A. LE MARIAGE DE FICHTE
1. Lavisse et Rambaud, Histoire contemporaine, t. VIII, p. 803 et 805.
d'hommes de science et d'industrie dont l'intelligence largement ouverte avait été tout de suite accessible au souffle de l'esprit nouveau. Parmi ces admirateurs de la Révolution, nul n'avait montré une ardeur plus juvénile, en dépit de ses soixante-quatorze ans, que l'inspecteur des poids et mesures Rahn. Tout pénétré des idées de Rousseau, il ne cachait point ses préférences, et, chaque fois qu'il recevait à Zurich « des citoyens de France », il ne leur ménageait pas ses félicitations !. |
On devine sa joie de rencontrer en son futur gendre un apologiste de la Révolution; il l'en aima davantage encore et il entreprit aussitôt de traduire en français les Contributions de Fichte?; mais son cœur était trop débordant pour tenir longtemps caché le nom de l'auteur; et quand eut paru dans la Revue mensuelle de Schleswig, avec une recommandation chaleureuse, un éloge de l'ouvrage que Fichte lui-même déclarait trop flatteurÿ, l’orgueil de Rahn fit taire ses derniers scrupules; il ne put s'empêcher d’avouer tout bas et sous le sceau du secret que l’anonyme auquel on devait ce livre n'était autre que celui qui, dans peu de jours, allait devenir son propre beau-fils *.
L'heure arrivait, en effet, après quatre mois d'attente, où le mariage de Jeanne Rabhn et de Fichte pouvait être célébré. La cérémonie eut lieu le 22 octobre 1793, à Baden, près Brugg. Le pasteur Schulthess, un ami d'enfance de la mariée, prononça le sermon d'usage en prenant texte du verset suivant de Luc : « L'homme de bien tire le bien du trésor de son bon cœur. »
Conformément à une affectueuse habitude, le bon Lavater adressa à ses jeunes amis, en guise de vœux et de félicitations, le tiercet que voici :
1. Fichte’s Leben, 1, 11, 1, p. 215. Lettre à sa femme du 26 mai 1794. « Dem lieben Papachen sage, dass ich hier zwei « citoyens de France » hätte, die mit aller Wärme an mir hängen, und die sich auf ihn freuen, weil ich ihnen gesagt habe, dass auch er ein schwärmerischer Freund der Citoyens sei. »
2. Fichte’s Leben, I, n, 1, p. 214. Lettre à sa femme du 26 mai 1794.
3. Fichte, S. W., VI. Bd. Beiträüge zur Berichtigung der Urtheile des Publicums über die franzüsische Revolution, p. 287. Nacherinnerung. « Ein edler Mann, den ich nicht kenne, dem ich gleichfalls bezeuge, dass derselbe mich nicht kennt, mich auf keine Art errathen kann, noch, wenn ers kônnte, das entfernteste Interesse haben würde, eine Schrift von mir über ihren inneren Werth zu erheben, hat, nachdem keines der übrigen Journale, so viel mir bekannt ist, sie eines Winkes gewürdigt, in der Schleswigschen Monatsschrift, von deren Mitarbeitern ich keinen kenne, mit keinem in Briefwechsel stehe, diese fast vergessene Schrift mit einer Wärme empfohlen, die seinem Herzen die hôchste Ehre macht—ob auch seiner Beurtheilungskraft, darüber hat wenigstens ihr Verfasser keine Stimme. »
4. Noack, J. G. Fichte nach seinem Leben, Lehren and Wirken, Erstes Buch, 9, p. 177
et Fichte’s Leben, Il. Zweite Abth., m, 1. Fichte an Reinhold, Zürich, den 13. Nov. 1793, p. 187.
LA THÉORIE DE LA SCIENCE. 209 An Fichte-Rahn und an Rahn-Fichte.
Kraft und Demuth vereint wirkt nie vergängliche Freuden Lieb’ im Bunde mit Licht erzeugt unsterbliche Kinder : Freue der Wahrheit dich, so oft dies Blâttchen du anblickstt.
Après le mariage, Fichte et sa femme firent un petit voyage : ils allèrent d’abord dans la Suisse française où le nom de Fichte était déjà connu, puis à Berne où le professeur de philosophie T, Ith vint présenter ses vœux à son Jeune « coreligionnaire en Kant? ».
Là Fichte rencontra aussi pour la première fois le poète Baggesen. Depuis le jour où Hornemann était accouru à Copenhague annoncer à Baggesen stupéfait que la Critique de toute révélation était d'un autre que Kant et « qu'un nouvel astre venait de s’allumer au firmament philosophique », Baggesen n'avait cessé de s'intéresser aux travaux du jeune savant”; 1l avait eu la perspicacité de percer l’anonymat de l’auteur des Contributions destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française.
Avant de porter sur l'ouvrage, en 1794, au lendemain du jour où la Révolution était devenue sanglante, le jugement sévère que l’on sait, 1l s'était de prime abord, en le feuilletant, laissé séduire: 1] avait même manifesté ses craintes pour le jeune « phénix »t.
C'était précisément au cours de l’année 1793, un peu avant l'heure où 1l allait faire la connaissance personnelle de Fichte.
Fichte, profitant de son passage à Berne se rendit au domicile de Baggesen, chez ses beaux-parents. Mais, lors de cette première visite, le poète fit dire qu'il n'y était pas; son fils agonisait. Obligé toutefois de sortir quelques minutes après, il rencontra Fichte en descendant l'escalier. La conversation s’engagea, une conversation qui prit bien vite une tournure philosophique; et, malgré l'angoisse qui l’étreignait, cette « philosophie de l'escalier » se prolongea une heure durant. Baggesen revenait d'Iéna, la ville où professait le
1 Force et soumission font la joie éternelle L'amour joint aux clartés fait d’immortels enfants Sur ce feuillet toujours vois : joie et vérité.