XIII. Vortr., p
pond, — dès que l'on a dépassé le point de vue phénoméniste. Schelling a eu aussi le pressentiment, dans son Système de l'Idenlilé, de ce que devait être l'idéalisme vrai : celui où la relation du sujet et de Toltjet n'a plus de sens, parce que l'objet et le sujet, le réel et l'idéal, sont un. Mais il se trompe, quand il croit par là dépasser la Théorie de la Science. La synthèse suprême qu'il réclame, la Théorie de la Science Vaccomplit, quand lui se borne à Vafflrmer, et il rafiirme sous une forme défectueuse : car, d'une part, il faitde TindilTérence au sujet et à l'objet le caractère de la Raison, comme si l'indifférence ne supposait pas par elle-même la difïerenciation, et, d'autre part, au lieu de montrer dans la Raison un idéal qui progressivement se réalise, il en fait une réalité existante, et par là même il l'objective, il l'aliène et la transforme en Chose^.
Entendons en ce sens la protestation de Fichte contre les réformateurs ^ de la Théorie de la Science : « Je puis, déclarait-il, ajouter, en passant, que. partout, sauf dans la Théorie de la Science, même depuis Kant, même chez les prétendus commentateurs et « continuateurs » de la Théorie de la Science, on en est resté à l'Etre absolu du dogmatisme ; Kant, en son véritable principe, que d'ailleurs il n'a formulé nulle part en termes exprès, n'a pas été compris. On a beau persister à donner à cet Être le nom de Moi, si l'on commence par l'objectiver, par le projeter hors de soi, c'est la vieille Chose en soi qu'on restaure ^. »
Et il ajoutait : « Ce sont ces perfectionneurs qui, pour donner prétexte à leur supériorité réformatrice, ont à nouveau rejeté l'Absolu dans le côté opposé à celui (le Subjectivisme) où, suivant leur opinion, la Théorie de la Sc/ence le place*.... Mais leurs traits n'atteignent pas la Théorie de la Science, dont lesprit est demeuré invisible à leurs regards ; ils atteignent seulement les fantômes que ces gen.s se sont forgés de leurs propres mains ^. »
Cependant le succès ne leur a pas manqué; Schelling en particulier est le héros de tous les esprits ardents, et par là de tous les esprits déréglés et confus. Même ceux qui ne nient pas les vices de son système, dénoncés par Fichte. — et il y en a de plus graves
1. Fichte, .V. ïï^, H. Bd.. Die W.-L., 1801,, XIII. Vortr., p. 197.
2. Les prétendus réformateurs de la Théorie de la Science que vise Fichto dans ce passage sont Schelling et Bardili. 11 reproche à ce dernier, comme à Schelling, de restaurer la Chose en soi; car la pensée comme pensée dont il fait son principe est aussi extérieure à la conscience que le Moi pur de Schelling et repose également dans le vide. C'est encore une donnée de fait qui exclut tout mouvement de l'Esprit, toute la genèse, et lui est vraiment étrangère. De cet Absolu on ue peut vraiment rien affirmer; il reste u jamais enfermé en lui-même dans le repos de la mort. (.MIL Vortr., p. 187-191.)
3.1. Vortr., p. 95. —4. 76id., p. 9(5-97. — 5. III. Vortr., p. 113.
encore, — sont d'avis, ou que les conclusions sont bonnes malgré la défectuosité des principes, ou que l'ensemble est excellent, bien que le détail des parties ne vaille rien, ou qu'enfin le système reste encore très intéressant, quoiqu'il ne soit ni vrai, ni bon, ni beau. « Personnellement, déclarait Fichte, je n'ai fait celte allusion qu'au point de vue historique et pour explifiuer la situation où je me suis placé, nullement pom- nfî"ail)lir chez qui (jue ce soit l'admiration de ce héros ou pour chercher à capter cette admiration. Car, s'il est des gens qui tiennent absolument à se condamner à l'erreur, je n'y puis rien\ » L'heure était passée où. pour ne pas « nuire à la bonne cause et pour ne pas servir de la pire manière les intérêts des ennemis de la science et les imbéciles^ ». Fichte hésitait encore à rendre public son désaccord avec Schelling. Schelling devenu le bouc émissaire chai'gé de tous les péchés du romantisme, Schelling symbolisant la corruption du siècle : tel est le spectacle auquel nous allons maintenant assister.