MON CHER ET REGRETTÉ MAÎTRE
Artante ii.
En inscrivant votre nom en tête de cet ouvrage ] ie une dette vieille de trente-cinq ans.
Je traduisais avec vous une de ces courtes etsavoureuses « Vies » dont les Anglais ont le secret : Fichte, a biography. Gette lecture, faite sous votre égide, a décidé du sort de ma pensée.
Je vous dois plus encore.
La vie de Fichte, c'est l'apprentissage de la liberté. Mais la philosophie de Fichte nous enseigne que la liberté ne s’impose pas du dehors et qu’elle surgit des profondeurs les plus intimes de l’âme. Elle ne s’apprend pas d’ailleurs dans les livres; une réflexion la provoque, née de la rencontre d’un Réel humain, c’est la révélation de la moralité vécue. Point de liberté sans une sollicitation, sans une initiation. L'expérience de la liberté en nous suppose un appel de la liberté hors de nous; l’élévation de l’individu à la dignité de l'esprit exige l'exemple de l'esprit, la présence de quelque « génie moral ». Cette élévation fait de l’homme un homme, elle est, suivant la propre expression de Fichte, l’éducation même.
Ceux qui ont eu l’heureuse fortune de vous approcher ont rencontré en vous ce bienfaisant génie, ami de la jeunesse; vous avez été pour eux la conscience dont le verdict éveille les consciences ; vous avez été le foyer ardent d’où jaillit l'étincelle qui embrase les cœurs; vous avez eu le don si rare de propager la foi morale — ce don de la grâce — qui est le rayonnement des âmes d'élite.