‹ Fichte et son temps (volume 4)Chapitre 13 sur 116 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

5. Fessier, S. Schriften ilber Freymaurerey, II. Bd., 1. AMh., xiv, Meine maurcrische Verbindang mit den Bn. Bn. F...e und F...r, p. 320. —G. Ibid., p. 321.

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saires de lesprit humain. Tantique conception de la Maçonnerie comme conservatoire de secrets ; celle-ci devait maintenant s'orienter vers l'action pour le bien général de l'humanité, en remplissant une mission que, dans leur état actuel, ni l'Eglise ni l'Etat, ni aucune des autres institutions humaines n'étaient en mesure d'accomplir, mission nécessaire pourtant à l'éducation morale, sociale, politique de l'humanité. Bref, la Maçonnerie devait préparer ses membres, par une culture appropriée, au règne absolu de la justice et de la moralité, élever leur esprit à la croyance rationnelle en la liberté, en Dieu, en l'immortalité^.

Comme confident des projets les plus intimes de Fessier, Fichte n'avait pas ignoré non plus le petit Traité de 1798 sur la mission du franc-maçon, où l'œuvre de la Maçonnerie était représentée comme poursuivant en dehors de la société civile, sans égard aux fins spéciales des Églises confessionnelles, l'institution d'une Cité de la Raison, d'une société purement morale, d'un Règne de la Vertu.

Si tel était l'esprit du « Système de Fessier » et de la réforme de la Loge Royale-York, il était naturel que Fichte y cherchât l'instrument de propagande qu'il avait toujours rêvé pour sa philosophie. N'était-ce point là. en effet, cette société d'hommes d'élite où, hors du contrôle de l'État et de l'autorité des Églises, la science pouvait s'élaborer et se discuter librement, en vue de perfectionner la Constitution de l'État et de purifier de plus en plus le symbole de rÉglise? N'était-ce point là que la science pouvait, une fois faite, se communiquer et se répandre? N'était-ce point là cette Société fermée dont l'institution permettait seule, aux yeux de Fichte. la conciliation entre la liberté absolue de la pensée, l'affranchissement de toute autorité qu'exige la science, et le respect de l'ordre établi, la foi collective que réclame l'existence même de la communauté ^.

Fichte pouvait donc croire que la Loge Royale-York allait lui fournir les moyens de mener à bien cette réforme morale, qui avait été la pensée maîtresse de son œuvre et de sa vie; il pouvait croire quelle était traversée de ce souffle de liberté et d'égalité dont la Révolution avait montré la puissance pour soulever le monde, qu'elle pratiquait ce culte de l'Idéal, qu'elle était animée par celte aspiration à l'avènement d'un Règne purement moral, dont Fessier parlait

1. Taschenbuch fur Freimaurer, Jahrbuch der Maurerey. VII. Bd., 180.^, ii, Das maurerische System der Loge R. Y., so wie es Br. Fessier aufgcstellt hal. I. Ist das maurerische System, welches Br. Fessier bel der Loge R. Y. einriihrte. wirklich .Mavirerei. p. 145-147.

2. Fichte, S. W., IV. Bd., SiUenlehre, Drittes Hauplsliick, Zweiter .\bsclHiilt. § 18, V, p. 248-252.

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en de si excellents termes, et dont la Théorie de la Science, d'accord avec l'esprit véritable du Christianisme, avait fait la fin suprême de la philosophie.

Son espoir fut déçu; on a vu lomment. suivant les expressions mêmes de Varnhagen, « les choses échouèrent au premier contact, et l'on s'aperçut qu'on s'était complètement trompé sur la capacité de rOrdre aussi bien que sur l'état d'esprit de ses membres; les tins, les habitudes, les passions, les luttes des Loges étaient à cent mille lieues de la Théorie de la Science^ », et la tentative de Fichte pour introduire sa philoso])hie dans la Loge Royale-York aboutit à sa rupture avec toutes les Loges.

La foi de Fichte en l'efticacité réformatrice de la Maçonnerie n'en fut cependant pas ébranlée, il le disait lui-même à Varnhagen dans leur conversation de Toplitz. Les Loges de Berlin avaient eu l>eau repousser outrageusement les plans qu'il avait élaborés pour renouveler, en les élevant, les principes de la Maçonnerie, il n'en rendait pas responsable l'institution elle-même. 11 louait la Maçonnerie «lavoir été une école d'humanité et de noblesse pour beaucoup d'hommes qui n'auraient pas eu, sans elle, de culture générale ; il allirmait que, dans les temps qui suivirent la guerre de Sept ans, des centaines d'officiers prussiens avaient puisé uniquement dans l«\s Loges les connaissances capables d'éclairer leur intelligence; il ajoutait enfin, quant au rôle philosophique qu'il souhaitait de voir jouera la Franc-Maçonnerie : >■ Dans l'histoire du développement de I esprit, à côté de l'enchaînement exotérique de la science (par exemple do la filiation entre Kant et Hume, entre Fichte même et Kant), il était possible de concevoir un enchaînement ésotérique dont une société secrète pourrait très bien avoir pour objet et pour mission d'être dépositaire. Dans quelle mesure cela pouvait-il être réellement la tâche delà Franc-Maçonnerie, dans quelle mesure cette tâche avait-elle été accomplie, Fichte, en ce moment, ne voulait pas l'examiner, il lui suftisait d'admettre pour elle la possibilité d'un pareil objet 2. » Que les vues de Fichte sur la Franc-Maçonnerie lui eussent été inspirées par son propre système, et qu'elles ne vinssent point des Loges, cela ressort assez, semble-t-il, de ce qui précède; Varnhagen qui reproduit les paroles de Fichte l'affirme avec énergie contre ceux qui, comme Fr. Schlegel et F. Baader, attribuaient à la connaissance des plus profonds mystères de la Maçonnerie l'origine d'une grande partie de la philosophie de Fichte 3.

1. Varnliagen, Denkiviirdigkeiten des eignen Leben's, I. Bd., Erster The'il, Jugendfreunde. Berlin, 1803-180U, p. 290. — 2. Ihid., II. Bd., Zwciler Tlieil, Toplitz, ISll, p." 328. -- 3. Ibid., p. 328-329.

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