que cette belle Mythologie n’est rien d'autre « qu’une expression hiéroglyphique de la nature environnante sous la EN de l'imagination et de l'amour‘ ». Grâce à ce:« chef-

A Fr. Schiegel, S. W., V. Bd., Wien, Im Verlag bei Ignaz Kiang, 1846, Gespräch über die Poesie, 1800. Rede übèr die Mythologie und symbolische Anschauung, p. 197. — 2. Ibid., p. 198- 199. — 3. Ibid., p. 202. — 4. Ibid., p. 203; voir aussi p. 205.

d'œuvre de la nature ! » que devient ainsi la Mythologie nouvelle, nous pouvons saisir, sous une forme en quelque sorte palpable, ce qu'il y a de spiritualité dans la nature: nous voyons se constituer une espèce de Théogonie, de Cosmogonie.

Mais ce n'est pas seulement dans la. philosophie qu'il faut aller chercher les origines de cette Mythologie; on en trouverait déjà la trace dans la poésie romantique, où l'imagination et le sentiment, à travers un apparent désordre et une apparente singularité, revêtent la forme de l’universel et, comme l'arabesque, décèlent, sous un chaos qui semble inextricable, un ordre et une harmonie d’un art incomparable. Ce n’était pas seulement la Mythologie classique qui pouvait servir d'exemple à la Mythologie nouvelle, c’était la Mythologie de l'Orient, où l’on cherchait alors « le suprême romantisme ».: L'Indé avait, à cette heure, pour les mystiques romantiques, plus d'attrait encore que l'Hellénisme®. |

Pour conclure, Frédéric Schlegel prête à lun des interlocuteurs de ses Dialogues, à Ludovic, les paroles suivantes, qui résument bien sa pensée : « Le principe sur lequel repose tout l’art et toute la poésie, c'est la Mythologie... Ce qui causele plus grand préjudice à toute la poésie moderne, ce qui constitue son plus grand défaut, c’est l'absence d’une Mythologie. Or, l'essence de la Mythologie ne consiste pas dans les formes, les images, les symboles particuliers, mais dans l'intuition vivante de la nature qui leur sert de base à tous. A cette intuition vivante de la nature, la science vous ramène dès qu'elle a atteint, dans sa profondeur, la source vraiment spirituelle de la révélation intérieure. Le commencement, l'impulsion première du mouvement intellectuel nous viennent de l'Idéalisme qui en contient le germe, qui, par ce qu'il a d'unilatéral, appelle lui-même son propre contraire, qui : nous ramène à cet antique système de l'unité où se trouvent le véritable fondement et l'élément naturel de l'imagination productrice, source même de toute poésie symbolique.

« Tel est le fil qui relie la Philosophie de la Nature à la ARS et, Un elle, à l’art comme exposition symbolique.

. Cependant, l'origine et le premier be ont toujours leur . te la science dont les phénomènes dynamiques laissent actuellement transpercer de toutes parts les plus merveilleuses révélations de la nature. » | |

Ces vues, qu'elles aient ou non été plus ou moins mu par

1. Fr. Schlegel, S. W., V. Bd., Gespräch über die Poesie, 1800. Rede über die Mythologie und symbolische Anschauung, p. 203. — 2. Ibid., p. 203- 204. — 3. Ibid., p. 206-

Schelling, constituent le véritable manifeste du romantisme sur la Mythologie; elles confirment, en tout cas, et elles complètent les indications que suggérait l’auteur de la Philosophie de la Nature. Le mélange d’idéalisme et de réalisme qui constitue le fond de la nouvelle Mythologie, la figuration du divin cessant d'être cherchée sous des espèces purement sensibles et apparaissant comme une spiritualisation de la nature, la Mythologie orientale opposée à la Mythologie grecque et proposée, avec le Catholicisme, en exemple à la Mythologie nouvelle dont la Philosophie de la Nature, la poésie

romantique, la physique romantique fournissent les éléments, tout

cela, A.-G. Schlegel l'intègre dans sa déduction.

La justification de la Mythologie, dont les « fictions ont pour essence de prétendre à la réalité! », A.-G. Schlegel la trouvait dans l'explication que l’Idéalisme fichtéen donne de la croyance à la réa- Hté par sa théorie de l'imagination productrice. « L'acte originaire, au premier chef, de l'imagination est celui grâce auquel notre existence et le monde extérieur, dans son ensemble, acquièrent la réalité? ». Ce produit de notre activité est d’ailleurs un produit

inconscient, que seule nous découvre la spéculation. A cette activité inconsciente de l'imagination, d’où sort le monde réel, s’oppose

la production esthétique de l'imagination, qui est consciente et conduite avec finalité. Si l’on considère ses produits, cette forme de l'imagination est purement idéale, elle n’a pas de prétentions à la réalité, elle n’en a pas besoin. Entre les deux se trouve la Mythologie, qui confère à ses objets une réalité idéale, c'est-à-dire une existence réelle pour l'esprit, quoiqu’on ne puisse pas les produire dans l'expérience. C'est que l'imagination créatrice des Mythes relève d’une époque de l'esprit humain où elle domine sans être parvenue

à la pleine conscience de sa suprématie, où 1l n’y a pas encore de

séparation entre elle et l’entendement. Il y a là ie chose d’analogue à ce qui se passe dans les rêves 5.

Cependant la Mythologie, pour être une création de l’imagination, n'en est pas moins quelque chose d’essentiel à la culture humaine : il faut donc qu’elle repose sur quelque vérité #. Quelle espèce de vérité? C’est à la religion qu'il faut en demander la clé. La Mythologie n'est, en somme, que la figuration du divin. Mais cette figuration varie suivant la conception qu'on se fait du divin. L'homme, qui est un être sensible, s’est d'abord représenté le divin sous les espèces de la

1. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Lilteratur und Kunst, Heilbronn, Verlag von Gebr. Henninger, 1884, Erster Teil (1801-1802, Die Hnatlehre Von der Mythologie, p. 329. — 2. Ibid., p. 7829. — 3. Ibid., p. 329-330. — 4. Jbid., p. 330.

nature : ce fut une religion attachée en quelque sorte aux objets terrestres, aux objets de la nature; cependant, au moins chez quelques hommes, le sens du supra-sensible s’est éveillé, et sous leur influence est née une religion de l'esprit, une religion de la sainteté‘. De là deux formes de Mythologie : la Mythologie réaliste et naturaliste, dont 1il existe un grand nombre d'exemplaires aux différentes époques et chez les différentes nations, plus ou moins frustes, plus ou moins riches, mais dont la plus intéressante, la plus parfaite, au point. de vue de l’art, a été la Mythologie grecque, sous ses trois aspects, physique, mystique, idéaliste?, —etune Mythologieidéaliste, d’origine orientale, diverse aussi d'inspiration et de culture, dont le Christianisme, comme certaines religions de l’Inde, a fourni les modèles #, — le Christianisme surtout, ou plutôt le Catholicisme, car c’est lui qui a . instauré le symbolisme du culte et de la foi dans toute sa splendeur; la Réforme, au contraire, a tué la Mythologie chrétienne, et, avec elle, au fond, toute la poésie de la religion 5. Mais une restauration s’annonce; elle vient notamment d'Allemagne. On en trouve l’origine et les éléments dans la poésie romantique surtout, dans la physique romantique, dans la Philosophie de la Nature, de Schelling‘.

La déduction de la Mythologie fut l'un des derniers objets du premier Cours de A.-G. Schlegel’; on en pressent l'importance pour le réquisitoire que Fichte va dresser contre l'esprit du siècle dans ses -Traits caractéristiques du temps présent.

Le second Cours eut lieu l’hiver suivant : il s’ouvrait par une Introduction qui n’avait plus, comme la première, un caractère tout théorique, mais bien un ca’actère polémique : c'était une revue générale de l’état actuel de la littérature allemande. Eee

Nous en retiendrons seulement ici les points qui peuvent servir à mieux comprendre les leçons de Fichte sur les Traits caractéristiques du temps présent. | |

* Ce sont d’abord les considérations sur le temps présent. Schlegel | commence par distinguer la double orientation que peut prendre la nature humaine : orientation vers ce qu’il y a de terrestre et de corporel, vers la jouissance, orientation vers les fins idéales de l'humanité; il cherche à caractériser les dispositions et les directions originelles et permanentes de l'esprit, source de toutes les idées qui mettent

1. A.-W.Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst, Erster FACE 1802), e Kunstlehre. Von der Mythologie, p. 331.

2, Ibid., p. 333. — 3. Ibid., p. 331-332.

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