Lessing, S. W., XVII. Bd. Einl., p
de la Raison, distinguant entre l'esprit et la lettre, entre la Bible et
la religion, montrant que le Christianisme avait exercé sa puissance sur les âmes avant que les Évangélistes et les apôtres eussent rien écrit, à plus forte raison avant qu'eût été institué le canon de l'Église; insistant sur l'indépendance de la vérité interne de la religion à l'égard de la tradition écrite; concluant que quiconque était capable d’apercevoir cette vérité interne sans s’arrêter à la lettre de l'Écrituré, en la discutant même au besoin — et c’est ce qu'avait fait l’auteur des Fragments — était le vrai défenseur de la religion contre les détenteurs de la prétendue orthodoxie qui avaient, à cette heure, dénaturé le sens du véritable Christianisme,
Pareille publication devait susciter la colère des théologiens. Ils entrèrent aussitôt en campagne, le directeur Schaumann de Hanovre, le premier, puis l’archidiacre de Wolfenbüttel. J.-H. Ress — auxquels Lessing crut devoir répondre — puis Walch et Semler et la plupart des théologiens du temps. Entre 1778 et 1779 la publication des Fragments ne provoqua pas moins de trente-deux écrits
polémiques. Mais parmi les adversaires de Lessing, il en est un qui. par le caractère de ses attaques éleva la discussion à la hauteur des
principes et fit de la publication des Fragmenis une date historique, un moment dans la lutte éternelle de la pensée libre contre le principe d'autorité : il s'appelait J. Melchior Goeze. Il était pasteur à Hambourg ; il se signalait par l’ardeur de son puritanisme et la rigueur de son orthodoxie; il avait autrefois prononcé l’anathème contre le théâtre et les dramaturges, excommunié les dissidents, les partisans de la religion naturelle, un Basedow, un Abbt. L'auteur de la Dramaturgie, l'éditeur des Fragments méritait donc bien ses attaques. Pourtant Goeze avait connu Lessing à Hambourg et lui avait alors marqué toute son estime; mais leurs relations s'étaient refroidies depuis qu'à Wolfenbüttel Lessing avait, très involontairement, omis de répondre à une question à lui posée par Goeze au sujet de quelques documents de la Bibliothèque. Il s’en était suivi une plainte officielle de l’impérieux et irascible pasteur contre « le célèbre bibliothécaire d’une Bibliothèque célèbre »; la publication des Fragments acheva de les brouiller. Goeze, identifiant l’éditeur et l’auteur des Fragments, fit de Lessing un ennemi de la religion chrétienne, prêtant à Lessing, malgré Lessing même, les opinions de l’ « Anonyme »; l’accusant, par la divulgation des Fragmenis, d'avoir créé un danger public. Mal lui en prit. Lessing était de taille
1. Lessing, S. W. XVII. Bd. Ein Mehreres aus den Papieren eines Ungenannten die Offenbarung betreffend. Lessings Gegensätze zu den Fragmenten IT, VI, p. 262-264.
à se défendre : il accepta le combat. C’est alors que parurent successivement, à quelques semaines d'intervalle, en réponse aux attaques répétées de Goeze, la Parabole, où Lessing montrait l'erreur initiale de ceux qui, au lieu de se borner à jouir de l’'admirable édifice du Christianisme et à éprouver la sagesse qui préside à sa complexité singulière, discutent à perte de vue sur ses fondements dont ils ignorent la structure et, sous prétexte de sauvegarder soit l’une, soit l'autre de ses assises inconnues, laissent brûler le palais entier; la Supplique, où il revendique, pour un bibliothécaire, le droit de publier les manuscrits de son catalogue sans être rendu responsable du contenu de ces écrits et menacé d’excommunication pour les avoir édités, où il affirme sa croyance en la vertu éternelle de l'esprit du Christianisme, en dépit de toutes les interprétations que la raison pourra tirer de la Bible, comme de toutes les objections qu'elle y Pourra faire, et où il demande à Goeze de clore un débat engagé sur un malentendu; le Défi enfin, où Lessing, voyant l'inutilité de toute £onciliation, déclare la guerre ouverte, et proclame que Goeze, à tous les points de vue, ne va pas au sixième de la hauteur et de la valeur de son « Anonyme ».
"Les hostilités avaient commencé par la publication, en cinq Cahiers, vers le milieu du mois de mars 1778, des Awiomes. C'était la reproduction, sous la forme de dix axiomes!, du passage des Commentaires sur les Fragments II-VI relatifs à la distinction de l'esprit et de la lettre, de la Bible et de la religion; chacun de ces