Ibid., lettre du 15 oct. 1792, p
4. Kantstudien. X. Bd., 3. Heft. Festheft zu Schillers hundertestem Todestage. Schillers transcendentaler Idealismus von W. Windelband, p. 400.
5. Ibid., p. 401-403, et Bauch, Schiller und die Idee der Freiheit, p. 354-399. Voir ces articles et les autres articles de ce fascicule pour la philosophie de Schiller et son rapport avec le Kantisme.
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cette même Critique du Jugement que Fichte avait découvert le principe fondamental de sa doctrine? Son premier écrit philosophique, son résumé explicatif des seize premiers paragraphes du premier livre de l’Analytique du jugement esthétique, signalait déjà l’idée de « derrière la tête » de Kant, l’idée de ce fondement surnaturel qui doit réaliser l'unité du monde de la nature et du monde de la liberté :; et, à la question de l'unité interne des trois facultés de la conscience, en fait séparées, et dont Kant avait dit d'un mot qu’ «elles ne pouvaient se déduire d’un fondement commun», Fichte répondait dès ce moment « qu'il fallait admettre, pour compléter ce rapport extérieur, qu'ils reposent, intérieurement aussi, sur une unité commune ? ». :
Ce qu'il affirmait alors, au début de sa carrière de penseur, 1l le répétait, presque dans les mêmes termes, durant la dernière période de sa vie. « Pour caractériser la Théorie de la Science, déclara-t-il dans la Théorie de la Science de 1804, en la rattachant au point historique qui a été autrefois l’origine de mes spéculations, d’ailleurs absolument indépendantes de Kant, il faut dire que son essence consiste précisément dans la recherche de la racine, insondable, au dire de Kant, où le monde sensible et le monde supra-sensible ont leur commune origine, puis dans la déduction réelle et intelligible des deux mondes en partant de ce principe ?. »
Schiller et Fichte ont donc puisé leur inspiration à la même source : comment s'étonner dès lors de leur communauté de vues, comment surtout admettre une action personnelle distincte de Schiller sur Fichte ?
Cependant, à regarder au fond des choses, Schiller a son originalité en face même de Kant. Sans doute Kant a été pour Schiller un maître et la Critique du Jugement a singulièrement enrichi sa pensée; mais la Critique de Kant — la Critique du Jugement en particulier — n'a pas été pour Schiller, comme elle l’a été pour Fichte, le point de départ de ses spéculations. Un an avant qu’eût paru la Critique du Jugement de Kant, deux ans avant qu'il ait eu l’occasion de la lire, Schiller, dans son poème sur les Artistes, avait conçu l’idée que l’art devait être le lien entre la sensibilité et la spiritualité: il écrivait à Kôrner, le 12 janvier 1789, en lui envoyant son poème :
« La troisième Strophe manque seulement, parce qu'entre la
1. Fichte, Nachlass. Fichte’s Auszug aus Kant's Kritik der Urtheilskraft. Kinleitung II. Vom Gebiete der Philosophie überhaupt.
2,rPichtes:Leben.cT, 1, 5,:p2105,
3. Fichte, N. W., II. Bd., Die Wissenschaftslehre, 1804. II. Vortrag. p. 104.
feuille 2 et la feuille 4 j'ai rayé deux pages entières, car mon poème s'enflait démesurément. Voici le contenu de la strophe qui manque : l’art constitue le lien entre la sensibilité et la spiritualité, et le contrepoids à la force qui attire l’homme à la planète; il ennoblit par une illusion spirituelle le monde des sens et, en retour, 1l sollicite l'esprit vers le monde sensible. » Il ajoutait, dans une lettre du 9 février : « Le commencement du poème, entièrement modifié, lui donne, à l'égard de son ancienne forme, un aspect tout à fait méconnaissable, mais tout à son avantage. Je possède maintenant l'idée maîtresse de l’ensemble : /a concilialon de la vérilé et de la moralité subordonnées à la beauté qui les enveloppe dans sa souveraineté, et en constitue, au sens propre au mot, l’unité?. »
La lecture de la Critique du Jugement, où Schiller trouvait une analyse pénétrante et une exposition systématique de l’idée qu'il avait entrevue, enthousiasma le poète pour la philosophie de Kant, jusqu'alors ignorée de lui; la conformité de ses réflexions sur l'esthétique avec les spéculations de Kant lui avait rendu plus facile l'accès de la Crilique*; en même temps sa propre pensée profitait smgulièrement de toutes les vues kantiennes et s’en emparait si bien qu'elle organisait à son tour un système dont le Kallias * devait être l'exposé. Schiller, tout inspiré qu'il était de Kant, auquel il empruntait maintenant jusqu'aux expressions, avait cependant la prétenbon de dépasser la Critique du Jugement et de prouver l’objectivité du Beau que Kant avait mise en doute, « d'enlever au goût ce caractère empirique qu'autrement il conserverait toujours et que Kant tient pour inévitable 5 ». Ses thèses essentielles étaient les suivantes :
1) La beauté n’est rien d'autre que la liberté dans l'apparence”: elle exprime dans l’apparence du monde sensible ou phénoménal la forme de la volonté pure, l'autonomie ou la liberté’. De là son caractère rationnel$, Cette pénétration dans le monde phénoménal de la liberté qui est une détermination du monde intelligible est
1. Briefwechsel zwischen Schiller und Kôrner, éd. Cotta, II. Bd. Schiller an Kôrner, Weimar, den 12. Jan. 1798, 9, p. 7.