‹ Fichte et son tempsChapitre 209 sur 232 · Fichte’s Leben, I, n. 6, note de la page · texte numérisé non relu

Fichte’s Leben, I, n. 6, note de la page

2. Fichte's Leben, Il, Erste Abth., VI. Actenstücke über die Anschuldigung des Atheismus, 6. Fichte’s Sendschreiben an Prof. Reinhold, p. 93.

3. Fichte, S. W., VIII. Bd., 3, Bericht über den Begriff der Wissenschaftslehre und die bisherigen Schicksale derselben, 11, p. 404.

pas lui montrer cette lettre, dont Fichte ferait peut-être un jour état! >. La pièce fut donc versée au dossier.

Elle fit scandale. Un fonctionnaire se permettait de parler sur un pareil ton au gouvernement dont il relevait; il osait le menacer de représailles escomptant comme déjà certaine une mesure qui n'avait pas encore été prise; il allait, dans l'égarement de sa colère, jusqu’à essayer de fomenter la révolte au sein même de l’Académie, excitant ses collègues à faire un éclat et à le suivre dans sa retraite! Quel gouvernement eût pu tolérer de pareils procédés ! Toute transaction devenait impossible; tout ménagement eût été une capitulation. Il ne restait qu à sévir, et le moins que la Cour pouvait faire était de révoquer le philosophe récalcitrant. |

Ainsi en jugea Gœthe, alors tout-puissant à la Cour, et ses conseils furent aussitôt suivis?.

Le 29 mars, le duc de Saxe Ch.-Auguste adressait à l'Académie d'Iéna au sujet de l’athéisme attribué aux éditeurs du Journal philosophique, les professeurs Fichte et Niethammer, le rescrit que voici :

« D'après votre rapport du 23, les éditeurs du Journal philosophique, les professeurs Fichte et Niethammer, vous ont notifié l'envoi de la justification qui leur avait été demandée au sujet du reproche d’'athéisme qui leur est fait; cet envoi nous est bien parvenu, et nous y avons vu, en effet, comment les susdits professeurs veulent laver de ce reproche les passages incriminés du Journal philosophique en donnant une explication de la terminologie philosophique adoptée par eux. Sans doute des spéculations philosophiques ne peuvent faire l'objet d’une décision juridique, mais nous sommes néanmoins bien forcé de reconnaître la grande imprudence des éditeurs du Journal philosophique dans leur tentative pour propager des propositions si singulières et si scandaleuses, à les prendre au sens commun des mots, alors que nous sommes en droit d'attendre des professeurs de l’Académie, gardiens de sa bonne réputation, qu'ils s’abstiennent d'opinions et d'articles à double entente sur un sujet si important.

1. Paulus, Shizzen aus meiner Bildungs- und Lebens-Geschichte, p. 174, Ce n’est pas l'avis de Caroline Schlegel qui écrivait à son amie Louise Gôtter : « Fichte avait. des raisons de considérer Voigt comme son ami; s’il l'avait été, il aurait dû retourner à Fichte sa lettre et lui dire : vous me laissez libre de faire usage de cette lettre, voici l’usage que j'en fais : je la déchire, à moins que vous ne vouliez expressément que je la montre. » Waitz, Caroline, Briefe, I. Bd., 160, an Luise Gôtter. lena, d. 24. April 99, p. 254.

2, Gœthe, Werke, édition de Weimar, Tag- und Jahreshefte, 1803, 35. Bd., p. 152,

. « En conséquence, ajoutait le document, nous vous prions, conformément aux rescrits de la Cour princière que nous avons approuvés, de bien vouloir infliger un blâme aux professeurs Fichte et Niethammer, en raison de leur imprudence, et de leur recommander dorénavant plus de circonspection dans le choix des articles destinés au public. Nous comptons aussi à l'avenir que tous les professeurs de l’Académie s’abstiendront, dans leurs cours, de professer des principes contraires à l’universel respect de Dieu. »

A ce rescrit était joint le post-scriptum suivant :

« Nous vous faisons connaître par la pièce ci-incluse (la lettre de

Fichte à Voigt) comment le professeur Fichte, de votre Université, dans une lettre adressée à un des membres de notre Conseil intime, a déclaré devoir répondre, par l’envoi de sa démission, au blâme qui lui serait infligé,. dans l'affaire qui le concerne, à cause de J’athéisme qu’on lui reproche. Et comme, dans le rescrit qui précède, il nous a fallu lui infliger ce blâme, nous avons pris, pour notre part, la résolution d'accepter sur-le-champ la démission qu'il nous offre.

« Nous vous prions en conséquence, quand les actes relatifs à sa démission auront été enregistrés, de lui notifier sa révocation et de lui donner aussi préalablement avis de notre ferme intention de ne pas refuser la démission de ceux qui croiraient devoir suivre

ses directions.

« Signé : Ch. duc de Saxe!. »

L'instigateur de ce rescrit, au dire du biographe de Fichte, qui déclarait tenir la chose de source sûre, avait été Gœthe lui-même, alors ministre d'État. Depuis le jour où, avec Voigt, il avait contribué si efficacement à la nomination de Fichte, comme successeur de Reinhold, dans la chaire de philosophie kantienne à l'Université d'Iéna, il s'était aperçu de la difficulté d'exercer sur le jeune savant une influence modératrice. À plus d’une reprise, il avait eu, en sa qualité de conseiller intime, quelque souci de l’attitude intransigeante de Fichte et des sympathies pour la Révolution que suscitait son enseignement. N'est-ce pas Charlotte von Kalb elle-même qui, dès le 18 juin 179%, demandait à Gœthe, avec une curiosité passionnée, si le troisième volume de Fichte sur la Révolution avait déjà paru, désireuse de connaître les conséquences de sa doctrine?

Quand Fichte voulut publier une seconde édition de ses Conlribulions, Gœthe et Voigt firent tout pour essayer dé l'en dissuader,

1. Fichte's Leben, II, Erste Abth., VI, Actensltücke…., 6, p. 93-95.

redoutant l'effet que cela pourrait produire à Dresde. Voigt, en octobre 179%, avait, on s'en souvient, écrit à Hufeland : « Je suis bien sûr qu'à cet égard Fichte n'aurait pas la moindre crainte et que cela lui serait parfaitement égal; mais nous ne pouvons être dans ces sentiments nous autres qui aimons à vivre en paix et qui ne voulons pas non plus laisser diffamer [éna. Dans les cabinets on parle en général des écrivains beaucoup plus qu'on ne peut le croire au dehors et tout prétexte serait mis à profit pour décrier notre prétendu goût pour le jacobinisme (Jacobinerei)‘. J'ai certes confiance que notre Fichte fera aussi quelque chose par amour pour nous, à supposer qu'en ce qui le concerne, toutes les conséquences à redouter lui soient indifférentes? »; il avait ajouté : « j'apprends confidentiellement que Fichte doit publier une seconde édition de ses Contributions destinées à justifier la Révolution française; j'en serais vraiment fâché pour lui; ce qu'il pourrait y gagner en argent et en vanité ne compenserait pas ce qu'il risque d'y perdre. Pourquoi quand il s’agit d’une pareille chose n’a-t-1l pas plus de confiance en Gœthe, en moi, en ses autres amis 5? » ;

Pour cette fois Fichte s'était rendu aux conseils de Gœthe et de Voigt, il avait évité le scandale qui l’eût privé de sa chaire dès le début de son enseignement. Gœthe en avait su gré sans doute à Fichte puisque, à deux reprises, on l’a vu, il intervint en sa faveur près de la Cour, au moment où, après les Leçons sur la destination du savant, on l’accusait déjà de vouloir renverser les trônes, puis quand, après les conférences du dimanche, on le traduisit une première fois devant le Sénat académique.

Il en fut autrement le jour où Voigt eut transmis à Gœthe la fameuse lettre que Fichte lui avait écrite. C'était, 1l est vrai, une lettre privée, toutefois Fichte avait bien autorisé Voigt à en faire officiellement usage, et Voigt, le jour même, le 23 mars, en informa par dépêche Gœthe alors justement à Iéna. Gœthe trouva la mesure comble et répondit par retour du courrier. Sa réponse est perdue, mais, à la tournure des événements, on en peut aisément deviner le sens. En revenant à Weimar, il eut encore, le 27 mars, un long entretien avec Voigt sur les choses académiques.

1. Voigt parlait en connaissance de cause. Déjà, durant l’été de 1795, au cours d’un voyage à Dresde, il avait pu constater que les Ministres « avaient fort mauvaise opinion » de Fichte et il avait eu quelque peine à les retourner en faveur du philosophe (Fichte’s Leben, I, 11, 5, p. 262).

2. À. Diezmann, Aus Weimars Glanzzeit. Aus Briefen des G. R. Voigt. 20. Oct. 94,

Page 1