‹ Fichte et son tempsChapitre 32 sur 232 · Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre du 8 juin, p · texte numérisé non relu

Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre du 8 juin, p

2. Cet extrait a été conservé, au moins en, partie, dans les papiers inédits de Fichte qui se trouvent à la Bibliothèque royale de Berlin, n° 124, Packet XXIIL. I est intitulé : Extrait de ia Critique du Jugement de Kant par Fichte (Fichtes Auszug aus Kants Kritik der Urtheilskraft). Le manuscrit a 33 feuillets. Le premier porte à droite, en titre, la mention : écrit de septembre 1790 au début de l’année 1791 et, destiné à l'impression. Cet extrait ou ce qui en reste n’est autre chose qu’une analyse faite, la plume à la main, de l’Introduction et des seize premiers paragraphes du premier livre de l’Analytique du jugement esthétique (Analytique du beau).

Voici d’ailleurs, d’après Fichte lui-même, l’esprit dans lequel cet écrit fut rédigé. Dans une lettre à Weisshuhn on lit : « Depuis un certain temps je me suis occupé en particulier de l’étude de la Critique du Jugement; comme elle m’est apparue passablement obscure, j'ai cru qu’elle pourrait, à d’autres, apparaître aisément obscure aussi, et que ce ne serait pas un travail tout à fait superflu que de la rendreun peu plus claire. Jusque-là j'ai eu peut-être raison, mais ai-je eu aussi raison de penser que je pourrais être celui qui la clarifierait? C’est ce que je veux savoir: de vous et c’est pourquoi je vous adresse ci-inclus le commencement du manuscrit, c'est-à-dire tout ce que j’ai pu dégrossir et élucider. Mon intention était de couper les répétitions, d'introduire la méthode synthétique, qu’au regard de l’ensemble Kant manie d’une manière inimitable, dans les parties élémentaires où il me paraît souvent manquer d'ordre; de dire ce qui est très obscur avec d’autres mots sinon meilleurs, du moins plus clairs, afin que le lecteur qui se servirait en même temps du livre de Kant, pût voir la chose sous deux aspects. Dans les passages qui m'ont paru suffisamment clairs, j'ai, autant que possible, conservé les expressions de Kant. Est-ce un plagiat? Je ne le crois pas, si la préface, comme elle le fera, dit expressément de quoi il s’agit.

« L’Introduction m’a paru ce qu’il y avait de plus obscur dans le livre. Je me suis. vraiment donné du mal pour y mettre de la lumière; ai-je réussi, je ne sais. Par-ci, par-là je me suis écarté de l’exposition kantienne, parce qu’une autre manière d'exposer les choses m’a paru plus claire tout en conduisant aux mêmes. résultats.

« Après coup, il me semble que j'aurais mieux fait de ne pas suivre l’ordre des différentes matières de Kant : l’exposition y aurait gagné en clarté, ne füt-ce que par le changement de points de vue; tout au moins elle aurait extérieurement pris l’aspect d’un ensemble scientifique bien lié. Peut-être, si j’ai le temps, mettrai-je en appendice un court résumé de la Critique, en exposant les idées dans un. autre ordre.

« En ce qui concerne le style j’ai honte de ses inégalités, des tautologies et des. répétitions de mots dont il est plein, de la longueur des périodes. Mais il est plus difficile qu’on ne croit d'exposer les idées de Kant dans un style coulant, et je n’ai pas eu le temps de faire mieux; il y a déjà des paragraphes que j’ai recommencés plus de cinq fois. » (Fichte’s Leben, I, 1. 4. An Weisshuhn, p. 111-112.)

Fichte termine sa lettre en demandant à son ami, au cas, qu’il souhaite plus.

Il ébauche alors de vastes projets : il songe, après ce premier travail, « à un autre, uniquement destiné aux savants »; il songe aussi aux dons naturels de son éloquence pour vulgariser les prin-

qu’il ne l’espère, où Weisshuhn approuverait son projet, de lui chercher un éditeur, ou de l’aider à en trouver un. La première partie, relative au jugement esthétique, pourrait paraître au nouvel an; la seconde, relative au jugement téléologique, pourrait paraître à Pâques. Le titre en serait : Essai d'analyse explicative de la Critique du Jugement de Kant (Versuch eines erklärenden Auszugs aus Kants Kritik der Urtheilskraft).

L'avis demandé fut-il défavorable? Cela est à présumer, car le manuscrit, longtemps gardé par Weisshuhn (Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre à sa fiancée, 17 déc. 1790, p. 96-97.), ne parut pas et la seconde partie dont parle ici Fichte ne fut probablement jamais écrite; on ne la retrouve pas dans les papiers posthumes. Weisshuhn eut sans doute l’impression que cette analyse, suivant pas à pas les textes et les divisions de l’exposition kantienne, cette analyse d’une fidélité souvent littérale n'offrait pas les éléments d’une œuvre originale; qu’il ne suffisait pas d’avoir clarifié l'exposition de Kant en supprimant du texte les redites, en abrégeant les longueurs, pour mériter les honneurs de l’impression. Fichte ne pouvait vraiment revendiquer le nom d’auteur pour avoir substitué aux derniers paragraphes de l’Analytique du beau son propre exposé plus court et plus simple ou pour avoir ajouté à l’Zntroduction un court aperçu de l’ensemble. Fichte lui-même d’ailleurs reconnaissait l’insuffisance de son travail : il avouait à sa fiancée qu’il en était très mécontent et que, s’il n’y était pas contraint par une foule de raisons, il ne le laisserait point paraître. (Jbid. Lettre du 27 décembre 1790, p. 97.)

Mais s’il faut reconnaitre avec Weisshuhn que l’analyse de Fichte est encore un travail d’écolier, l’écolier a du moins pénétré jusqu’en son dernier fond la pensée du maître; il a en particulier insisté, avec une sûreté d’instinct remarquable, sur l’idée de « derrière la tête » de Kant, sur l’idée qui, mürie par lui, deviendra le principe de la Théorie de la Science, l’idée du fondement surnaturel qui fait le trait d'union du monde de la nature et du monde de la liberté.

« Ce trait d'union, dit-il dans le $ IT de l’Introduction (Domaine de la philosophie en général), entre les lois de la nature et les lois de la liberté, il faut le penser comme plus profond que le principe de la nature et de la liberté. Car s’il se trouvait dans la nature même, en tant que celle-ci devient nature par la législation de notre entendement, l'harmonie des deux législations reposerait sur une loi de cet entendement et la liberté qui s’harmonise avec elle serait soumise à cette loi, ce qui est contradictoire. S'il se trouvait, au contraire, dans une loi de la liberté, il faudrait que la nature füt soumise à cette loi, autre contradiction. Il ne peut donc être nulle part ailleurs que dans le supra-sensible que nous concevons comme la base de la nature. Le concept de ce fondement de l’unité du substrat suprasensible de la nature avec ce que suppose le concept de la liberté pour la possibilité de sa législation pourrait, quoi qu’il ne dût permettre ni théoriquement ni pratiquement d'atteindre la connaissance même du supra-sensible, rendre cependant . possible le passage du mode de penser conforme aux principes d’une législation, au mode de penser d’après les principes de l’autre, c'est-à-dire pourrait expliquer comment la législation de la liberté pourrait permettre de penser la position d’un but dans le monde sensible.

(Dieser Vereinigungspunkt zwischen Natur- und Freiheitsgesetzen muss tiefer liegend gedacht werden als die Principien beider. Denn läge er in der Natur selbst, sofern sie es durch die Gesetzgebung unseres Verstandes wird, so gründete sich die Harmonie beider Gesetzgebungen auf ein Gesetz dieses Verstandes, und die Freiheit welche mit ihm harmoniert, stände unter diesem Gesetze, welches widersprechend ist. Oder lâge er in einem Gesetze der Freiheit, so müsste die Natur unter diesem Gesetze stehen, welches abermals widersprechend ist. Er kann also nirgends anders liegen, als in dem Uebersinnlichen, welches der. Natur zu Grunde liegend gedacht wird. Der Begriff dieses Grundes der Einheit des übersinnlichen Substrats der Natur mit dem, was der Freiheitsbegriff zur Môglichkeit seiner Gesetzgebung voraussetzt, kônnte, wenn man auch gleich durch ihn weder theoretisch noch praktisch zur Erkenntniss des Uebersinnlichen selbst gelangen

o4 LA JEUNESSE DE FICHTE.

cipes kantiens, pour chercher à les rendre agissants sur le cœur humain‘; il songe, en un mot, à « populariser les principes de la Morale de Kant, à les exposer au public et à les lui inculquer avec toute la force, avec tout le feu dont il est capable, convaincu que ce serait un bienfait pour le monde? ». Il estime d’ailleurs que, si sa destinée doit finalement faire un jour de lui un pasteur, cette étude et ces occupations sont en étroit rapport avec sa future mission, qu'elles en sont comme la préparation et la légitimation à. Ainsi les idées jaillissent maintenant en foule du cerveau bouillonnant de Fichte : il se croit définitivement mûr pour la science, il se croit en passe d'acquérir un nom et d'accomplir une œuvre qui soient ses titres à lui, un nom et une œuvre qui soient enfin dignes de Jeanne et qui compensent entre elle et lui la distance de la fortune et de la naissance“.

C'est le moment de tenir sa promesse. Fichte se décide donc à annoncer à Jeanne qu'il revient. Une chose l’inquiète cependant, «la manière dont les Zurichois vont accueillir son retour, et son retour comme fiancé de Jeanne »; l’idée des hauts cris que va faire pousser dans la société zurichoise, si fière de sa bourgeoisie, l'annonce du mariage de la fille de l'inspecteur des poids et mesures avec l’ancien précepteur des Ott, avec un étranger pauvre, cause à

sollte, dennoch den Uebergang von der Denkungsart nach den Principien der einen, Gesetzgebung zu der nach den Principien der andern môglich machen, d. i., kônnte die Môglichkeit erklären, wie man durch die Gesetzgebung der Freiheit, einen Zweck in der Sinnenwelt aufgegeben denken kônnte.)

Ce n’est pas seulement la Critique du Jugement que Fichte analysait alors, c’est aussi la Critique de la Raison pure. Sur le même papier que le manuscrit intitulé « Extrait de la Critique du Jugement de Kant par Fichte », onze feuillets sont écrits, dont 10 doubles au recto-verso et un isolé au recto seulement avec là notation : V, VI, VII, VII, IX, et sous ce titre : Extrait de la Critique de la Raison pure de Kant (Auszug aus Kants Kritik der reinen Vernunft). Il s’agit encore d’un résumé où la doctrine de Kant est exposée à la lettre, dans l’ordre même de la Critique de la Raison pure, suivant ses divisions et ses paragraphes principaux. Fichte parfois, rarement, se permet une remarque explicative ou la mise en forme d’un raisonnement, $ 17 par exemple. L’analyse porte sur la 2° partie de la théorie transcendantale élémentaire (Logique transcendantale, Introduction. Idée d’une logique transcendantale. Analytique transcendantale jusqu’au $ 27, 1° édition. Resultat dieser Deduction der Verstandesbegriffe); Fichte destinait aussi cet extrait à la publication, cela ressort d’une autre lettre à Weisshuhn où on lit : « Un certain Peuker, de Silésie, a écrit une exposition de la Critique de la Raison pure, avec une courte réfutation des objections qu’on y a faites; c’est en grande partie une analyse qui me paraît excellente, mais qui, au fond, ne me fait guère plaisir parce que j'avais presque envie de tenter quelque chose d’analogue. Une des principales raisons de l’inintelligence de la Critique me paraît être dans les répétitions et digressions qui rompent le cours des idées; et je crois qu’elle serait plus facile à comprendre si elle était réduite de moitié. » (Fichte’s Leben. I, 1, #, An Weiïisshuhn, p. 111.)

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