Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre du 5 sept. 1790, p
Fichte un tel déplaisir qu’il propose à Jeanne, « bien qu'il ne soit pas tout à fait conforme à ses principes de faire croire à quelqu'un ce qui nest pas », de dissimuler d’abord la cause véritable de son retour, de forger une histoire pour expliquer son mariage. Au surplus, il se fie entièrement à Jeanne dont 1l connaît la sagesse pratique pour arranger au mieux les choses. Quant à lui, il est tout eutier au bonheur de leur union prochaine, et ille lui dit :
« Aïnsi donc, mon élue, ma chérie, je me donne à toi solennellement; je me voue à être tien; merci à toi de ne pas m'avoir considéré comme indigne d'être ton compagnon dans le chemin de la vie, J'ai assumé une lourde responsabilité en acceptant de remplacer un jour pour toi, Dieu fasse que ce soit très tard, le plus noble des pères, d'être l’homme que méritent ta précoce sagesse, ton amour filial, ta candeur avérée et toutes tes vertus. À la pensée des grands devoirs que par là j'assume je sens combien je suis petit, mais la conscience de la grandeur de ces devoirs m’élèvera. Ton amour, l'opinion trop avantageuse que tu as de moi prêteront peut-être à mon imperfection ce qui me manque. Ce n'est pas ici-bas, je le sais maintenant, le lieu de la félicité, c’est seulement le lieu des labeurs et des peines et toute la joie qui nous vient n'est qu’un réconfort pour un nouveau et plus dur labeur. Nous traverserons maintenant le monde la main dans la main, nous nous répondrons, nous nous réconforterons mutuellement, nous nous communiquerons mutuellement nos forces jusqu’à ce que nos esprits — puissent-ils être unis — prennent leur
essor vers la paix éternelle.Je suis maintenant en pensée à l'événement
le plus important de ma vie, à l'événement qui la divise en deux parties très différentes, et j'admire la main imvisible qui m'a conduit, à travers les dangers de la première, à travers le pays des troubles et de tous les désordres. Depuis combien de temps avais-je renoncé à
une compagne comme toi chez laquelle l'élévation visible de l'esprit
s’alliât à la tendresse du cœur! Ah! si je m'étais laissé prendre par une de ces poupées bien habillées, comme le sont certaines personnes de ton sexe! Le génie qui m'a conduit a été meilleur pour moi que, dans le sentiment de mon indignité, je n’eusse osé l’espérer. Il m'a conduit vers toi?. »
Et dans une lettre du de mars 1791, la dernière qu'il doive, pense-t-1l, lui écrire, n’attendant pour partir que le consentement de ses parents #, il ajoute :
1. Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre du 6 déc., 1790, p. 91. 2. Ibid., Lettre du 6 déc. 1790, p. 93-94.