C. UNE POLÉMIQUE C’est de nouveau aux Heures que Fichte
ENTRE SCHILLER ET pensait à consacrer les premiers loisirs de 1 tie sa retraite. Il avait promis une contribution à Schiller pour son fascicule de juin; cette promesse lui tenait d'autant plus à cœur qu'il venait d’être pris à partie, dans les Heures
mêmes, par Schiller : les Lettres sur l'Éducation esthétique de l'huma-
1. Fichte, S. W., VIII. Bd., 3, Vermischte Aufsätze. D, Von der Sprachfühigkeit und dem Ursprunge der Sprache, 1795, p. 309-315.
A I0id., D. 317-341.
3. Fichte’s Leben, II, Zweite Abth., III, 9. Fichte an Reinhold, Osmannstädt, den 2. Juli 1795, p. 212.
4. Fichte, S. W., VIII. Bd., 3 Vermischte Aufsätze. E., Ueber Belebung und Erhôhung des reinen Interesses für Wahrheit, p. 342-352.
nité (Ueber die ästhetische Erziehung des Menschen) !, en apparence.
tout inspirées des vues de l’auteuf de la Théorie de la Science. étaient, au fond, dirigées contre lui.
Ce différend semble avoir exercé une influence sur le développement ultérieur de la pensée de notre philosophe. Il convient donc d'y insister; mais il faut d’abord rappeler le sens dans lequel Schiller avait essayé d'interpréter la pensée de Kant.
Schiller écrivait à Kôrner le 3 mars 1791 :
« Tu ne devines pas ce que maintenant je lis et j’étudie? Pas moins que Kant. Sa Critique du Jugement que je me suis procurée, me charme par la richesse, par la lumière de son conténu et m'a inspiré le plus grand désir d'entrer petit à petit dans l’étude de sa philosophie. Ma piètre connaissance des systèmes philosophiques me rendrait encore trop difficile la Critique de la Raison et même quelques écrits de Reinhold; elle me prendrait trop de temps. Mais parce que J'ai beaucoup réfléchi par moi-même à l'esthétique et qu'empiriquement jy suis versé davantage encore, j'avance dans la Critique du Jugement bien plus facilement, et j'apprends, à l’occasion, à connaître beaucoup des notions kantiennes parce que Kant s’y réfère dans cet ouvrage et qu'il applique à la Critique du Jugement beaucoup d'idées de la Critique de la Raison. Bref, je pressens que Kant n'est pas pour moi un pic inaccessible, et sûrement je m'occuperai de lui encore plus à fond?. » Et, le 15 octobre 1792, il ajoutait : « Maintenant je suis plongé jusqu’au cou dans la Critique du Jugement de Kant. Je ne trouverai de repos que quand j'aurai entièrement pénétré dans cette matière et que je l'aurai tout à fait en main *. » Schiller la pénétra si bien que la « liberté devint le centre de sa pensée, comme elle l'était pour Kant » ‘, et la « grande idée de l’auto-détermination », del’autonomie, dont Kant avait fait le fond de son Idéalisme transcendantal constitua l'essence même de l'esthétique de Schiller 5.
Mais si Schiller est un disciple authentique de Kant, si sa théorie de la Beauté relève de la Critique du Jugement, peut-on légitimement parler de son influence personnelle sur Fichte? N'est-ce pas dans