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Fichte’s Leben, I, 1, 8, p. 196-197, Brief an Bôüttiger

Ib TS 161, Brief an seine Gattin, lena, den 20. Mai 1794, p. 207-208.

5. À propos du compte rendu du vie de Léonard Creuzer : Considérations Sceptiques sur la liberté de la volonté avec une préface de M. le professeur Schmid (Von Creuzer’s skeptischen Betrachtungen über die Freiheit des Willens).

6. À propos d’un autre compte rendu de Fichte sur un ouvrage de Gebhard (la

rait la chose comme aussi compromettante pour son cerveau que pour son caractère. Fichte, il est vrai, prenant les devants, lui avait fait une première visite et ses collègues avaient apprécié l'élégance de la démarche.

Bonlé morale par bienveillance désintéressée [Ueber die sittliche Güte aus uninteressirtem Wohlwollen] dont on lui attribuait la paternité. Le premier compte rendu parut dans le n° 303 du Journal liltéraire universel d’Iéna (30 octobre 1793, I, 1v). Creuzer, accusé à tort de scepticisme, puisqu’avec l’école kantienne il admettait, comme fait de la conscience, l’existence de la loi morale, avait combattu les différentes théories de la liberté, concluant qu'aucune d’elles, pas même celle de Kant, n'avait résolu de manière satisfaisante l’antinomie entre l'intérêt de la Raison pratique et celui de la Raison théorique, et il espérait provoquer par son ouvrage la découverte d’une solution nouvelle plus satisfaisante. Fichte avait pris contre Creuzer la défense de Kant, maintenant la distinction entre la volonté empirique, * toujours déterminée, qui est pur penchant de la nature, et la volonté intelligible, seule déterminante, qui est vraiment volonté, causalité; il avait rappelé que la liberté ne peut être cause que dans le monde intelligible et non, comme paraît le croire Creuzer, dans le monde sensible, et il voyait dans cette confusion l’origine de la contradiction signalée; Fichte ajoutait d’ailleurs que pour la doctrine kantienne une conciliation s’opérait finalement entre la causalité naturelle et la liberté, conciliation postulée par la loi morale quoique inconcevable pour notre intelligence, et accomplie par Dieu comme auteur du monde et comme législateur moral. Puis Fichte s’en prenait à l’auteur de la préface, au professeur Schmid. Le fatalisme intelligible que soutenait Schmid, satisfaisant sans doute au point de vue purement spéculatif, était destructeur, au point de vue pratique, de toute moralité. Et ce que le professeur Schmid, dans sa préface, alléguait pour sa défense aggravait encore l’accusation ; il aboutissait à la négation de la faute, de la responsabilité, du mérite, qui n’avaient plus d'objet; la seule moralité subsistante était celle des théories hédonistes pour lesquelles la bonté est un bonheur, la méchanceté un malheur. (Fichte, S. W. VIII. Bd. 4, A. Von Creuzer’s skeptischen Beirachtungen über die Freiheit des Willens, p. 411-417.)

Le second compte rendu parut dans le numéro suivant. Fichte exprimait les espérances et la déception que lui avait causées la lecture du livre de Gebhard, écrit à l’occasion d’un article du Journal de Brunswick (juin 1791) qui défendait, contre le principe de la morale kantienne, le principe moral de la bienveillance pure ou désintéressée, tel qu’il ressort de la théorie d’A. Smith.

I semblait promettre la solution d’une difficulté qu’il n’avait encore trouvée résolue nulle part d’une manière satisfaisante et dont ne dépendait, à ses yeux, rien de moins que l’universalité du principe de la morale kantienne; mais la lecture de l’ouvrage avait vite appris à Fichte que l’auteur était encore loin de posséder son sujet et que, « sous son inépuisable richesse verbale », se cachait, au fond, le vide d’une pensée sans précision. Qu'il s’agit de défendre Kant contre l’accusation de n’avoir pas défini ce qui est bon moralement, ou de chercher si la bienveillance pure peut être le principe de la morale ou si c’est la Raison en général, au sens pratique du mot, Gebhard montrait son inaptitude à rien dire de nouveau, à rien démontrer, sa déplorable facilité à tout confondre sans rien comprendre : il n’avait pas « Le plus léger pressentiment de ce qu'était la Raison en général, du sens qu'avait, dans la philosophie critique, la Raison pratique, mot qu’il emploie à toutes les sauces et pour tout ce qui lui vient sous la plume; c’est tantôt l’entendement, tantôt le jugement, tantôt la volonté, tantôt enfin même le sentiment moral ». (Ibid., 4, B, Von Gebhard über sittliche Güte, p. 422.) Bref Fichte en concluait « la complète incapacité de ce kantien à résoudre le problème proposé, » et il se dispensait de l’ennuyeuse besogne de poursuivre l’analyse d’un pareil écrit (p. 423), « se bornant à donner à l’auteur le conseil de méditer encore plus longtemps les ouvrages de Kant et d’autres grands penseurs originaux, puis, s’il voulait communiquer les résultats de ses réflexions et se faire lire, de s’appliquer à être plus précis, tout particulièrement à être plus simple dans son style (p. 426).

À la suite de ces deux comptes rendus le professeur Schmid avait, le 20 janvier 1794,

Cependant le jour où Fichte, nommé docteur par la Faculté de philosophie, ouvrit son premier cours public, le 23 mai, il n’était pas sans quelque inquiétude. La succession de Reinhold était lourde.

envoyé au Journal littéraire universel l'explication suivante qui parut dans la Feuille de publicité du n° 14, le dimanche 15 février, p. 111-112.

« Certaines expressions dont s’est servi M. le conseiller aulique Gebhard à Gotha, dans son Anlikritik (Gothaische Gel. Zeit., 1793, 52, 103 supplément) contre l’auteur du compte rendu de son ouvrage sur la Bonté morale par bienveillance désintéressée dans le Journal littéraire universel d’Iéna, ont été pour plusieurs lecteurs l’occasion de croire que j'étais, au moins dans l'opinion de l’auteur, son critique daus ce journal. Mais, en fait, j'estime beaucoup trop aussi bien cet ouvrage que le penseur original qu’est son auteur, pour avoir pu traiter de la sorte et l’ouvrage et l’auteur. Comme je trouve l’opinion que j'ai fait ce compte rendu aussi compromettante dans une certaine mesure pour mon cerveau que pour mon caractère et comme je ne suis pour rien ni dans cette fausse opinion, ni dans le ton du jugement de ce compte rendu que je trouve plein de passion, je me vois forcé de faire cette déclaration publique. Ce n’est pas ici le lieu de m’expliquer aussi complètemeni qu’il

faudrait sur .le compte rendu des Considérations sceptiques de Léonard Creuzer sur la

liberté de la volonté (Journ. litt. univ., 1793, num. 303), pour opposer à l’arrèt dictatorial du faiseur de compte rendu qui reproche à l’honnèête auteur une totale ignorance de l'esprit de la philosophie critique, des arguments susceptibles du moins de prouver aux autres qu’il ignore trop la lettre même des ouvrages de Kant pour se permettre de juger de l’esprit de la doctrine. Mais il y a dans ce compte rendu un faux, préjudiciable à mon honneur et qui rend mon silence à son égard impossible, d'autant qu’il se trouve dans le journal savant le plus répandu. Le compte rendu dit : de l’aveu propre de M. Schmid, il n’y a plus dans cette théorie de responsabilité, de faute, de mérite. Ainsi donc cela ne serait pas une conséquence que l’auteur du compte rendu tirerait de mes affirmations contenues dans la préface au livre de Creuzer, ce que je lui laisse la liberté de faire à lui et à tout adversaire du déterminisme; non, ce serait mon propre aveu. Or c’est précisément le contraire de cet aveu prétendu que je trouve textuellement et explicitement dans cette préface de moi, bien que je me sois permis de déclarer sans fondement l’opinion d’une malice originelle de la volonté humaine et ce qui en dépend. D’ailleurs partout aussi où j’en ai trouvé l’occasion, j'ai expressément affirmé la responsabilité, la faute, le mérite. — Iéna, le 20 janvier 1794, Carl Christian Erhard Schmid, professeur de philosophie. »

A cette déclaration Fichte avait répondu de Zurich, le 8 mars, par une contreexplication qui fut insérée, le 26, dans le N° 9 de la Feuille de publicité du Journal littéraire universel, p. 231.

« Pour mettre M. le professeur Schmid à l’abri de toute possibilité du soupçon d’être l’auteur du compte rendu de l’ouvrage de M. le conseiller aulique Gebhard, sur la Bonté morale par bienveillance désintéressée, paru dans le Journal littéraire universel, je me déclare publiquement, par la présente, l’auteur de ce compte rendu comme aussi de celui du livre du sieur Creuzer : Considéralions sceptiques sur la liberté de la volonté, et je fais cette déclaration, conformément à mes Dot d’être toujours prêt à reconnaître ce que j'ai écrit.

« Ai-je encore un besoin si pressant de me familiariser avec la lettre des ouvrages de Kant pour pouvoir porter un jugement sur leur esprit, ou ai-je le droit, dès maintenant, d'appeler bavardage inutile un bavardage inutile et de remettre à sa place un auteur qui parle de Kant sur le ton dont en parle M. Creuzer, p. 153-159 et 168 de son ouvrage? De cela j'espère faire juges sous peu tous les hommes compétents en leur fournissant des données très suffisantes, au cas où ces deux comptes rendus pe devraient pas suffire. Tout au moins le dernier a-t-il été trouvé instructif, ce sont ses expressions, par un homme qui pourrait bien égaler pourtant le professeur Schmid en fait de connaissance de la philosophie critique.

« En ce qui concerne l’accusation de faux, je n’ai pas prétendu reproduire les termes du professeur Schmid, mais leur sens, ses termes tels qu'il fallait que je me les expliquasse. Je renvoie les lecteurs, comme M. le professeur Schmid, à cette préface même. Si ces termes devaient pouvoir s'expliquer autrement, il me faudrait assumer

Quand, le 28 mai 1794, Reinhold avait terminé sa leçon de clôture « par un discours où il essayait de graver dans le cœur de ses auditeurs les résultats les plus importants de sa philosophie », la salle ordinaire s'était trouvée trop petite pour contenir la foule qui, depuis plus d’une heure, débordait jusque dans les couloirs; l’amphithéâtre de Griesbach même, le plus vaste de l'Université, où Reinhold. fut forcé de se rendre, ne suffit pas à contenir le public. Le soir, à dix heures, un cortège, avec cinq cents Lorches flambantes et tout un orchestre, vint saluer Reinhold devant sa propre maison et, à grand renfort de trompettes et de cymbales, poussa les vivats d'usage; une députation. des représentants de tous les ordres d'étudiants d’Iéna lui avait remis, sur un coussin de satin blanc brodé d’or, une poésie d'adieu. Reinhold avait dû à son tour prononcer une harangue où il traitait ses auditeurs d'amis; de frères, appelant sur eux les bénédictions du ciel; le lendemain, le jour de son départ, les rues étaient pleines d'étudiants et d'habitants qui

le reproche de ne pas connaître la lettre des ouvrages de Schmid. J’espère du moins pouvoir distinguer un livre de celui qui l’a écrit et une explication de celui qui l’a produite. Si vraiment, dans mon. compte rendu de l’ouvrage de Gebhard, se trouve une expression de mauvaise humeur, ce n’est rien d’autre que l’expression. involontaire de mon indignation naturelle contre toute absence de précision et. de profondeur. Quant à l'accusation de parti pris personnel à l’égard de l’auteur, si M. le conseiller aulique m’a reconnu pour son critique, après tout ce que lui et moi nous savons, elle est, pour me servir des expressions les plus modérées,. absurde.

« J’ai appris, pendant mon voyage à Gotha, à le connaître pour uu homme modeste et studieux; il m'a rendu d'’utiles services, il m'a montré lui-même son ouvrage et m'a engagé à m'occuper de son compte rendu. Et, malheureusement sans l'avoir lu, j’ai proposé ce compte rendu aux éditeurs du Journal littéraire universel; on à accepté ma. proposition et je me suis mis à l’œuvre, je puis l’affirmer sur ma conscience, avec le projet tout à fait sérieux non seulement de rendre justice au livre, mais encore d'en dire tout le bien possible compatible avec ce que permettrait l'honnêteté. Je commence à le lire et je n’en puis croire mes yeux, je continue et il me faut enfin reconnaitre que je ne me trompe pas. J'aurais alors volontiers renoncé à annoncer le livre; mais pourquoi donner à un autre collaborateur la peine que j'avais déjà entièrement prise? Il fallait toujours que la vérité füt dite : que. ce fût par moi ou par un autre, cela me parut indifférent. Je la dis suivant ma conviction et je ne retire aucun mot de mon annonce. J'espère avoir prouvé mon jugement par des citations textuelles de plusieurs passages et par une analyse fidèle. Je n’ai pas eu. sous les yeux l’Antikritik de M. Gebhard. Je tiens d'avance pour impossible qu'il ait pu y établir que son livre est un livre utile et un livre fondamental. S'il devait l'y avoir établi ou s'il devait avoir établi seulement qu’il n’est pas aussi misérable. qu'il me l’a paru, je reconnaîtrais publiquement mon erreur dans ces feuilles; mais, en dehors de ce seul cas, je crois que trop de mots ont déjà été perdus touchant le livre. et dans le livre mème. Je souhaite que M. Gebhard, par un ouvrage philosophique plus approfondi, me fournisse bientôt l’occasion de prouver en fait. publiquement mon impartialité.

« Tout de mème, je distingue le caractère personnel de M. le professeur Schmid de ses hypothèses aussi bien que de la profonde amertume qui règne dans son explication : je le remercie publiquement de vouloir, par le mépris avec lequel il parle de moi, au début de ma carrière littéraire, me donner une nouvelle impulsion. — Zurich, 8 mars 1794. — Fichte. »

PP

venaient en foule lui faire leurs adieux, quelques-uns même l’accompagnèrent, à cheval ou en voiture, hors des rues de la ville, et de part et d'autre les larmes avaient coulé; enfin, à Hambourg, Reinhold avait reçu un dernier témoignage de l'affection de ses disciples, une médaille toute en or d’une valeur de vingt louis, représentant son buste avec, au revers, cette inscription : « Preceptori Philosopho Kiloniam petenti pietatis et desiderii causa 55 Auditorium lenense 1794t. » De tels souvenirs étaient faits pour rendre difficile la tâche de son successeur.

L'émotion de Fichte grandit encore, quand il trouva la rue encombrée par la multitude qui se pressait pour venir l'entendre, quand, entrant dans le grand amphithéâtre, à six heures précises du soir, il le vit à son tour trop petit pour contenir la masse de ses auditeurs entassés sur les tables et les bancs, débordant jusque dans le vestibule, jusque dans la cour°. Émotion vite contenue d’ailleurs, et que ne trahit point son assurance. Après avoir toussé deux ou trois fois pour s'éclaircir la voix, après s'être mouché pour se débarrasser du tabac qu'il avait prisé avant de monter en chaire? il parla, et quand il eut parlé, le succès de Reinhold était dès maintenant dépassé; le public qui l'avait écouté dans un silence religieux éclata en applaudissements frénétiques. Ce fut un triomphe sans précédent.

Ce triomphe, flatteur pour l’amour-propre de Fichte, n’était pas non plus inutile à sa situation matérielle. Venu à Iéna à une époque où tous les professeurs étaient installés déjà, il avait dû choisir pour ses conférences payantes une heure trop matinale (de six à sept heures du matin) et les étudiants étaient moins nombreux qu'il ne l’espérait, d'autant moins nombreux que, suivant le conseil de ses collègues et conformément d’ailleurs aux traditions, il avait exigé le versement de leur inscription à l'avance. L’éclat de sa première leçon lui valut des inscriptions nouvelles et, dès le 26 mai, 1l comptait 35 élèves. C'était l’aisance assurée #.

Get homme trapu, robuste, aux traits coupants et dominateurs, au langage tranchant, en avait imposé tout de suite; d’ailleurs il

1. Jens Baggesen, Briefwechsel mit K. L. Reinhold und F. H. Jacobi. Erster Theil, Dezember 1790 bis Januar 179%; 75 Reinhold an Baggesen, Lena, 1794, p. 340-342.

2. Fichte’s Leben, 1, 11, 1, p. 211. Lettre du 26 mai 1794. Voir aussi Vertraute unpartheische Briefe über Fichte’s Aufenthalt in Iena, seinen Karakter als Mensch, Lehrer. und Schriftsteller betreffend, 1799, p. 48.

3. Vertraute Briefe, p.49. Nach einigen Räuspern und einiger Beschäftigung mit seiner Nase, die er aber, mit Hülfe des Tabaks vor dem Doziren stets vorzunehmen pflegte, begann er endlich das Kollegium.

4. Fichte's Leben, I. 11, 1, p. 211 et 214. An seine Gattin, lena, den 26. Mai 1794.

faisait de son mieux pour conquérir son public, il cherchait de

toutes les manières à être clair; il se donnait beaucoup de peine

pour démontrer ce qu’il avançait, il essayait en To sorte de

forcer les esprits à comprendre.

« Messieurs, disait-il, recueillez-vous, rentrez en vous-mêmes. Il n’est ici question de rien du dehors, il n’est question que de nousmêmes.» Et les auditeurs ainsi sollicités semblaient vraiment rentrer en eux-mêmes. Quelques-uns se levaient et changeaient de place,

d’autres s’effondraient sur leurs bancs et fermaient les yeux, et tous attendaient, l'esprit tendu, ce qui allait suivre l'invitation de

Fichte. On les voyait vraiment penser ce qu'il voulait les forcer à penser f.

Le succès de Fichte s’affirmait chaque jour. Il fut une heure où,

à Iéna, le public tout entier se passionnait pour un système de Les une heure où, comme le raconte l’auteur des Leitres confidentielles, on en parlait non seulement dans les tavernes d'étudiants, mais dans les salons et jusque dans les boudoirs des dames ?, où les Moïstes (Ichianer) s’opposaient aux Non-Moiïstes, mais communiaient en Fichte. On se disputait, on se battait pour la Théorie de la Science; on ÿ cherchait sérieusement, on croyait y trouver qui le salut des âmes et qui leur perdition. Rien d’ailleurs n’atteste mieux la faveur du public pour la philosophie de Fichte que le prix dont les éditeurs la payaient; alors que les poètes les plus illustres, les Gœthe, les Schiller obtenaient à grand peine leurs cinq louis d'honoraires par feuille, Fichte en recevait communément six et plus *.

Quant à Fichte lui-même, on comparait maintenant sa figure au portrait que les anciens avaient tracé d’Aristote, un front haut, un occiput assez large où, suivant l'expression de Lichtenberg, pouvaient se rencontrer et délibérer beaucoup d'idées, un nez intelligent un peu long, un œil non pas grand sans doute, mais vif et mobile et dont les regards étaient perçants ‘; sa voix, trouvée d’abord un peu grêle, prenait maintenant pour ses auditeurs les accents du génie; faible ou forte, s’abaissant ou s’élevant suivant la puissance des sentiments qu’elle exprimait, insistant sur les mots qu'il fallait, toujours pressée, jamais languissante, elle pénétrait jusqu’au fond de

1. H. Steffens, Was ich erlebte, IV, p. 79-80. 2. Vertraute Briefe, Ilena am 10. Jun. 99, p. 26 et suiv. 3. Otto Spazier, J. P. Richter. Ein biographischer Commentar zu dessen Werken,

Leipzig, Verlag v. Otto Wigand 1840, III, p. 128, et Fichte’s Leben, I, 11, 1., Brief an seine Gattin, lena, den 26. Mai 1794, p. 217. 4. Vertraute Briefe, p. 81.

J’âme et tout le maintien du professeur attestait l’homme à l'esprit

entièrement libre, l'homme plein de hardiesse et d'originalité qu'était Fichtet.

A dire vrai, son abord, au début, avait par sa froideur un peu déconcerté ses admirateurs; mais cette froideur, qui tenait à sa fierté naturelle, disparaissait toute quand on en avait pénétré le secret. Fichte accueillait avec bienveillance quiconque venait à lui?: même il ne dédaignait pas de s’entretenir avec des hommes bornés, pourvu qu'ils fussent honnêtes et loyaux*; ni les étudiants ni personne ne pouvait, après avoir été reçu par lui, le taxer encore de rudesse et d'orgueil. Il n’aimait pas cependant les compliments et sa cordialité était d'autant plus grande que l’entrevue avait été plus sobre de préliminaires et l'entretien plus libre; rien ne lui était plus agréable que la franchise des expressions, dussent-elles l’atteindre lui-même ou son système, à condition que les raisons fussent bonnes et qu’en présence de raisons meilleures son interlocuteur ne s’obstinât pas dans son opinion #.

Sa droiture, sa haute probité, son bon cœur faisaient de son amitié un don inestimable; sa fidélité était à toute épreuve. Ses

. amis avaient beau lui témoigner leur mauvaise humeur, le contredire

en particulier ou en public, il supportait tout de leur part, à condition toutefois qu'il fût sûr de la sincérité de leurs sentiments, car il ne mettait rien au-dessus de la vérité : lutter pour elle, n’était-ce pas tout l'effort de sa vie? Penseur, il cherchait les principes premiers et certains ; homme, il haïssait à mort le mensonge’, il était incapable

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