L'ÉLABORATION DE LA THÉORIE DE LA SCIENCE
La Révolution, qui avait excité en Allemagne une si vive explosion d'enthousiasme — tous les penseurs l'avaient saluée comme l'aurore d’une ère nouvelle — avait rencontré de vives résistances en Suisse, pays d'institutions et de sentiments aristocratiques; sollicitée de reconnaître la nouvelle Constitution française, la Diète fédérale, réunie à Frauenfeld en 1791, avait refusé de répondre: les émigrés, les gouvernements monarchiques suppliaient les cantons d'intervenir et ces objurgations n'étaient pas sans écho. Berne, attachée aux Bourbons par son aristocratie qui s’était enrichie à leur service, prit la direction du mouvement réactionnaire. Un parti (celui de l’avoyer Steiger) était même tout disposé à entrer en campagne pour défendre les vieux principes menacés par les progrès de la Révolution!. Dans de pareïlles conjonctures quel accueil Zurich allait-il réserver au jeune défenseur des idées nouvelles? Celui dont la destinée semblait maintenant liée d’une manière définitive au sort de Jeanne Rahn, allait-1l passer désormais sa vie dans un milieu hostile à ses sentiments les plus chers? Son caractère entier se fût mal accommodé d’une telle situation. Heureusement, et Fichte le savait en consentant à s'y fixer, peut-être pour toujours, Zurich était une des rares villes de Suisse où la Révolution avait trouvé de chauds partisans ; dès le début, elle avait clairement manifesté ses sympathies et refusé de s'associer à la réaction; il s'y était rencontré, en effet, une élite