Ibid., p
tranquillement ce qui s’ensuivra. Il compte d’ailleurs, dit-il, sans aucun doute, la rendre publique. Il ajoute qu’à la Cour, il le sait, les dispositions sont très contradictoires. On est plein de confusion et de crainte devant les représentants des Lumières et on voudrait bien aussi ne pas se brouiller avec les Obscurantistes. Pour concilier ces intérêts opposés il est très difficile de trouver un moyen terme. Fichte, quant à lui, se déclare bien décidé à ne rien supporter de contraire à sa dignité !.
On sait les conséquences qu’eut pour Fichte le souci de sa dignité et le regret qu'il éprouva d’avoir un moment suivi les conseils de Paulus et semblé prêt à transiger — ce qui donna beau jeu contre lui à ses adversaires. :
P. 570. — La dernière lettre inédite de cette période est une lettre à Jensen, l’auteur de la brochure intitulée : Peut-on, à bon droit, accuser le Prof. Fichte de nier le Dieu des Chrétiens? Réponse par un non-philosophe qui expose son système d'une manière compréhensible pour le sain entendement humain (Kann man Herrn Prof. Fichte mit Recht beschuldigen, dass er den Gott der Christen läugne? Beantwortet durch eine für den gesunden Menschenverstand fassliche Darstellung seines Systems von einem Nichtphilosophen).
Fichte lui écrit, le 3 mai 1799 :
« Votre aperçu de mon système, très honoré Monsieur et ami, est parfaitement réussi et montre que c'est pure modestie à vous de vous attribuer le nom de non-philosophe quand vous avez si bien et si exactement saisi le tréfonds de la spéculation... Le fait qu’on parle d’un Dieu des Chrétiens atteste clairement que les adversaires ne peuvent légitimement s'abstenir de porter contre moi la si malencontreuse accusation d’idolâtrie païenne : si les Chrétiens peuvent avoir en propre ceci ou cela, ce que je n’ai pas à rechercher, ils ne peuvent pourtant à coup sûr pas avoir de Dieu propre. Un Dieu des Chrétiens est un Dieu national, un Dieu protecteur d’une secte, tout comme le Dieu. d'Abraham, d’'Isaac et de Jacob et tout récemment encore le Dieu de leurs pères dans les proclamations des Suisses vieux fédéralistes. Ce que, il n’y a pas bien longtemps, Lavater m'a écrit de son Dieu, de mon Dieu, du Dieu de Fénelon, ne vaut guère mieux. Là où précisément commence dans le concept de Dieu ce qui appartient à Lavater, à Fichte ou à Fénelon commence la superstition et l’idolâtrie. Seul le Dieu de toute Raison est le vrai Dieu. En bonne conscience je ne souffrirai pas plus dans mon concept de Dieu quelque chose de fichtéen que quelque chose de chrétien (au sens d’une secte) ou de juif, ou de lavatérien ou de fénelonien ?. »