‹ Fichte et son tempsChapitre 105 sur 232 · Vertraute Briefe, p. 90-91. — 5. Jbid., p · texte numérisé non relu

Vertraute Briefe, p. 90-91. — 5. Jbid., p

6. Steffens, dans sa biographie, cite, à ce propos, un trait caractéristique. « Entendant Fichte affirmer cette proposition qu’à aucune condition on n’a le droit de dire un mensonge,je me risquai à lui opposer le cas suivant : une femme en couches est gravement malade, l’enfant mourant se trouve dans une autre chambre; les médecins ont déclaré catégoriquement que toute émotion coûterait la vie à la mère. L'enfant meurt; je suis assis auprès du lit de douleur de ma femme, elle me demande comment va l’enfant qui vient de mourir : la vérité la tuerait, dois-je la lui dire ? Il faut écarter sa question, répondit Fichte. Je répliquai : c’est lui dire de la manière la plus précise : votre enfant est mort. Je mentirais, m’écriai-je résolument, et les larmes me montèrent aux yeux, parce que je me souvenais d’avoir vécu cette scène et j'appelle résolument ce mensonge une vérité, ma vérité. « Ta vérité, s’écria Fichte avec colère, une vérité qui appartienne à un homme comme particulier, il n’y en a pas; elle a des ordres à te donner, et non pas toi à elle. Si la vérité tue ta femme, ta femme doit mourir. » Je vis sans doute l’impossibilité absolue de m’entendre avec lui, de lui faire voir que l’absence d'amour, totale et déclarée, serait pour un homme le plus grand mensonge de la vie. Et Fichte lui-même, malgré toute la dureté apparente de sa doctrine, était le meilleur des hommes; j'étais convaincu que, le cas échéant, lui-même aurait menti et je me tus. » (H. Steffens, Was ich erlebte, Dritter Band, p. 158-159.)

de #y faire; il disait à chacun ses vérités à la figure, mais il les disait sans fiel, sans ostentation, à l’heure qui convenait le mieux. Avare de louanges, ennemi juré des compliments et de la galanterie, il passait pour dur et pour grossier; singulière méprise, car sa jovialité ne faisait pas de doute pour ceux qui fréquentaient sa société et il n'avait rien de cette attitude sombre et rébarbative qu’on prêtait volontiers au philosophe transcendantal quand on se le représentait in abstracto!. Il était loin d’être dépourvu d’anecdotes; il abondaït en remarques justes, il avait une espèce d'esprit facile et sans prétention, il ne méprisait nullement ceux qui aimaïent la vie; les mets appétissants et le bon vin flattaient son palais tout comme le palais des autres hommes et ceux qui faisaient de lui, par principe, un ennemi déclaré de toute jouissance, parce que pour lui la jouissance n'était pas le but dernier de la vie, ne l’ont pas compris?.

À mesure que grandissait son influence, Fichte voyait s’accroître le nombre de ses adeptes; ses collègues eux-mêmes, partageant l'entraînement général, se mirent à son école et, non contents de suivre son cours, lui demandèrent des leçons particulières *; un soir ils vinrent même jusque chez lui en grande pompe, fanfare en tête, le remercier et l’acclamer*. Bientôt l'intimité devint telle entre Fichte et ses collègues qu'ils éprouvèrent le besoin de se voir régulièrement ; ils organisèrent un dîner scientifique où le mercredi se réunissaient à la même table Loder, Batsch, Hufeland le cadet, d’autres encore; et quand un hôte de marque traversait la ville, on s’empressait de l'y convier. C’est ainsi que Fichte connut un jour Jean-Paul Richter.

Venu en juin 1794 à Iéna pour faire la connaissance des nouveaux professeurs, le duc de Weimar les avait tous invités à souper; et tous, visiblement, prenaient vis-à-vis de lui l’attitude de courtisans, désireux de ses faveurs, tous, sauf un, Fichte. Et ce fut précisément lui que le duc, sans se soucier de la présence des autres, prit à part, causant longuement avec lui, bien après la fin du repas. De retour à Weimar, il manifestait à Gœthe toute sa satisfaction d’avoir fait la connaissance de Fichtef

1. Vertraute Briefe, p. 86-87. — 2. Ibid., p. 88. — 3. Fichte’s Leben, I, 1, 1, Brief an seine Gattin, lena, d. 26. Mai 1794, p. 212. — 4. Jbid., p. 215.

5. P. Nerrlich, J. P. Briefwechsel mit seiner Frau und Christian Otto. Berlin, Weidmannsche Buchhandlung 1902, 10, Weimar, d. 4. Nov. 1799, p. 130.

6. H. Düntzer, Gœthe und Karl August, Studien zu Gœthe’s Leben, Zweite neuarbeitete und vollendete Auflage, Leipzig. Verlag der Dyk’schen Buchhandlung, 1888. Zweiter Bd. Von der Rückkehr aus Italien bis zum Sept. 1807, vir, p. 411 et Fichte’s Leben, I, u, 1, Brief an seine Gattin, Ilena, d. 26. Mai 1794, p. 215.

Gœthe lui-même, d'ordinaire si peu sympathique aux philosophes, semblait gagné à Fichte. Le 21 juin, Fichte lui avait écrit :

« J’ai été vous trouver, peu après votre départ, pour vous remettre, à peine seulement terminée, la première feuille (des Principes de l’ensemble de la Théorie de la Science, qui paraissaient alors feuille à feuille). Je ne vous ai pas rencontré; je vous envoie ce que

j'aurais préféré vous remettre.

« La philosophie n’a pas atteint son but, tant que les résultats de la réflexion abstraite n'ont pas encore épousé l'intellectualité du sentiment dans toute sa pureté.

« Je vous considère, vous, et je vous ai toujours considéré comme le représentant authentique de cette spiritualité du sentiment, au degré actuellement atteint par l'humanité. La philosophie s'adresse à vous à bon droit; voire sentiment à vous est sa pierre de touche. »

Et Fichte ajoutait, faisant allusion à une collaboration commune aux Heures (Horen) de Schiller : « J’espérais, peut-être parce que je le souhaitais ardemment, me voir associer à vous dans une œuvre. Je ne sais si j'ai toujours le droit de l’espérer. Du moins, il y a quelques jours, M. Schiller ne connaissait pas encore votre décision ‘.»

En même temps qu'il déclarait à Gœthe la valeur que, comme philosophe, il attachait au « sentiment du poète », il énumérait les caractères auxquels il croyait reconnaître la justesse de son propre système, sa cohérence interne, la liaison de l'Un au Tout, liaison tout à fait spontanée, tout à fait indépendante de lui; son extraordinaire fécondité aussi qui avait souvent causé et qui causait encore son étonnement; et il déclarait qu’au cas où son exposition demanderait encore plus de lumière, il se sentait capable de lui donner une clarté supérieure, toute la clarté qu'on pourrait souhaiter, si seulement on lui en laissait le temps ?.

1. L. Geiger, Gœthe-Jahrbuch, Frankfurt-am-Mein, Literarische Anstalt, Rütten und Lœning, XV. Bd. 1894. Mittheilungen aus dem Gœthe- und Schiller-Archiv., 5, Sieben Briefe von Fichte an Gœthe, IL. Iena, d. 21. Jun. 1794, p. 30-31. L'œuvre dont parle Fichte ce sont les Heures de Schiller, pour lesquelles Schiller avait demandé leur collaboration en même temps à Gœthe, à Fichte et à Humboldt. Une autre lettre du même recueil, une lettre du 30 septembre 1794, montre encore mieux peut-être le prix que Fichte attachait au jugement de Gœæthe.

« J'ai souvent pensé, lui écrit-il, en travaillant à la présente partie de mon cours (Lehrbuch), que vous le liriez, et plusieurs fois, quand j'étais prêt à le trouver bien et à le laisser comme il était, cette idée m'a forcé à refaire entièrement à nouveau ce que j'avais écrit. Si, en dépit de cet effort, il n’est pas encore arrivé au point de pouvoir me satisfaire absolument (et l'épreuve de cette satisfaction c’est toujours pour moi de savoir si je peux penser qu’il vous satisfera pleinement), la faute en est à la situation qui m'est imposée (à la nécessité d'une publication successive et rapide des feuilles au fur et à mesure de l'avancement du cours). {bid.,

VI, p. 36. Lena, d. 30. Sept. 1794.

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