Steiïens, Was ich erlebte, IV. Bd., p
2. E. Spenlé, Novalis. Essai sur l'idéalisme romantique en Allemagne, Paris, Hachette^ 1904, ch. VI, p. 286-296.
7,--,rr TT-r^-y- Z.I.. SchelliiitT ct SGS disciples commencèrent, il LA . l'HiLOSoi'HiE DE csl vrai, pai" manifester leur hostilité contre LA XATLiiE .. VEits LA ^es nouvclles tendances. Qu'on songe à la
THÉO SOPHIE ET LA j^ ^ . . . , . . i tj ■
Profession de joi épicurienne de Heinz Widerporst: qu'on songe aux aveux de Stefl'ens. Si Schelling avait pu considérer d'un œil indifférent les Monologues ou les Discours de Schleiermacher ^, il n'avait pu contenir son indignation en présence du « paroxysme religieux » de Tieck et de Novalis ^, et il avait senti se réveiller en lui son « vieil enthousiasme pour l'irréligion ^ ». Cependant, prenons-y garde : dans le Heinz Widerporst lui-même, dans cette parodie du mysticisme religieux des Discours de Schleiermacher ou de la Chrétienté de Novalis, en dépit des affirmations matérialistes de son héros, qui n'admet de « réel et de véridique que ce que l'on touche avec les mains », qui ne veut laisser subsister de religion que celle de la jouissance des sens, on peut pressentir que l'auteur n'est pas si éloigné qu'il en a l'air des prophètes de l'Église nouvelle. Il se garde de médire du Catholicisme traditionnel, et, si besoin était d'une religion, il avoue qu'il lui suffirait; il le trouve même plein de poésie et de sensibilité. Schelling, sans aucun doute, avait lu Jacob Boehme, et les déclarations matérialistes de Widerporst recouvraient au fond une conception idéaliste qui prétendait diviniser la nature \
1. Aus Schleiermacher" s Leben. In Briefen, éd. W. Dillhey, III. Bd., m, p. 120, Fr. Schlegel an Schleiermacher, lena, den 10. Septeniber 1799 : <• Schelling isl ernstlich dabey, Deine Reden zu lesen. Viel ist nicht zu hollen. » Voir aussi p. 12.5-126, sans dale (mais probablement de la fin de septembre) : « Schelling geht es mit Deinen Reden fast wie Fichte'n. Jedoch halte er Hochachtung, und sagte mir, \venn Du nun etwa noch etwas des Inhalts oder der Art schriebst oder auch et\vas zur Vertheidigung der jetzigen Schrifl, so wolle er dann damit anfnngen, und hernach auch die jetzige Schrift griindlich sludiren, die ihni wïe Fichte'n sehr schwor zu leseo und zu verstehen wird. Er ist ungefàhr ebenso weil darin gekommen wie Fichte. »
2. Haym, Die roinantische Schulc. Drilles Buch, viertes Kap., Schelling und die Nalurpldiosophie, p. .552.
3. Aus Schleiermacher' s Leben. In Briefen, éd. W. Dilthey, III. Bd., m, p. 134, Fr. Schlogel an Schleiermacher, ohne Datum (après une lettre de Dorothée, du 13 novembre).
4. Julian Schmidt, Geschichte der dcuischcn LiUeratur von Leibniz bis auf unsere Zeil, IV. Bd., 1797-1814, Neuntes Buch, 6, p. 119 et suiv. Ilaym, Die romantische Schule, Drilles Buch, viertes Kap., p. ,532-353.
Ans SchelUng's Leben. In Briefen, I. Bd. (1775-1803). Epikurisch Glaubensbekenntniss Hein: Widerporstens. Citons, par exemple, ces passages caractéristiques :
Sondern behaupte zu dieser Frist
Dass nur das wirklich und wahrhafl ist,
Was man kann mit den Handen belasten (p. 282). "
El plus loin
Mein einzig Religion ist die, Dass ich liebe ein schônes Knie, Voile Brust und schlanke Hùflen, Dazu Blumen mit siissen Dijften,
Il n'est donc pas aussi surprenant qu'il le semble de voir Schelling, primitivement si hostile au mysticisme physico-religieux du romantisme, à Schleiermacher, à Tieck, à Novalis, à Ritter surtout, oublier assez vite l'espèce de complot qu'avait ourdi contre lui le petit groupe de théosophes gravitant autour du physicien, et parler maintenant avec admiration des Discours de Schleiermacher, en s'accusant d'une coupable paresse et d'une coupable négligence pour son indilïerence de jadis, mettre leur auteur au rang des philosophes originaux de premier plan \ enfin, devenir, à son tour, le dis- Aller Lust voile Nàhrung,
Aller Liebe susse Gewàhrung.
Drum, sollts eine Religion noch geben,
(Ob ich gleich kann ohne solche leben)
Konnte mir voq den andern allen
Niir die katholische gefallen,
Wie sic war in den alten Zeiten,
Waren aile Ein Mus und Kuchen
Hielten die Erde fur's Genlrutn der Welt, Zuni Cenlrum der Erde Rom bestellt, Darin der Statthalter residirt Und der Welttheile Scepter fûhrt (p. 284).
Drum ist eine Religion die rechte,
Mùsst sie im Stein und Moosgeflechte,
In Rlumen, Metallen und allen Dingen
So zu Luft und Licht sich dringen,
In allen Hôhen und Tiefen
Sich offenbaren in Hieroglyphen. —
Wollte gern vor dem Kreuz mich neigen,
Wenn ihr mir einen Berg kônnt zeigen,
Darin dem Christen zum Exempel
Wàr von Natur erbaut ein Tempel (p. 285).
Ich bin der Gott, der Sie im Busen hegt,
Der Geist, der sich in Allem bewegt.
Vom erstcn Ringen dunkler Kriifte
Bis zum Erguss der ersten Lebenssàfte,
WV) Kraft in Kraft, und Stoiï in StofT verquillt,
Die erste Blûth', die erste Knospe schwillt,
Zum ersten Strahl von neu gebornem Licht,
Das durch die Nacht vvie zweite Schôpfung bricht,
Und aus den tausend Augeu der Welt
Den Ilimmel so Tag wie .\acht erhellt.
Hiaauf zu des Gedaakens Jugondkraft,
Wodurch Natur verjiiagt sich wieder schalît
Ist Eine Kraft, Ein Pulschhig uur. Ein Leben,
Ein Wechseispiel von Hemmen und von Streben (p. 287).
\.AusSchellinfs Leben.InBriefen,\.M.{Iena, /7yS-/S05j,Schellingan A.-W. .Schlegcl, lena, den 3. Juli 1801, p. 345. « Il faut encore que je vous l'écrive, je suis devenu^urî lecteur et un admirateur très zélé des Discours sur la religion. Vous savez, en ce qui me concerne, ce qu'il en était à ce sujet, par suite d'une négligence ou d'une paresse impardonnables. Maintenant je révère l'auteur comme un esprit qu'on peut placer tout à fait sur le même rang que les philoso.ihes originaux de premier ordre. «
ciple de Boehme el de Ritter. en attendant qu'il se fasse le théoricien tlu mysticisme natui'aliste restauré par les romantiques. Aussi verrons-nous bientôt son système symboliser tout ce grand mouvement d'idées, et finir par être le bouc émissaire chargé de tous les péchés du romantisme.
Cette conversion a peut-être d'ailleurs son explication dans l'évolution même de la Philosophie de la Nature vers la philosophie de l'art et la philosophie de la religion; mais il faut bien reconnaître, à côté de la logique interne du système, la part qu'y jouèrent les événements.
Songeons à cette première rencontre, en août 1798 : Schelling, les Schlegel, Novalis et Gries devant la Vierge de Raphaël, dans ce Musée de Dresde où la révélation du Catholicisme semble s'être imposée aux romantiques; songeons aux conversations qu'ils tinrent en sa présence, à l'impression qu'ils produisirent sur lui ^; songeons à la visite de Tieck à léna, un an plus tard, à l'enthousiasme qu'il essayait de faire partager à tout le cercle romantique pour l'œuvre de Jacob Boehme, que Schelling n'était pas sans connaître déjà, au moins partiellement-; songeons aux influences sentimentales qui s'exerçaient alors si puissamment sur lui pour incliner le disciple de Fichte à devenir l'héritier de Goethe et de Spinoza^; songeons
1. Nous ea avons le témoignage dans une lettre qu'il écrivait alors à son père :
. Je vous dirai — mais eu peu de mots — que ma vie ici a été plus heureuse que, depuis longtemps, je n"en avais l'habitude. Les trésors de l'art et de la science accumulés à Dresde, l'attrait d'une nature extraordinairement variée, l'exquise fréquentation de bons et joveux compagnons, tout cela a rendu pour moi plus douloureuse qu'aucune autre l'heure présente, puisque, hélas! le moment du départ va bientôt sonner. » (Aus Schellimfs Leben. In Briefen, I. Bd. (1775-1803). Schelling an seinen Vater, Dresden, den 20. Sept. 1798, p. 240.) — 2. îbid. (lena, 1798-1803), p. 245 et 247.
3. Caroline Schlegel, qui allait bientôt devenir sa femme, mais qui régnait déjà sur son cœur, — et dont la « divination » (le mot est d'elle), dès qu'elle l'avait connu, lui avait dit qu'il serait le philosophe du romantisme, celui dont le génie opérerait la svnthèse de la doctrine de Fichte avec la poésie de Goethe et le sens du divin, poétique aussi, chez Spinoza. — ne lui écrivait-elle pas, en octobre 1800 : « Va voir souvent Goethe, et découvre-lui les trésors de ton esprit. Exploite le filon magnifique dont les produits sont si durs à extraire au jour. (Caroline, Briefe an ihre Geschwister, ihre Tochter Auguste, die Familie Golter, F.-L.-W. Mevcr, A.-\V. und Fr. Schlegel, J Schelling u. a., ncbsl Briefen von A.-W. und Fr. Schlegel u. a., hgg. von Waitz, Leipzig, Verlag von S. Hirzel, 1871, 11. Bd. [iv. Braunschweig, lenn. 1800-1803], 200. An Schellfno-, Oclober [1800 , p. 3.) Un peu plus lard elle ajoutait : « Goethe te cède aussi sa poésie' il te transmet sa nature: ne pouvant te faire son héritier, il te fait une donation de son vivant. » {Ibid., '201, Xn Schelling, Dieiistag frùh [1800;, p. 3.)
Enfin, dans une lettre du 1" mars, on lit ces lignes bien caractéristiques : « Il m'a toujours semblé qu'avec toute son incomparable force de pensée, avec ses déductions solidement articulées, avec toute sa clarté et toute son exactitude, avec son intuition immédiate du Moi et son enthousiasme d'inventeur, il (Fichte) avait pourtant encore des limites; cela tient, pensais-je, à ce qu'il lui manque l'inspiration divine, et, si tu as rompu un cercle dont il n'a pu sortir jusqu'ici, je croirais que tu l'as fait moins comme philosophe — si la dénomination devait être ici employée à faux, il ne faut pas me gronder pour cela — que comme esprit doué de poésie, ce qu'il' n'est pas. La poésie t'a conduit immédiatement au stade de la production, comme la pénétration de son intuition l'a conduit à la conscience. Il possède la.
enfin aux attaques do lorgano attitré du Griticisme, le Journal littéraire universel d'Iéna, contre la Philosophie de la Nature, survenant après la rupture entre cette même feuille et A. -G. Schlegel, amenant Schellini^^ à lier maintenant sa cause avec celle des romantiques dans sa polémique contre Schiitz et Hufeland. Tout concordait ainsi à rendre ses relations avec le cercle des adeptes de rÉcole plus étroites, et le rapprochement entre les hommes contribua au rapprochement des idées. La nomination de Schelling- à Wûrzbourg, après qu'il eut quitté léna, ne fut pas non plus sans influence sur l'évolution de sa pensée : au lieu de l'esprit protestant qui régnaità l'Université d'Iéna, etdont le Kantisme était là-bas l'expression philosophique, Schelling se trouvait en présence de la tradition catholique dont il avait entendu ses amis romantiques lui parler avec tant de ferveur : c'était toute une nouvelle conception du Christianisme, et comme une nouvelle conception de l'univers. Le Protestantisme avait trouvé sa justification philosophique dans le dualisme kantien; le Catholicisme, avec sa théorie de l'amour, admettait l'union de Dieu et de l'univers; il suggérait à Schelling. à travers les souvenirs de la philosophie grecque, avec tous les symboles de sa mythologie, et après les enseignements de Jacob Boehme, la conception du Dieu s'extériorisant dans son image pour triompher du mal, pour élever l'homme jusqu'à lui, du Dieu se révélant par la nature et par l'histoire; il conduisait à la philosophie de la Mythologie et à la philosophie de la Révélation. Ce n'est pas tout : les persécutions mêmes que Schelling devait à son tour connaître, venues, non plus, comme pour Fichle, des Consistoires protestants, mais du Catholicisme officiel, allaient détourner toujours davantage sa pensée de la considération exclusive de la nature, pour appeler son attention et sa réflexion sur les choses de la foi et de la religion, « le point autour duquel s'agitent toutes les questions et sur lequel doit porter tout l'effort du levier ^ ».
lumière dans sa plus éblouissante clarté, mais, toi, tu possèdes aussi la chaleur; or, la lumière ne peut qu'éclairer, mais la chaleur est créatrice.... Tel que je me le représente, Spinoza doit avoir eu l'àme beaucoup plus poétique que Fichte — quand la pensée n'est pas teintée de poésie, ne restc-t-il pas toujours en elle quelque chose de dépourvu de vie? Le mystère manque; je pressens très bien que quiconque est capable de saisir la g;éomélrie peut aussi apprendre la Théorie de la Science, mais c'est précisément sa limite qu'elle soit si claire. » (Ibid., 11. Bd., 223, An Schelling (Braunschweig), Sonnta^' Nachmittag, 1. Miirz [1801], p. 40-41.)
Et, dans une lettre du 18 mai de la même année à .\.-G. Schlegel, elle ajoute : « Oui ! crois bien à ce qu'a de céleste l'àme de Spinoza dont 1' « é'v xal Ttâv » (Eins und Ailes) est à coup sûr l'antique sentiment primitif qui de nouveau se fait jour aussi chez Schelling. » (Ibid.. II. Bd.,24ri, An A.-W. Schlegel [lena], d. 18. May ISOl. p. 98.)
1. Ans Schelling's Lebcn. In Briefen, II. Bd. (1803-1820). Schelling, an Windischmann. Wiirzburg, d. 10. Jan. 1806, p. 78.
420 PICHTE A BERLIN.
C'est ainsi que le seul ouvrage constituant véritablement un tout qui ait été composé à Wûrzbourg par Schelling est le traité sur La Philosophie el la Religion, suscité par un écrit d'Eschenmayer, La philosophie dans son passage à la non-philosophie, 1803 (Die Philosophie in ihrem Uebergange zur Nichtphilosophie ^), et où se trouve le germe de tout le développement ultérieur de sa doctrine. C'est là que Schelling, pour la première fois , montre dans la nature et dans l'histoire la révélation de Dieu ; il affirme que, pour passer de l'inconscience à la conscience de soi, Dieu s'oppose la nature comme l'image où il s'extériorise ; il institue la série des puissances suivant lesquelles s'opère le passage de la nature à l'esprit. Il se souvient visiblement de l'enseignement qu'il a reçu, en particulier de Tieck et de Novalis, et il s'inspire directement de Jacob Boehme. L'ouvrage s'achève enfin par un Appendice sur les formes extérieures que prend la Religion (Anhang ueber die àusseren Formen, unter welchen Religion existirt), où il montre la forme ésotérique de la religion dans les Mystères et sa forme exotérique dans la Mythologie, la poésie et l'art d'un peuple; il affirme que « la vraie Mythologie est une symbolique des Idées que seule rend possible une capacité de modeler la nature, — et une parfaite réalisation de l'Infini dans le fini, et que le merveilleux est la matière même d'une pareille religion. Oui cherche une Mythologie universelle doit s'emparer des aspects symboliques , de la nature, et laisser à nouveau les dieux en prendre possession et en remplir le contenu ^ ».
Par ailleurs, c'est à la source du mysticisme naturaliste des romantiques, groupés autour de Ritter. qu'il va puiser pour la transformation ultérieure de sa philosophie en théosophie. Assurément, la théorie du sidérisme de Ritter, les expériences sur le galvanisme et le magnétisme lui ont suggéré ses vues sur la « volonté magique ». Le jour n'est pas loin où il s'étonnera que Windischmann n'ait, ou tout au moins ne paraisse avoir aucune connaissance de l'influence i de la volonté (de la volonté magique, c'est-à-dire non mécanique); où
1. Eschenmayer y eonsidérait la religion comme un au-delà de la philosophii comme son complément nécessaire, lequel consiste, non point dans la connaissanc mais dans la foi, dans une intuition d'une espèce particulière que la philosophi' n'atteindrait pas, bref dans ce qui est la non-philosophie.
2. Schelling, S. W., YI. Bd., 1860, Philosophie und Religion, tSOfi, Anhang, p. 65-67. Déjà, plus d'un an auparavant, dans le Journal critique de philosophie, Schelling anuonçait, ■< à ce tournant remarquable pour toutes les disciplines du temps, pour les sciences, pour les œuvres de l'homme..., une nouvelle religion qui déjà se manifestait dans certaines révélations comme un retour et un complément des premiers mv.slères du Christianisme, et où l'on pouvait voir la Nature ressuscitée comme symbole de l'unité éternelle. » (Schelling, S. IF., V. Bd., 18.")9. Athandlungcn, Recensioncn aus dein krilischen Journal der Philosophie, d) Ueber das Verhiiltniss dcr .\aturpUilo- Sophie :ur Philosophie uberhaupt, 1802-1803, p. 120.)
il parlera « du pendule, de la baguette ou de tel autre de leurs substituts qui obéissent aux décisions de la volonté (môme les plus intérieures) tout comme les mouvements des muscles soumis à son empire, les muscles n'étant d'ailleurs en fait rien d'autre que des baguettes divinatoires « ; où il déclarera que « la forme, la figure, le nombre, etc., ont Tinfluence la plus décisive sur ces phénomènes » ; où il alléguera, au nom de l'observation et de l'expérience, leur étroite parenté avec la clairvoyance magnétique, pour s'écrier enfin : « Bref, ici ou nulle part se trouve la clé de la vieille magie; l'opposition dernière est vaincue, la nature tombe au pouvoir de l'homme, mais pas à la manière de Fichte ^. »
Pas à la manière de Fic/iie : le mot est à retenir; il n'a été prononcé qu'en 1807, mais le sentiment qu'il exprime date, chez Schelling, de plusieurs années; il est, au fond, le secret de la polémique que va désormais poursuivre Fichte contre la Philosophie de la Nature et contre le mysticisme naturaliste de l'école romantique. Fichte vivait trop dans Tintimilé des Schlegel pour ignorer ces nouvelles tendances. En août 1799, n"écrivait-il pas encore à sa femme de décider A. -G. Schlegel et les siens à se rendre à Berlin, et ne manifestait-il pas l'intention de vivre en famille avec les deux Schlegel, et avec Schelling qu'on ferait venir aussi ^? N'avait-il pas été déjà sollicité par Tieck de se convertir aux vues de Jacob Boehme? Et, quand il revenait à léna chercher sa femme et son fils, n'avait-il point passé à Dresde au moment même où s'élaborait, chez ses amis romantiques, l'évolution vers le Catholicisme? 11 était dès lors fixé sur la voie où ils prétendaient engager l'esprit du siècle; mais ce qui, par-dessus tout, allait bientôt l'exaspérer, c'était de voir son ancien disciple, « le commentateur de la Théorie de la Science », après un premier essai de résistance, se laisser peu à peu entraîner dans le sillage et compromettre leur philosophie dans l'aventure. Au lendemain du jour où un Herder ne dissimulait plus sa haine de Kant et de ses disciples ^ et avait osé bafouer la Critique de
i.Aus Schelling's Leben. In Briefen, II. Bd., Schelling an Windischmann, Miinchen, d. 30. Juni 1807, p. 119.
2. Fichte s Leben, l. M., u. Buch, 7. Kap., Fichte an seine Frau, Berlin, 2. August 1799, p. 315.
3. U écrivait, le G mai 1799, à son ami Knebel, qui avait approuvé sa Métacritiqae : « Das dickste Etide steht mir nun bevor, die Verwirrungen uiimiich und Absurdi-
taten. die dièse llerren in die Krilik ailes Wahren, Guten und Schôncn, in Kunst und Wissenchaft, ja auch in die praklischen Doctrinen, Moral, Rechtslehre, aelbst Philologie, Geschichte, Mathematik, Théologie, etc., gebracht habeii auf die kurzeste, lebendigste, fruchlreichste Weise zu zeigen. In allen Zeitungsblattern bellen und belfern dièse Doggen und Ilunde, die krilischen Kauons ohne Kanon, ohne Gcfiihl, Gesetz und Regel, llelle uiir Gott! Mein Symholum aber ist : jacta est aléa, rein abc! von der Wurzel aus! Die Ohren habe ich mir mit Baunnvolle und sveissem
la Raison pure dans sa Métacrilique (1799) et la Critique du Jugement dans Kalligone, les héritiers de cette même Critique allaient devenir, à leur tour, des ennemis, trahir ainsi l'enseignement qu'ils avaient reçu de l'auteur de la Théorie de la Science, et s'efforcer de restaurer, sur les ruines de l'ancien dogmatisme, un nouveau naturalisme — celui qui allait aboutir à la réhabilitation de la théosophie et de la magie. Cet outrage à la Raison, ce crime de lèse-Critique, qui caractérisait le début du xix® siècle, voilà ce que Fichte entendait dénoncer comme une véritable perversion des idées.
C'est en ce sens qu'il voyait en Schelling et en son école, comme il récrivait quelques années plus tard à son ancien élève Erich von Berger, le principe même du mal : à strictement parler, un principe de recul et de réaction. Pour Schelling, en effet, la Théorie de la Science, le Kantisme, le Leibnizianisme étaient même choses vaines, il revenait aux ténèbres et aux confusions de Spinoza \
B. LE COURS DE 0^^ l'intentlon de Fichte lut de s'attaquer A.-G. SCHLEGEL SUR LA aux « aberrations « où sombraient à la LITTÉRATURE ET LES fojg j^ romantisme et la philosophie de