Ibid. p
ÿ. Ibid., p. 352.
. Ibid., p. 354-356.
. Ibid., p. 329-336.
dans la vie l’ordre, l'élévation, la beauté; il montre enfin dans la Mythologie le lien entre la philosophie et la poésie, dans la poésie un fond moral et religieux — la poésie étant ainsi une philosophie symbolique, une moralité émancipée, une mystique devenue terrestre. Schlegel déclare alors que le caractère dominant de son siècle, c’est une méconnaissance universelle des Idées, on pourrait presque dire, dans la mesure où cela est possible, leur disparition de la terre?; toute spéculation véritable passe pour transcendance, toute mystique religieuse, pour superstition ; toute poésie géniale, pour excentricité ; à la place des idées vraies, des néants de concepts (Nichtige Begriffe *); partout l’affaiblissement de l'Idéalisme. En histoire, l'accumulation des faits — mais sans ce regard prophétique sur le passé qui leur donne un sens; une extension de la connaissance, mais non une véritable compréhension des choses ; une érudition ostentatoire, comme si les textes étaient la seule source de l’histoire, une plate objectivité dans l’exposition. Toujours la totale incapacité de * { e 4
se replonger dans l'esprit des événements, partout une sorte de « libre-pensée historique », un scepticisme à l'égard de tout ce qu'il y a de grand et de remarquable, un effort pour tout niveler. Rien de ce qui constitue le vrai sens historique, rien de ce qui fait de l’histoire la poésie de la réalité. En physique, malgré tous les progrès des découvertes modernes, qui eussent sans doute dans l’antiquité fait passer les savants actuels pour des sorciers, les naturalistes d’auJourd’hui se sont, pour la plupart, tellement eufoncés dans l'analyse et le détail des phénomènes que la nature a fini par se dissoudre entièrement entre leurs mains. ,
Et Schlegel en “dose de cette scncertiou du moderne naturalisme à la conception antique où, en dépit de toutes les erreurs, il y
1. Science — c’est-à-dire philosophie qui est la science des sciences et les condilionne toutes, même les mathématiques. Poésie qui est l’esprit de tous les beauxarts; religion; moralité. Schlegel prétend expliquer le rapport de ces quatre tendances ou sphères (le nombre quatre n’est pas sans importance : c’est un nombre privilégié) par une comparaison avec les quatre points cardinaux : la religion — région de l'attente, de l’espérance, dont l'aurore est le symbole — c’est l'Est; la moralité, l'Ouest, région du calme et du repos après le travail du jour accompli, région aussi où les étoiles achèvent leur cours, parce que la terre se meut en sens inverse — et qui symbolise l’opposition du penchant et du commandement; la science, c’est le Nord, l’image du mieux et de l’immobilité, de l'étoile fixe, de la direction de l'aiguille aimantée, symbole aussi de l’immortalité et de l'identité, de la conscience de soi; le Sud, la chaleur et l’ardeur, représente les arts. Schlegel emploie encore une EE comparaison avec les quatre éléments : cette fois, la religion, c'est le feu qui monte au ciel et dévore les corps terrestres; la moralité, l'eau, la meilleure des choses, dit Pindare : tranquille, pure, sans trouble. La science, c’est la terre, le sol qui nous porte et qui nous nourrit de ses fruits; la poésie, l’air léger. {A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litteratur und Kunst, Zweiter Teil (1802-1803),
Geschichte der klassischen Litteratur. Allgemeine Uebersicht des gegenwürtigen, Zustandes dr deutschen Litteratur, p. 44-49. — 2. Ibid., p. 50. — 3. Ibid., p. 51-52.
avait ce fond de vérité : l’idée. d'une nature comme Tout vivant,
comme organisme !. :
L’astrologie ancienne, à son tour, qui considérait l'existence de rapports dynamiques entre les étoiles et les événements terrestres, procédait d’une vue bien supérieure à celle de l'astronomie moderne qui se borne à concevoir les astres comme des masses inertes sou- : mises uniquement aux lois du mécanisme. Et, à ce propos, le rapprochement entre les planètes et les métaux fait alors par Schelling, au nom d’une physique plus approfondie lui paraît un heureux retour
à l’astrologie *.
Enfin, lui aussi, il réhabilite l'antique Magie : pour nous faire une idée de la force inépuisable de renouvellement et de création, nous avons besoin de concevoir les choses matérielles comme les signes : et pour ainsi dire comme le chiffre d’intentions spirituelles; les actions de la nature apparaissent alors comme l'effet de paroles magiques prononcées par la bouche invisible d’en haut.
. Après cette critique de l’état scientifique et littéraire de son temps, Schlegel en venait à la critique de la vie sociale, montrant ici encore l’absence d'idées, l’utilitarisme universel, bref, la prépondérance de « l'esprit économique »; disant, en passant, son fait au « protestantisme politique » dela Révolution française, qui ne voulait rien laisser subsister des choses du temps passé; faisant l'apologie du Moyen Age‘, il finissait par l'examen des vues et des sentiments dont
1. A.-W. Schlegel, Vorlesungen über schône Litleratur und Kunst, Zweiter Teil (1802- 1803), Geschichte der klassischen Litteratur. Allgemeine Uebersicht des gegenwärtigen Zustandes der deutschen Litteratur, p. 52-59. Fi