Fichie’s Leben I, 1, 4. Lettre à Achelis, p
soir et que ton journal relate fidèlement les mérites par où d’autres te sont supérieurs.
« 4° Extirpe ton orgueil, et son fruit dangereux, la vanité, disparaîtra. Jusque-là, ne cherche pas à briller et ne sois jamais plus sage que ceux avec lesquels tu vis. Cherche, dans la société, moins à faire éclater tes mérites que ceux des autres. Si tu reçois des compliments, songe bien vite à tes fautes.
« 8° Ta raideur et ta dureté sont aussi les effets de ton orgueil. Fais au moins la guerre à ces fruits en attendant que tu en aies arraché la racine. Exerce-toi à la douceur et à la patience.
« 6° Ce serait la plus grande des hontes si de celui qui s'efforce de parvenir à la vertu on pouvait dire qu il s’enivre. Il faudrait que tu en rougisses devant ton journal.
« 7° Ta franchise inconsidérée et ta loquacité sont des signes de ta vanité. Parce que tu as tant de plaisir à t’occuper de toi crois-tu donc que cela fasse autant de plaisir aux autres? Combattre cette faute c'est donc, à partir d'aujourd'hui, un de tes plus pressants devoirs. A cette fin, ne fréquente jamais les hommes sans avoir examiné à fond quelles occasions tu pourrais avoir de te départir de cette prudence et sans t’être armé de circonspection.
« 8° Fais-toi un plan déterminé de tes dépenses en suivant le principe que le plus nécessaire doit céder au moins nécessaire et l’exécution de ce plan...
[Une demi-page arrachée.]
« Après sept heures du soir d’abord... la leçon de la veille si elle n’a pas été faite, puis l'examen de conscience et le journal. Ensuite, comme dans les heures de la matinée, les travaux littéraires, mais avant, le soin de la correspondance urgente.
«41° Le plan de l'examen de conscience et du journal qui en contient les résultats, voilà les règles dont j'ai parlé plus haut. Cet examen doit être strictement impartial. Sois sûr que la première omission de cet examen te conduira à l'omettre pour toujours, te replongera dans toute ton ancienne perdition, et te rendra pour toujours incapable de perfectionnement". »
Le souci du devoir et le sentiment profond du divin d’une part, de l’autre un orgueil démesuré; le désir de s’exposer, de parler, de se faire admirer, la passion dévorante d'agir, dont il déclare qu'elle était son unique passion et que, plus il s’y livre, plus il se trouve
4. W. Kabitz, Studien zur Entwicklungsgeschichte der Fichteschen W. L. Beilagen aus dem handschriftlichen Nachlasse J. G. Fichtes, 8, p. 17*-18*.
heureux‘, par suite le besoin des autres et en même temps le mépris des autres, un mépris s'exprimant à leur égard par une attitude cassante — la raideur et la dureté dont parle l'examen de conscience —., l'amour de la bonne chère même, tous ces traits si frappants de son caractère, Fichte, dans son absolue sincérité, les a notés ici avec l'exactitude d'un psychologue de race; à cet égard, l'intérêt de sa confession n'échappera pas au lecteur, mais il y a dans cet examen de conscience quelque chose de plus important, c’est son inspiration morale où l’on ne peut pas ne pas reconnaître l'influence de Kant. Fichte a voulu éprouver par sa propre expérience la vertu de cette philosophie à laquelle il a résolu de se consacrer tout entier; et il a constaté sur lui-même l'effet bienfaisant de ces principes « meilleurs ». Il leur doit d’être maintenant absolument maître de lui, au point de s'imposer volontairement des choses qu’il n’arrivait pas à faire, de se refuser des choses qu'il eût aimées, uniquement parce qu'il les eût aimées ; 1l leur doit de « déclarer la guerre à la moindre passion naissante, dès qu'il pourrait l’apercevoir et de se débarrasser ainsi de plus en plus complètement de cette grande destructrice du repos et de la santé? ».
La parfaite possession de soi jointe à la tranquillité d'âme dont Fichte jouissait depuis sa conversion au Kantisme l’aida sans doute mieux que n'eussent fait le découragement et l’adversité : il put bientôt écrire à sa fiancée « qu'il vivait maintenant à Leipzig aussi bien qu'il pouvait vivre là où elle n’était pas ».
Il avait trouvé l’occasion de s'occuper utilement et sa subsistance était assurée.
« Il donnait des leçons presque sans interruption de huit heures du matin à sept heures du soir?. » La veillée seule lui restait pour ses travaux personnels; il la consacrait, presque tout entière, à poursuivre l'étude du Kantisme, à en éclaircir les points obscurs : ainsi, il était en train d'écrire un extrait de la Critique du jugement, une analyse explicative qu’il voulait publier dès le mois de janvier 1791; le peu de temps qui lui restait, il l’employait à se perfectionner dans les mathématiques pour lesquelles il avait un goût particulier *. Enfin, dans la journée, une heure lui était particulièrement chère, l'heure du crépuscule, l'heure où, ayant achevé ses leçons et en attendant sa lampe pour se remettre sérieusement