‹ Fichte et son temps (volume 4)Chapitre 80 sur 116 · Ibid., VIII, 368, p · texte numérisé non relu

Ibid., VIII, 368, p

Ritter s'est ici visiblement inspiré des découvertes de Mesmer. Dans sa dissertation : De V influence des planètes sur le corps humain, donnée à Vienne en 1766, .Mesmer soutenait que l'attraction exercée par les planètes les unes sur les autres s'étendait aux corps animés; il avançait « que ces sphères exercent aussi une action directe sur toutes les parties constitutives des corps animés, particulièrement sur le système nerveux, moyennant un lluide qui pénètre tout, déterminant cette action par l'intension et la rémission des propriétés de la matière et des corps organisés, telles que sont la gravité, la cohésion, ï élasticité, l'irritabilité, Vélectricité... », et il nommait la propriété du corps animal, qui le rend susceptible de l'action des corps célestes et de la terre, Magnétisme animal. (M. Mesmer, Docteur en médecine de la Faculté de Vienne, Mémoire sur la découverte du Magnétisme animal, à Genève et se trouve ù Pans, chez P. Fr. Didot, le jeune, libraire-imprimeur de MONSIEUR, quai des .\ugustins, M.DGG.LXXIX, p. 6-7.)

Il vovait dans r-' 4GENT GÉNÉRAL le seul oouvoir caoable de rétablir l'harmonie dans lés corps organisés — quand une fois cette harmonie avait été troublée, et il

périodes patholoj^iques de la terre et de l'organisme individuel». Le magnétisme animal apparaît dès lors à Ritter comme l'intermédiaire naturel entre le monde de l'esprit et le monde de la matière, car « dans le magnétisme animal on sort du domaine de la volonté consciente pour tomber dans celui de l'activité automatique, dans le tlomaine où le corps organique se comporte à nouveau comme un être inorganique et par là même nous révèle les secrets des deux^

ne doutait pas qu'il n'existât dans la nature un principe universellement agissant qui, indépendamment de nous, opère ce que nous attribuons vaguement à l'art ou à la nature (Ibid., p. 10-11). Et, dans son Mémoire sur la découverte du Magnétisme animal, il formulait le résultat de ses recherches par un ensemble de propositionsdont nous retenons celles-ci :

1° Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corp& animés.

2° Un lluide universellement répandu, et continué de manière à ne souÉïrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui, de sa nature,, est capable de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence. 3° Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques, inconnues jusqu'à présent. 4° Il résulte de celte action des effets alternatifs qui peuvent être considérés comme un llux et reflux.

6" C'est par cette opération (la plus universelle de celles que la nature nous offre)

que les relations d'activité s'exercent entre les corps célestes, la terre et ses

parties constitutives.

7° Les propriétés de la matière et du corps organisé dépendent de cette opération.

8° Le corps animal éprouve les effets alternatifs de cet agent; et c'est en s'insi-

nuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement.

y II se manifeste particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l'aimant; on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés; le phénomène même de l'inclinaison y est observé.

10° La propriété du corps animal, qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes, et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant, m'a déterminé à la nommer MAGNÉTISME ANIMAL.

l\° L'action et la vertu du Magnétisme animal, ainsi caractérisées, peuvent être cominuni(juées à d'autres corps animés et inanimés. Les uns et les autres en sont cependant plus ou moins susceptibles.

12° Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées par ces mêmes corps.

13" On observe à l'expérience l'écoulement d'une matière dont la subtilité pénètre tous les corps, sans perdre notablement de son activité.

14° Son action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire.

17° Cette vertu magnétique peut être accumulée, concentrée et transportée. 20° L'aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que les autres corps, susceptible du Magnétisme animal..., sans que... son action sur le fer et l'aiguille souffre aucune altération; ce qui prouve cjue le principe du Magnétisme animal diffère essentiellement de celui du minéral. j

21° Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur' la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l'attraction, du flux et reflux, de l'aimant et de l'électricité.

22" Il fera connaître que l'aimant et l'électricité artificielle n'ont, à l'égard des maladies, que des propriétés communes avec plusieurs autres agents que la nature nous offre; et que, s'il est résulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là, ils sont dus au Magnétisme animal {Ibid., p '4-81

1. J.-W. Hitler, Fragmente aus dem Nachlasse eines jungen Physikers ZweitesBandchon vni, 382, p. 11.

mondes^ n. Il décrit avec une pénétration singulière, comme s'il en avait fait lui-même Texpérience, cet état de somnambulisme où il semble que l'âme individuelle se plonge au sein de Tâme même du monde, où, après Tabolition de la conscience centrale, apparaissent toutes les forces élémentaires de cette conscience confuse qui nous unit à tout l'univers, océan infini de l'inconscient hors duquel, par instants, émerge, comme une lueur, la conscience distincte.

Ritter montre qu'il existe une conscience dont l'exercice ne requiert plus l'usage de la volonté : celle qui accompagne le sommeil magnétique, la conscience de l'automatisme ; ici la volonté n'est plus même possible, et, chose extrêmement intéressante, la conscience morale (Gewissen) elle aussi est abolie, et son abolition coïncide avec l'apparition du plus grand bien-être corporel qui soit*.

Ritter déclare alors que « par le sommeil Itiomme retombe dans l'organisme universel ^. Sa volonté devient immédiatement la volonté de la nature, les deux ne font maintenant plus qu'un. Alors Ihomme est vraiment tout-puissant physiquement; il est un véritable magicien. Tout lui obéit; sa volonté même n'est sans doute qu'obéissance à l'ensemble des choses* ».

C'est à peu près ce qu'avait déjà dit Mesmer, quand il parlait de ce sommeil divinatoire où le sens interne devient le seul organe des sensations, de « cet état de sommeil où l'homme perçoit ses rapports avec toute la nature », de cet « état de crise où ces êtres (les somnambules) peuvent prévoir et rendre présent l'avenir le plus reculé, où leurs sens peuvent s'étendre à toutes les distances et dans toutes les directions sans être arrêtés par aucun obslacle; où il semble enfin que toute la nature soit présente ».

Ainsi donc, tandis qu'à l'état de veille la conscience plus ou moins distincte reste tout individuelle et en quelque sorte isolée de la nature, dans le sommeil somnambulique au contraire, il semble que les bornes de l'individualité — c'est-à-dire en somme de la personna- 'lité physique — se trouvent reculées à l'infini, que l'individu, dans

1. J.-\V. Ritter, Fragmente aui dem Nachlasse eines jungen Physikers, Zweytes liàud- £hen, X, 477, p. 81.

2. Ibid., X. 477, p. 81. 11 semble biea ressortir, en eiret, de certains passages de l'introduction aux I<'ragments que Ritter était personnellement ua excellent « médium • el qu'il connaissait les faits d' « automatisme ■■ pour les avoir constatés sur lui-même : il raconte comment, au milieu de ses travaux les plus sérieux, il était tout à coup forcé de s'interrompre pour écrire, sans qu'il pût s'en empêcher, les choses les plus étranges et les plus singulières (Fragmente, Erstes Biladchen. Der (lerausgebcr, p. XGix et suiv.).

3. Ritter va jusqu'à déclarer «lue, dans le sommeil naturel, le magnétiseur, c'est Dieu même. Fragmente, Zweytes 13andchen, x, 477, p. SI.

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